A la suite de l’expulsion d’une violence extrême du campement de personnes migrantes Place de la République à Paris, les associations intervenant auprès des personnes exilées à Calais apportent leur soutien aux personnes migrantes victimes de cette nouvelle dérive policière.


23 novembre 2020, début de soirée, Place de la République de la capitale du « pays des droits de l’Homme ». Environ 450 personnes exilées ayant installé leurs tentes quelques heures auparavant font l’objet d’une expulsion dans une violence difficilement qualifiable. Tentes confisquées, personnes exilées brutalisées, agression des journalistes, avocat.e.s, élu·e·s et bénévoles présent·e·s sur les lieux : voilà ce qui serait resté loin des regards, alors que nous sommes toutes et tous invité.e.s à rester chez nous, si des citoyen.ne.s et des journalistes n’avaient pu diffuser les images choquantes de l’opération d’expulsion.

Cette situation fait tristement écho à celle vécue quotidiennement par les personnes exilées à Calais, mais qui reste trop souvent invisible. Dans une lettre ouverte publiée il y a quelques jours, la communauté érythréenne interpellait les pouvoirs publics sur l’inhumanité de leurs conditions de vie, dénonçant « les CRS », qui « font de [leurs] vies un enfer ».


A Calais, les violences et le harcèlement policier sont permanents. Plus de mille personnes exilées survivent dans des campements précaires détruits toutes les 48h, avec la privation et confiscation des biens personnels ; la restriction de l’accès à l’eau, la nourriture, et l’hygiène ; la destruction de l’environnement pour empêcher une réinstallation des exilé·e·s2. Ces pratiques policières, couvertes ou ordonnées par les autorités, sont dénoncées dans le courrier écrit par les personnes exilées d’origine érythréenne présentes à Calais : « Les CRS agissent parfois au-dessus de la loi ; un pays démocratique ne peut pas être considéré comme tel s’il utilise la force physique de cette manière, et cela ne le rend pas civilisé et ne rend pas l’exercice de leur fonction plus acceptable. »


Les associations calaisiennes intervenant auprès des personnes exilées apportent leur soutien à toutes les personnes migrantes, à Paris, à Calais et partout en France, victimes d’une politique de plus en plus répressive et liberticide. Des personnes exilées et des associations ont d’ailleurs assigné le préfet du Pas-de-Calais devant le Tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer pour avoir mené illégalement une opération d’expulsion le 29 septembre dernier. L’audience se tiendra le 2 décembre prochain.

Nous invitons chacun·e à se mobiliser face à cette situation d’injustice et à exiger le droit à un logement inconditionnel pour tout·e·s.
A ce jour, les violences policières peuvent être dénoncées grâce au travail des journalistes et des citoyen·ne·s, ainsi qu’à la liberté de prise et de diffusion des vidéos dans les médias et sur les réseaux sociaux. A la suite du vote de la loi Sécurité Globale par le Parlement français, les dérives policières ne pourront bientôt plus être documentées ouvrant la voie à une invisibilisation accrue des violences policières et à l’impunité de leurs auteurs.


Associations signataires :
L’Auberge des Migrants
La Cabane Juridique
Salam Nord/Pas de Calais