Eloignement forcé aux gaz lacrymogènes et plaquage ventral au sein du CRA de Coquelles

Début mars, 5 heures du matin dans les locaux du Centre de rétention administrative de Coquelles. Un cortège de policiers débarque en trombe et réveille l’ensemble des personnes retenues à la recherche d’un ressortissant albanais âgé de 58 ans afin de l’expulser de force vers son pays d’origine. La personne qui nous a contacté observe toute la scène depuis sa cellule située en face de celle du ressortissant albanais.

« Les policiers ont débarqué dans la chambre et ont violemment enlevé la couverture du monsieur albanais. Il avait très peur des policiers alors il est parti s’enfermer dans les toilettes. Les policiers ont commencé à essayer de casser la porte mais ils n’ont pas réussi. Un policier a fait sortir les deux autres retenus présents dans la chambre et ils ont lancé des gaz lacrymogènes sous la porte. Le monsieur albanais s’est fait sorti violemment et les policiers l’ont forcé à s’allonger par terre. Un policier lui tenait les mains devant la tête, un lui maintenait les chevilles avec ses genoux, et un autre a posé ses deux genoux sur son dos pendant environ 5 minutes. Un quatrième policier lui donnait des coups de poings dans le dos. » Cette technique qualifiée de plaquage ventral prolongé est une technique d’immobilisation qui peut mener au décès de la personne immobilisée par asphyxie si la position est prolongée. « J’étais choqué. Le monsieur albanais était vraiment fragile et ne se défendait pas alors que les policiers le maintenaient de force et le frappait. Ensuite, il a été menotté de force et sorti de sa chambre : deux policiers le portaient au niveau des pieds et deux policiers au niveau des mains. J’ai appelé le monsieur quelques jours après. Il m’a dit qu’il avait été renvoyé vers l’Albanie et qu’il avait été obligé de porter un casque pendant le trajet. »

La Cabane Juridique dénonce la violence dans laquelle se déroule les éloignements forcés des personnes étrangères et l’impunité totale dont jouit la police qui violente dans les lieux d’enfermement, de surcroit envers les personnes étrangères. Partout en France, les centres de rétention administrative témoignent de la volonté étatique de procéder coûte que coûte, à des éloignements massifs des personnes sans-papier.

Depuis le début de la crise sanitaire, l’enferment est devenu en CRA une fin en soi, alors qu’il n’existe aucune perspective d’éloignement réaliste pour la majorité des retenus.  Les CRA sont des institutions intrinsèquement répressives et violentes, où s’organise de manière discrétionnaire une politique de harcèlement et dispersion de personnes sans-papier toujours plus disciplinées et précarisées. La Cabane Juridique réclame la fin de l’enfermement et de l’expulsion massif des sans-papiers, et la fermeture définitive des CRA.

Au CRA de Plaisir, on n’est pas malade à cause du Covid mais à cause de l’enfermement !

Depuis sa cellule du centre de rétention administrative (CRA) de Plaisir, en région parisienne, Monsieur A. témoigne des conditions de rétention et des conséquences psychologiques de cet enfermement.

Depuis septembre 2020, le CRA de Plaisir est devenu le « CRA Covid », n’accueillant que des étrangers en situation irrégulière testés positifs au Coronavirus[1]. Les retenus du reste de la France y sont enfermés pour une durée maximum de 14 jours avant d’être renvoyés vers un autre CRA sous réserve d’un test négatif. La décision est vivement critiquée dès septembre, l’association intervenant au sein du CRA dénonçant une volonté politique de « libérer de la place pour maintenir davantage en rétention. »[2]

Malgré une augmentation des effectifs de médecins et d’infirmiers, l’accès aux services médicaux et psychiatriques sont insuffisants. Il n’y a ni médecin psychiatre ni psychologue présent au CRA, car il n’existe aucune obligation légale en ce sens.

Monsieur A., retenu à Plaisir depuis une semaine passée après plus de 47 jours au CRA de Coquelles et 3 ans de prison qualifie les conditions comme « pires que celles de la prison ». Il dénonce le manque d’accès aux soins : « Le médecin nous donne uniquement du paracétamol et des pansements quelle que soit notre situation. J’ai des médicaments spécifiques pour le stress et pour pouvoir dormir mais on refuse de me les donner ici. »

La solitude et l’isolement provoqué par un enfermement prolongé et l’absence de liens sociaux plongent Monsieur A. dans une détresse psychologique. « Il n’y a pas d’humanité ici. Je ne peux pas parler à ma famille car on m’a confisqué mon smartphone en arrivant. J’ai réussi à me procurer un vieux téléphone avec une carte SIM mais cela me coûte très cher d’appeler ma famille au pays. Je n’ai pas de contacts humains, ici tout le monde est déprimé et les gens s’enferment sur eux-mêmes. Il n’y a rien à faire, pas de sports, pas d’activités, juste une petite télévision. Je m’ennuie, je tourne en rond, seul. Est-ce que ce système est pour les humains ? Je finis par me sentir coupable alors que je n’ai rien fait à part avoir été testé positif au Covid. Je suis emprisonné dans l’attente d’être renvoyé vers mon pays alors même qu’il n’y a pas de perspectives d’éloignement. »

Les personnes intervenant au sein du CRA constatent depuis septembre 2020 la survenance d’importantes tensions et la détresse psychologique grandissante des exilés enfermés. Leur diagnostic médical est anxiogène, et s’ajoute l’optique d’une septaine voire quatorzaine à l’isolement, sans aucune perspective de sortie.

Alors que les effets psychologiques négatifs du confinement sont démontrés[3], les conséquences d’un enfermement prolongé sont démultipliées pour les personnes retenues, coupées du monde extérieur. David Gourion, psychiatre et ancien chef de clinique de Saint Anne explique « qu’un confinement prolongé peut provoquer des états de stress post-traumatique, notamment chez les personnes qui ont eu un proche contaminé ou malade, ou bien qui ont été contaminées elles-mêmes. […] Chez certaines personnes, l’épidémie vient réveiller des souvenirs traumatiques plus anciens, qui vont se réactiver de façon délétère. ». Avec des parcours d’exil marqués par la violence, les personnes étrangères retenues de façon prolongée ont donc de fortes probabilités de voir leur santé psychologique se détériorer.

Pour prévenir ces risques, le psychologue conseille de « créer des routines, afin de maintenir ses rythmes biologiques : […] activité physique minimale et régulière, maintien des liens sociaux – pas uniquement virtuels si c’est possible. Il faut aussi continuer de se fixer des challenges, lire, écouter de la musique, se cultiver, prendre soin des autres… » [4]. Comment cela est-possible dans les centres de rétention quand il est impossible d’avoir accès à un livre, à une salle de sport ou bien même à un téléphone de façon illimitée ?

La Cabane Juridique dénonce la gestion de la crise sanitaire au sein des CRA, le maintien en rétention de personnes sont perspectives d’éloignement, et l’enfermement toujours plus massif des personnes sortant de prison en CRA. Contre les frontières et l’enfermement des étrangers, la Cabane Juridique se joint à la parole des exilé·es pour exiger la fermeture des CRA et un hébergement pérenne et inconditionnel pour tout·es.


[1] https://www.leparisien.fr/yvelines-78/yvelines-le-centre-de-retention-de-plaisir-devient-le-cra-covid-21-09-2020-8388699.php

[2] https://www.infomigrants.net/fr/post/27477/en-region-parisienne-un-centre-de-retention-transforme-en-cra-covid

[3] Chez 5 à 15 % de la population, des troubles peuvent même émerger, nécessitant une prise en charge : attaques de panique et autres troubles anxieux, états dépressifs, addictions, idées suicidaires, etc / os humeurs, liées directement à la façon dont nous vivons le confinement, vont agir sur notre santé mentale. Cela peut être la solitude, l’enfermement, la promiscuité avec ceux avec qui nous sommes confinés, la rupture sociale, la frustration accumulée de ne pouvoir sortir, faire du sport, etc. https://www.humanite.fr/comment-faire-face-aux-risques-psychologiques-lies-au-confinement-les-conseils-du-psychiatre-david

[4] https://www.humanite.fr/comment-faire-face-aux-risques-psychologiques-lies-au-confinement-les-conseils-du-psychiatre-david

À Calais, au beau milieu de l’hiver, deux initiatives mettent les plus vulnérables à l’abri

Malgré les températures glaciales, plus d’un millier d’exilés sont présents aux alentours de Calais sans solution d’hébergement pérenne. Deux initiatives mettent quelques dizaines de personnes à l’abri.

Dans la cour de la Maison du Doyenné, en face de l’Église Notre Dame, quatre adolescents tapent dans un ballon de foot malgré la neige qui a commencé à tomber. C’est la fin de l’après-midi et ce jour là il fait froid. Eux ne passeront pas la nuit dehors : ces jeunes exilés sont hébergés dans la halte de nuit ouverte par le diocèse de Calais et le Secours Catholique.

« On appelle cet endroit « la Crèche » car nous l’avons ouvert pour la première fois l’an dernier le jour de Noël, explique Philippe, aumônier de l’association. À l’époque, cela s’était organisé dans une église de Calais. Nous y avons mis à l’abri les plus fragiles jusqu’à la mi-mars, quand le premier confinement a été mis en place. » Entre-temps, l’église a été rachetée par la mairie, et la Crèche a rouvert ailleurs. Ce lieu de repos accueille une quinzaine de gens, il devrait rester ouvert jusqu’au 5 avril. 

« Cela démontre que des solutions sont envisageables sans bouleverser le paysage »

On se déchausse en entrant. Sur le mur de la cuisine s’étale la « Déclaration des Droits des personnes sans abri » et une immense carte du monde, derrière une grande table où s’accumulent des victuailles. Une pile de galettes des rois est prête a être tirée. Dans un coin, deux jeunes hommes disputent une partie d’échecs.

« Nous tenons à ce que cette structure reste familiale, précise Philippe. Même s’il nous arrive d’accueillir d’autres personnes en cas d’urgence. » La nuit précédente, un petit groupe ayant fait naufrage lors d’une tentative de traversée en bateau y a trouvé refuge.

« Tout se passe très bien et nous n’avons pas de problème avec le voisinage. Cela démontre que dans des villes comme Calais, des solutions sont envisageables sans bouleverser le paysage. Ce n’est pas avec ce type de petite structure qu’on va créer un appel d’air, et le nombre de gens hébergés ici est suffisamment réduit pour ne pas laisser de place aux passeurs. Il pourrait y avoir plusieurs lieux sur ce modèle. »

Les locaux sont ouverts en priorité aux mineurs isolés, ceux dont la minorité n’a pas été reconnue, et les personnes sortant de l’hôpital. On y croise aussi parfois des familles. Si le répit qu’ils offrent est précieux, il reste néanmoins fragile : la semaine dernière, une commission de sécurité mandatée par la mairie a exprimé son désir d’inspecter les lieux. Une préoccupation sécuritaire qui laisse songeur quand on sait que la seule alternative laissée aux exilés abrités là est de dormir à la rue, en plein milieu de l’hiver.

Mise en sécurité

Assis sur un lit de camp, un petit groupe de mineurs soudanais rient, penchés autour de l’écran d’un téléphone portable. M. a 16 ans, cela fait trois semaines qu’il habite ici. Avant cela, il a passé deux mois et demi sous le pont de la gare.

« Dehors il faisait très froid, dit-il. Je n’avais qu’un duvet pour me tenir chaud, et quelques morceaux de carton en guise de matelas. Comme nous essayons de traverser vers l’Angleterre la nuit, on rentre parfois à 1, 2 voire 3 heure du matin. La police elle vient nous réveiller vers 5 ou 6 heure et nous devons ramasser nos affaires et bouger nos tentes si nous le pouvons, cela ne laisse pas beaucoup de temps pour dormir. Ici je peux reprendre des forces. »

À quelques kilomètres de là, dans une rue tranquille, la maison Maria Skobtsova accueille elle des femmes et des familles. « Elle a été fondée en 2016 par le frère Johannes, sur le modèle des maison d’hospitalité du mouvement Catholic Worker à New York » explique Joëlle, qui y est bénévole depuis plusieurs années.

Sur le mur du salon, le Notre Père a été traduit en arabe et en anglais, au milieu des dessins d’enfants. Ici aussi, on met en avant la convivialité. « Cette maison, c’est leur maison, souligne Joëlle. Il y a des bénévoles qui passent, donnent parfois des cours de langues. Le soir, on mange ensemble. »

« On se sent en sécurité, indique une jeune femme. En tant que femme, dormir dans la jungle, c’est parfois compliqué. » « C’est bien mieux que d’être à la rue, renchérit un futur père de famille dont l’épouse enceinte est pratiquement à terme. « Ce serait extrêmement difficile pour elle de dormir dehors en ce moment. »  

Si le plan Grand Froid a été déclenché en début de semaine, il n’est pas prévu pour le moment qu’il soit étendu après lundi prochain. Malgré les 300 lits disponibles – uniquement la nuit – dans le cadre de ce dispositif, de nombreux exilés, dont des mineurs, dorment toujours dehors. Pendant ce temps, les expulsions continuent : les tentes, constituant pourtant un bien maigre rempart contre le froid et les intempéries, y sont confisquées et parfois détruites.

Photos : Julia Druelle

À Calais, une justice complice du harcèlement étatique des exilé.e.s

Le Tribunal administratif de Lille valide une nouvelle fois l’expulsion d’un lieu de vie d’exilé.e.s à Calais.


Le 29 janvier 2021, la Commune de Calais demande au juge l’autorisation d’expulser des habitants sous le pont Freycinet, avec une audience le 5 février au matin. La décision autorisant l’expulsion est rendue l’après-midi même. Une justice expéditive qui ne prend même plus la peine de faire croire à un semblant d’impartialité. Calais obtient le titre de « plus gros expulseur de France », haut la main, avec 742 expulsions entre le 1 er novembre 2019 et le 31 octobre 2020.


7 tentes ont été installées sous le Pont Freycinet, dans le centre-ville de Calais. 14 soudanais s’abritent sous ce pont, dont plusieurs mineurs et une personne âgée. Nous dénonçons les expulsions qui ne font qu’aggraver la situation, déjà précaire, des habitants de terrain (précarité matérielle mais aussi psychologique et physique).
Les expulser loin de Calais n’empêchera pas leur retour. Ces expulsions sont constitutives d’un harcèlement quotidien visant à éviter tout point de fixation sur le littoral tout en maintenant les personnes à la rue.


Nous demandons donc une prise en charge par l’État avec un logement inconditionnel et pérenne à Calais. « Notre plus grande revendication c’est un hébergement ! », témoigne un des défendeurs.


Nous dénonçons également cette justice expéditive et l’hypocrisie de ce système juridique qui ne prétend même pas au droit à un recours effectif et à une justice impartiale.

La Cabane Juridique

Photo : Julia Druelle

Coquelles : Justice des libertés et de la détention, justice fantôme ?

Une personne retenue au CRA de Coquelles près de Calais témoigne des difficultés judiciaires qu’il rencontre dans le cadre de sa rétention administrative.

Le juge des libertés et de la détention a rendu sa décision plus de 48 heures après la saisine de la préfecture demandant la prolongation de la rétention. En excédant le délai autorisé pour rendre sa décision, le juge a commis une erreur de procédure. Un appel a été interjeté en soulevant le moyen relatif au dépassement du délai de 48h. La Cour d’appel de Douai n’a pas pris la peine de se prononcer sur cet argument et a confirmé le maintien en rétention.

Un autre recours a été intenté. L’audience se tenait le 18 janvier 2021. Bien que la personne retenue ait été convoqué à l’audience, aucun policier n’est venu la chercher pour qu’elle se rende au tribunal. La juge, bien que reconnaissant que les délais avaient été dépassés a indiqué ne pas pouvoir « revenir sur une décision qui a déjà été prononcé » et qu’elle ne pouvait pas enjoindre une mise en liberté. En d’autres termes, cette personne s’est vue prolongée son maintien en rétention malgré une reconnaissance par la justice du non-respect de la procédure.

Par ailleurs, cette même personne avait été placé en garde à vue pendant deux jours à la suite du refus de faire un test Covid. Elle a fait l’objet d’une comparution immédiate auprès du tribunal de Boulogne sur Mer pour obstruction à une mesure d’éloignement. Le juge a relaxé la personne en date du 23 décembre 2020. Le procureur a fait appel de la relaxe.

La justice de la rétention administrative, celle qui décide du maintien des personnes dans des lieux d’enfermement en attente d’une expulsion vers un autre pays est souvent expéditive et entachée de violations des droits. Afin d’apporter leur soutien aux personnes retenues, la Cabane Juridique incite tous les citoyens à se rendre aux audiences de l’annexe du Tribunal Judiciaire de Boulogne-sur-Mer à Coquelles.

Expulsion vs mise à l’abri : jeu de maux à Calais

11 requérants exilés, soutenues par 8 associations[1] et leur avocate Maitre Thieffry, font appel de la décision du juge de Boulogne-sur-Mer du 6 janvier dernier, par laquelle le juge judiciaire s’est déclaré incompétent pour trancher de la légalité de l’expulsion de la jungle dite d’Hôpital réalisée par les forces de l’ordre le 29 septembre 2020.

Dans sa décision, le juge, reprenant l’argumentaire du préfet, ne retient pas la qualification d’expulsion. Cette opération, sous la responsabilité du procureur, serait intervenue pour mettre fin au délit « d’installation sur le terrain d’autrui », dans le cadre de la flagrance. Or ce délit seul ne permet pas légalement d’expulser les personnes visées, ni la destruction des biens.

La présence du préfet se justifierait uniquement par une opération de mise à l’abri sans contrainte, non coordonnée avec l’opération d’expulsion, alors même que nombre de preuves contraires ont été apportées. Ainsi, « les forces de l’ordre accompagnant des migrants jusqu’aux bus, les fouillant à l’entrée des bus, se trouvant à l’intérieur des bus ou escortant les bus dans la ville » ne sont pas reconnus comme une contrainte !

Cette interprétation est éloignée de la réalité : expulsion et éloignement ont été pensés comme une seule opération contrainte faisant de cette « mise à l’abri », une véritable entreprise de transfert forcé des personnes exilées hors de Calais; entreprise réalisée en dehors de tout cadre légal.

Ces dérives s’inscrivent dans une politique généralisée d’expulsions. Il en découle  des pratiques et  des décisions qui s’apparentent à du harcèlement, en violant les droits fondamentaux des personnes et les engagements nationaux et internationaux de la France.

Expulsions quasi quotidiennes sur plusieurs lieux, multiplication des arrêtés anti-distribution alimentaire dans le centre-ville, installation de pierres pour les entraver, multiplication des violences et des discriminations, entrave à la liberté d’informer des journalistes lors des expulsions, les exemples d’hostilité ne manquent pas à Calais, rendant chaque jour plus difficile la survie des personnes en exil.

La seule politique acceptable est de proposer des solutions de logement dignes à ces enfants, ces femmes, ces hommes dont aucun n’a choisi de vivre dans ces conditions. Les associations signataires, qui sont intervenues aux côtés des habitants,   continueront de veiller avec vigilance au respect de leurs droits. C’est la précarité qu’il faut combattre, et non les personnes qui en sont les victimes.

Associations signataires : L’Auberge des migrants, la Cabane Juridique, Calais Food Collective, Choose Love, Collective Aid, Fondation Abbé Pierre, Human Rights Observers, Project Play, Refugee Youth Service, Salam Nord-Pas-de-Calais, Secours Catholique – Caritas France, Utopia 56.


[1] L’Auberge des migrants, la Cabane Juridique, Fondation Abbé Pierre, Choose Love, Project Play, Salam Nord-Pas-de-Calais, Secours Catholique – Caritas France, Utopia 56.

Une expulsion sous les ponts à Calais, politique de « lutte contre les points de fixation »

Ce matin a eu lieu une expulsion de personnes exilées sous les ponts à Calais (pont Faidherbe et pont Mollien). En effet, suite aux expulsions du 10 et 30 juillet dernier, des personnes ont commencées à vivre sous les ponts. Leur nombre a progressivement augmenté du fait des expulsions successives.

08 : 17 : l’équipe Human Rights Observers (HRO), qui observe quotidiennement les pratiques policières à Calais, est sur place. Au moins 9 voitures de CRS, 2 voitures de gendarmes, et 3 voitures de la police nationale sont également présentes. Le périmètre de sécurité est plus large que d’habitude. 

On peut entendre à la radio d’un policier « 14 migrants mis à l’abri. 13 soudanais et 1 lybien. ».

Cette expulsion n’étonne pas. Le 16 décembre dernier avait été affiché sous le pont Georges V, pont Faidherbe, pont Mollien, un référé de la Commune de Calais avec un avis d’audience pour le 23 décembre. Pour l’avocat de la commune, « l’État, le Département, certaines associations et surtout la Commune travaillent activement à la gestion responsable de cette crise en recherchant la meilleure solution possible ». La solution proposée : une action aux fins d’expulsion. 

Pour l’avocat de la défense, « chaque expulsion renforce la déjà très grande précarité de leur situation matérielle et nourrit un très vif sentiment d’abandon par les autorités ». Le jour même de l’audience, le juge rend sa décision, « il est enjoint aux occupants sans titre […]  de libérer les lieux sans délais ». 

Ce matin, pour les forces de l’ordre présentes, « ce n’est pas une expulsion, mais une opération de mise à l’abri. ». 

« Pourquoi des forces de l’ordre, alors ? », se questionne l’équipe HRO. 

8 : 54 : le premier bus observé par l’équipe HRO part. Escorté par une voiture de gendarmerie. 

Mohammed[1], dans un des bus, se questionne : « il y a une loi pour ça ou juste une politique de harcèlement ? ».  Le traducteur présent n’est apparemment au courant de rien et ne sait pas où vont les bus. 

9 : 00 : le périmètre de sécurité est subitement élargi pour l’équipe HRO qui est violement écartée, leur empêchant de faire leur travail et d’observer le déroulement des opérations.

« Il y avait de l’espoir » déclare Mohammed.

9 : 35 : un deuxième bus part, toujours escorté par une voiture de gendarmerie. Suivi par un troisième bus. Encore une voiture de gendarmerie.

« Que va-t-il se passer ? » demande Mohammed. Pour le juge du TA de Lille, « l’État […] met en œuvre à Calais un dispositif humanitaire en faveur de la population migrante, garantissant notamment une mise à l’abri ».

Sur le pont Faidherbe, on peut compter 10 voitures de CRS, 1 voiture de la police nationale, 1 voiture de gendarmerie, la protection civile et 2 voitures banalisées.

10 : 30 : L’équipe de nettoyage arrive et débarrasse le terrain de tout ce que les personnes possédaient, alors que l’équipe HRO est violemment escortée hors de la zone. 

Vers 11 : 30 : fin de la ‘mise à l’abri’, de l’expulsion, du dernier lieu de vie de la communauté soudanaise à Calais. D’après les observations de l’équipe HRO, on peut comptabiliser le départ de 5 bus avec au moins 90 personnes expulsées, sans certitude de la destination.

Nous dénonçons ces « mises à l’abri » comme une imposture. Il n’est offert aux personnes exilées aucune solution d’hébergement pérenne et inconditionnelle. En fonction de leur statut administratif, ces dernières seront largement expulsées des hébergements qu’elles n’ont pas sollicité dans les prochains jours. De fait, les exilé.e.s sont harcelé.e.s quotidiennement, leurs lieux de vie sont inlassablement détruits, leurs abris et biens personnels confisqués. Nous exigeons l’ouverture d’un hébergement inconditionnel à Calais.

Contact presse 

Sandra, Human Rights Observers : +33 6 68 02 32 34

Margot, Cabane Juridique : +33 6 08 45 02 54


[1] Nom volontairement modifié

Le juge judiciaire se déclare incompétent pour trancher de la légalité de l’expulsion du 29 septembre à Calais

Dans une décision rendue le 6 janvier 2021, le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer se déclare incompétent pour trancher de la légalité de l’expulsion du 29 septembre à Calais. 

Lou Blaster, artiste calaisienne

Bien que concomitantes l’opération d’expulsion et de mise à l’abri ont, selon le juge, qui reprend les arguments de la préfecture, été ordonnées par des autorités différentes. Selon la décision, l’opération d’expulsion mobilisant des centaines de forces de l’ordre a été orchestrée par le procureur de la République tandis que l’opération de mise à l’abri a été opérée par la préfecture du Pas de Calais.

Pour le juge, l’exercice de la contrainte pour faire monter les personnes exilées dans les bus n’est pas établie. En effet, quand parle-t-on de contrainte ?

Pour Monsieur Vanzo, Président du Tribunal Judiciaire de Boulogne sur Mer : « Certaines images montrent les forces de l’ordre accompagnant des migrants jusqu’aux bus, les fouillant à l’entrée des bus, se trouvant à l’intérieur des bus ou escortant les bus dans la ville, mais à aucun moment ne transparaît l’exercice d’une contrainte sur les personnes migrantes. » Le juge déconnecté de la réalité des faits et niant les multiples preuves fournies au dossier considère que la « contrainte serait uniquement les violences policières » comme le souligne Eve Thieffry, l’avocate des associations. [1]

Pour rappel, le 29 septembre dernier au petit matin, une opération de police de grande ampleur a expulsé près de 800 personnes exilées[2] d’un lieu de vie situé près de l’hôpital de Calais. Dans la continuité de cette expulsion, plusieurs centaines d’entres elles ont été contraintes de monter dans des bus pour être mises à l’abri dans des centres aux quatre coins de la France sans proposition pérenne d’hébergement. A la suite de cette expulsion, 8 associations et 11 personnes exilées ont demandé au juge de constater l’existence d’une voie de fait, arguant que la base légale invoquée par le préfet pour mener l’expulsion était irrecevable.

Les associations se réservent le droit de faire appel.


[1] https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/calais/associations-aide-aux-migrants-face-au-prefet-du-pas-calais-tribunal-judiciaire-se-declare-incompetent-1912134.html

[2] https://www.streetpress.com/sujet/1604434557-associations-aide-migrants-calais-attaquent-justice-prefecture-nord-immigration-refugies-etat-darmanin

CRA de Coquelles : un retenu dénonce la violation de ses droits fondamentaux

M. A, retenu au CRA de Coquelles depuis un mois et demi raconte les entraves à ses droits fondamentaux et à l’accès aux soins dont il est victime malgré des risques non négligeables pour sa santé.

Originaire du Nigéria, M.A est en France depuis 16 ans. Sa femme est en situation régulière avec ses deux enfants âgés de 7 ans et 3 ans, nés sur le sol français. A 42 ans, il souffre de deux pathologies très lourdes dont les soins ne sont pas disponibles au Nigéria.

Malgré cela et en violation de l’article 511-4 10° du CESEDA, M.A a été placé au CRA de Coquelles dans l’attente de la mise en œuvre d’une mesure d’éloignement vers son pays d’origine. Pire encore, le 6 novembre le tribunal administratif de Lille annule le pays de destination fixé par l’obligation de quitter le territoire et donne un mois aux autorités françaises pour fixer un nouveau pays de destination. Pourtant, le 12 novembre un vol est prévu pour M.A à destination du Nigéria.

Avant de vouloir m’expulser vers le Nigéria, on a voulu m’obligé à faire un test Covid. J’ai refusé car j’ai des problèmes respiratoires. Du fait de mon refus, j’ai été placé pendant 24h en garde à vue. L’officier de police judiciaire qui a levé ma garde à vue m’a parlé dans des termes racistes et m’a obligé à signer un document qu’on ne m’avait pas expliqué avant. 

Le document en question mentionne que M.A fait l’objet d’un rappel à la loi. « Mais quelle loi incrimine le fait de refuser un test Covid ? Chaque geste médical doit faire l’objet d’un consentement et cela n’a pas été le cas pour moi. J’estime que je suis entièrement dans mon droit. »

Lors de la seconde audience devant le tribunal administratif de Lille, un mois après l’ordonnance obligeant le préfet à fixer un pays de destination autre que le Nigéria, la situation de M. A n’a toujours pas été prise en compte. Le préfet n’a pas réexaminé la situation et s’est contenté de fixer de nouveau le Nigéria comme pays de destination. Plus incompréhensible encore, le juge identique à celui qui avait prononcé l’ordonnance un mois plus tôt, a, cette fois ci, statué en la faveur de la décision du préfet au risque d’être à l’origine de traitements inhumains et dégradants. L’accès aux soins au sein du centre de rétention est limité voire inexistant : « les médecins au centre de rétention m’ont vu 4 fois mais cela dure moins de 5 minutes à chaque fois juste pour faire des contrôles médicaux. Aujourd’hui je suis allé voir le cardiologue et il a augmenté mes médicaments car mon état de santé s’est détérioré depuis mon entrée au CRA. » Quand bien même, les médecins ont tenté de prendre en charge la situation médicale de M.A , ce dernier est confronté à des difficultés administratives.

« Depuis mon arrivée j’ai informé le médecin de ma situation, j’ai fait tous les tests nécessaires mais on a dans un premier temps refusé de me délivrer un certificat médical. J’ai insisté pour que le collège des médecins de l’OFII soit saisi. Au bout d’une vingtaine de jours, le médecin aurait finalement fait la demande d’un certificat médical auprès du médecin de l’OFII mais en réalité il a fallu que j’attende deux mois pour que le médecin de l’OFII soit saisi. Le problème c’est que cette démarche n’est pas suspensive et que dans l’attente des résultats je peux être renvoyé dans mon pays à tout moment alors que ma vie est en danger.

En dépit de sa situation, les autorités administratives et judiciaires maintiennent le placement en rétention de M.A sans aucune prise en compte de son état de santé, de sa situation familiale et de son intégration sociale et culturelle dans la société française. La situation de M.A n’est qu’un exemple parmi d’autres de personnes victimes de violations de leurs droits fondamentaux dans le cadre de leur rétention administrative. Cette situation témoigne de l’hypocrisie française qui tente coûte que coûte de mettre en œuvre sa politique d’éloignement malgré son ineffectivité démontrée quitte à mettre en danger la vie des personnes et au mépris du droit à la vie privée et familiale.

La prochaine fois qu’on me demandera de faire un test covid, je mettrai fin à mes jours puisque c’est la même chose. Si je suis expulsé vers le Nigeria, ça serait même pire, puisqu’il y a une forte discrimination contre les porteurs des pathologies dont je souffre ainsi qu’un manque de traitement médical effectif.  En effet, le Nigeria est l’un des pays les plus corrompus au monde et le système médical est défaillant


Maintien des expulsions et des placements en rétention au CRA de Coquelles malgré de nouveaux cas positifs

Depuis le CRA de Coquelles, près de Calais, une des personnes retenues témoigne de la situation actuelle avec la poursuite des placements en rétention et des expulsions vers les pays d’origine malgré l’apparition régulière de nouveaux cas positifs au Covid-19.

Les centres de rétention administrative sont conçus pour enfermer les personnes étrangères, pour une durée maximum de 90 jours, dans l’attente de la mise en oeuvre de leur mesure d’éloignement vers leur pays d’origine ou vers un autre pays de l’Union européenne. Souffrant d’une volonté politique d’invisibilisation, les personnes retenues sont isolées avec peu de contact avec le monde extérieur. Afin d’apporter un soutien moral aux personnes présentes dans le CRA, vous pouvez contacter les cabines présentes dans les différentes zones du CRA de Coquelles au 03 21 00 91 55 (zone 1), 03 21 00 82 16 (zone 2) et 03 21 00 96 99 (zone 3).

« Depuis que je suis arrivé au CRA le 7 novembre 2020, j’ai déjà été testé 4 fois. Je trouve la gestion de la situation anormale car nous n’avons pas la possibilité de voir nos familles à cause du Covid et pourtant il y a toujours de nouveaux retenus qui arrivent. Toutes les semaines il y a de nouveaux placements dans toutes les zones. Ici, pas le droit d’acheter un coca et pour avoir droit à un café, il faut attendre jusqu’à 45 minutes qu’un policer vienne nous ouvrir la porte. On nous interdit d’avoir un téléphone avec une caméra et on doit en acheter un autre. Ayant passé du temps en prison, je trouve les conditions de vie ici pitoyables au point que je trouve les conditions carcérales meilleures. Je suis dans un dortoir avec 6 lits. Au début, nous étions 5 dans la chambre. Il est alors difficile de respecter les distanciations sociales préconisées. Quand quelqu’un refuse de faire le test pour le Covid, il est placé à l’isolement, c’est-à-dire dans une pièce d’environ 4m² avec seulement un lit et une caméra qui vous surveille en permanence. Pas d’accès aux douches et aux toilettes. L’isolement peut durer jusqu’à 7 jours. Toutes les audiences pour savoir si on reste au centre de rétention ou non ont été reportées. Le jour de l’audience initialement prévue, on ne vient pas nous chercher, on nous tient au courant de rien : on nous donne juste un papier pour dire que l’audience va être reportée. Depuis que je suis arrivé, il y a eu de nombreux cas positifs mais le centre est resté ouvert alors qu’en mars avec un seul cas positif, le centre a été fermé. Tous les cas positifs sont envoyés au CRA de Plaisir et après 12 jours ils reviennent. Le 1er décembre 2020, nous avons reçu les résultats à la suite d’un autre test Covid. Une personne a été testée positive et placée à l’isolement. Malgré cela, une des personnes qui dormait dans la même chambre que la personne testée positive a été expulsée vers l’Irak dans la journée. Bien sûr, nous avons eu les résultats des tests après que cette personne ait été expulsé. »

Contact presse :
Marion Dumontet 06 46 31 56 27