Début mars, 5 heures du matin dans les locaux du centre de rétention administrative de Coquelles. Un cortège de policiers débarque en trombe et réveillent l’ensemble des personnes retenues à la recherche d’un ressortissant albanais âgé de 58 ans afin de l’expulser de force vers son pays d’origine. La personne qui nous a contacté observe toute la scène depuis sa cellule située en face de celle du ressortissant albanais.

« Les policiers ont débarqué dans la chambre et ont violemment enlevé la couverture du monsieur albanais. Il avait très peur des policiers alors il est parti s’enfermer dans les toilettes. Les policiers ont commencé à essayer de casser la porte mais ils n’ont pas réussi. Un policier a fait sortir les deux autres retenus présents dans la chambre et ils ont lancé des gaz lacrymogènes sous la porte. Le monsieur albanais s’est fait sorti violement et les policiers l’ont forcé à s’allonger par terre. Un policier lui tenait les mains devant la tête, un lui maintenait les chevilles avec ses genoux, et un autre a posé ses deux genoux sur son dos pendant environ 5 minutes. Un quatrième policier lui donnait des coups de poings dans le dos. » Cette technique qualifiée de plaquage ventral prolongé est une technique d’immobilisation qui peut mener au décès de la personne immobilisée par asphyxie si la position est prolongée. « J’étais choqué. Le monsieur albanais était vraiment fragile et ne se défendait pas alors que les policiers le maintenaient de force et le frappait. Ensuite, il a été menotté de force et sorti de sa chambre : deux policiers le portaient au niveau des pieds et deux policiers au niveau des mains. J’ai appelé le monsieur quelques jours après. Il m’a dit qu’il avait été renvoyé vers l’Albanie et qu’il avait été obligé de porter un casque pendant le trajet. »

La Cabane Juridique dénonce la violence dans laquelle se déroule les éloignements forcés des personnes étrangères et l’impunité totale dont jouit la police qui violente dans les lieux d’enfermement, de surcroit envers les personnes étrangères. Partout en France, les centres de rétention administrative témoignent de la volonté étatique de procéder coûte que coûte, à des éloignements massifs des personnes sans-papier.

Depuis le début de la crise sanitaire, l’enferment est devenu en CRA une fin en soi, alors qu’il n’existe aucune perspective d’éloignement réaliste pour la majorité des retenus.  Les CRA sont des institutions intrinsèquement répressives et violentes, où s’organise de manière discrétionnaire une politique de harcèlement et dispersion de personnes sans-papier toujours plus disciplinées et précarisées. La Cabane Juridique réclame la fin de l’enfermement et de l’expulsion massif des sans-papiers, et la fermeture définitive des CRA.