Le 5 mai 2021, la police nationale du 62 a organisé une opération de contrôle dans le quartier de la gare de Calais pour « la lutte contre l’immigration clandestine ». Elle n’a pas hésité à publier sur twitter avec fierté des images de ce contrôle. 

Sous couvert d’une ambition de protection des citoyens, les contrôles d’identités participent à une politique de surveillance constante. En remettant en cause le bien fondé de la présence des individus dans l’espace public, en conditionnant leur liberté d’aller et venir à la présentation de documents, ils illustrent la politique répressive, sécuritaire et liberticide de l’Etat[1].

A la frontière franco-britannique, ces chasses à « l’étranger » maintiennent les personnes dans une situation d’angoisse, de précarité et d’exclusion, qui les enferment dans le cycle long des violences d’Etat. Quelle fierté peut-on avoir à traquer des individus placés dans une situation de misère et d’errance ? 

Et vive la lutte contre l’immigration ! 

Si la police se présente comme figure de proue de la lutte contre l’immigration clandestine, la Cabane Juridique tient tout de même à rappeler que les opérations de contrôle sur réquisition du procureur de la République, dans un lieu et pour une durée déterminée, ne peuvent être réalisés « aux seules fins de contrôler la régularité du séjour des personnes contrôlées »[2]. Ainsi, nous demandons que la base légale de ce contrôle soit rendue publique.

Déshumaniser les personnes en situation d’exil. 

Aligner contre un mur, empêcher du revers de la main de descendre d’un bus, telle est la manière dont la police se plait à contrôler. Ces pratiques sont dégradantes, humiliantes et violentes pour les personnes subissant le contrôle, dont les visages ne sont pas floutés[3].

Ces mises en scène représentent les personnes en situation d’exil comme dangereuses, qu’il faudrait placer en situation de soumission. L’immigration n’est pas un crime. Non à la criminalisation et la déshumanisation des personnes exilées. 

Racisme, quand tu nous tiens. 

Sur les trois photos publiées par la police nationale, les huit personnes en situation de contrôle sont toutes des hommes noirs. En France, un homme perçu comme noir ou arabe a 20 fois plus de chance de se faire contrôler[4]. La couleur de peau n’est pas un motif juridique valable pour contrôler. 

Ces choix iconographiques témoignent des représentations racistes des personnes noires comme étant indésirables et irrégulières sur le territoire français. Ils nous éclairent sur les motivations de la police. Ils renforcent l’imaginaire collectif. 

A Calais, les contrôles d’identité discriminatoires sont quotidiens, et leur promotion par les autorités étatiques témoigne de leur banalisation.

Non aux contrôles d’identité discriminatoires ! Nous demandons l’inscription dans la loi de l’interdiction des contrôles au faciès, et l’obligation de délivrer un récépissé à chaque personne victime d’un contrôle. Nous demandons la fin des contrôles d’identités.


[1] Parrot, Karine, Carte blanche. L’Etat contre les étrangers. La fabrique éditions, 2019, p.204 

[2] DC n° 2016-606/607 QPC, 24 janvier 2017

[3] N’en déplaise au droit à l’image dans l’espace public. Article 9 du Code civil ; CA Paris, 16 juin 1986 

[4] Rapport du défenseur des droits, Relations entre la police et la population, 2017