Alerte : expulsion pour le Soudan prévue demain

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Comme nous l’avons signalé, l’expulsion de Mohammed Moussa vers le Soudan est prévue demain.

Il doit être embarqué demain par le vol Qatar Airways pour Doha de 9h25 du matin à l’aéroport Charles de Gaulle, terminal 1.

Un appel à rassemblement sur place de 7h à midi commence à circuler :

https://www.facebook.com/events/1898853833682982/

 

Voici le témoignage qu’il a livré au collectif La Chapelle Debout pour qu’il soit publié :

https://www.facebook.com/notes/collectif-la-chapelle-debout/est-ce-que-vous-me-renvoyez-pour-mourir-rendez-moi-ma-libert%C3%A9/442499966082946

« Est-ce que vous me renvoyez pour mourir ? Rendez-moi ma liberté »

Aujourd’hui nous nous sommes entretenus avec Mohamed Moussa actuellement enfermé depuis 43 jours au Mesnil Amelot et expulsable via Doha avec la compagnie Qatar Airways par le vol de 9h25 ce jeudi 16 mars 2017, un jour avant la fin de sa détention.

Stoppons l’ expulsion de Mohamed Moussa et celles de tous.tes les autres

« J’étais commerçant. Je vendais des produits alimentaires entre le nord du Darfour et le sud d’où je viens (Nyala) au Soudan.

Je vendais du sucre, de l’huile, de la farine, du thé, de la sauce tomates et même du Coca et du Pepsi. Parfois, je vendais aussi des vêtements comme des pantalons quand il y en avait. Deux fois par mois je prenais les transports en commun pour faire la navette entre le Nord et le Sud.
J’avais hérité d’un petit pécule pour faire ce buisness. Il venait pour partie de l’héritage après la mort de son père, qui était aussi commerçant et qui possédait un petit supermarché.

J’ai 30 ans et suis l’aîné d’une famille de 5. Il y a mon frère Amjad, 26 ans, et j’ai trois petites sœurs : Majda (24 ans), Mahla (22 ans) et Maissa (11 ans).

Mon père est mort tué par la guerre et les Janjaouid à côté de Chiria. »

Il faut savoir que Mohamed est Zaghawa. Ce groupe ethnique représente 6 % de la population du Soudan et il est ciblé et persécuté notamment par le gouvernement soudanais[1].

C’est avec ce même gouvernement que la France et l’Union Européenne signent des « accords de coopération » dans lesquels les uns donnent de l’argent ou font des « allégements de dette » quand les autres s’engagent à bien contrôler leur ressortissants et leurs frontières.

« Un jour alors que je revenais voir ma mère qui était malade, je me suis fait attraper par une milice qui m’a amené dans un dépôt à côté d’une voie ferrée près de Nyala. De là, j’ai été transféré dans une prison à 15 km de la ville où je suis resté pendant 10 mois. Je ne souhaite pas me souvenir ni parler de ce qui s’est passé là-bas. Cette partie de ma vie était très dure, noire. On était en 2012.

« Suite à l’intervention de mon oncle, des miliciens parmi ceux qui m’enfermaient sont venus me voir et ils m’ont annoncé qu’ils me laisseraient sortir à la condition expresse que je quitte ma terre du Darfour. Je suis donc parti pour Al Fashir, puis je suis entré en Libye.

Là, après avoir fait divers petits boulots, j’ai travaillé comme ouvrier agricole dans un champ pour un patron qui m’hébergeait, de 2013 à 2015. Malgré la guerre j’aurais pu rester là si je n’avais pas eu d’autres problèmes. Par deux fois des membres de milices et de bandes armées sont venues racketter la ferme, je me suis fait menacer car je n’avais pas d’argent, insulter, et maltraiter. J’ai été menacé de mort : « on va te tuer sale étranger », m’ont-ils dit. Plusieurs fois je suis allé voir mon patron qui m’a répondu : « c’est comme ça, je ne peux rien faire ».

En septembre 2016 dernier, j’ai donc pris un petit bateau.

J’ai payé 1000 dinars lybiens. J’ai voyagé dans la cale vu que je n’avais pas payé beaucoup d’argent. Nous étions 110 personnes entassées pendant 11h, après quoi nous nous sommes fait accoster par un autre bateau plus grand dans lequel nous sommes restés deux jours avant d’arriver en Italie.

J’ai réussi à ne pas laisser mes empreintes en Italie.

Je suis arrivé à Paris en octobre dernier et j’ai passé 5 jours à la Chapelle à dormir dans la rue. En face du Camp. Je voulais me reposer mais ce n’était pas possible. Plusieurs personnes m’ont conseillé là-bas de partir pour Calais car c’était plus simple pour les démarches, plus rapide et qu’il y avait des organisations qui aidaient les éxilé.es.

Le 31/01, il me restait deux euros dans la poche et j’avais faim.

J’ai « fait des courses » et je me suis assis dans un parc public pour manger.

La police est venue le voir et ils m’ont demandé mes papiers.

Je ne comprenais rien [Mohamed ne parle pas français et très peu anglais]. Ils m’ont embarqué au commissariat et là-bas on m’a donné un papier. J’ai refusé de signer car je ne comprenais pas ce qui était écrit [c’était une Obligation de Quitter le Territoire Français].

Du commissariat j’ai été amené dans un deuxième centre « Paris Charles de gaulle ».

C’est là que j’ai voulu faire une demande d’asile mais on m’a dit que c’était trop tard.[2]
En tout je suis passé cinq fois devant le juge. J’avais des traducteurs différents à chaque fois mais très souvent je ne comprenais pas ce qu’ils me disaient car nous ne parlions pas le même arabe.

Au tribunal on me reprochait à chaque fois de ne pas avoir demandé l’asile dès mon arrivée. J’ai pourtant dit que je n’ai pas pu le faire ne sachant ni où aller et ne connaissant ni la langue ni les institutions.

Fin février, le 22 si je me souviens bien la police de la prison est venue avec 4 personnes soudanaises. Je ne sais pas pourquoi ils sont venus me voir. La police ne m’a rien expliqué.

Les soudanais m’ont dit qu’ils faisaient partie d’une organisation humanitaire qui aide les exilé.es. Ils avaient l’air bizarres c’est pour ça que je suis resté méfiant et surtout plutôt silencieux.

Du fait de mon attitude ils ont mis fin à la discussion et on m’a ramené dans ma cellule[3]

Ils ont déjà voulu m’expulser le 24 février mais ils ne pouvaient pas car il n’y avait pas de papier de l’ambassade.

Si je reviens au Soudan, les milices me tueront. Je ne peux pas rentrer !

De plus ma tribu est perçue comme opposante au régime.

Est-ce que vous me renvoyez pour mourir ? Rendez-moi ma liberté et laissez-moi commencer mes démarches. Emprisonné je ne peux rien faire. Je suis Darfouri et menacé de mort !

Comment voulez-vous que je fasse des démarches alors qu’il me faut du temps pour comprendre comment faire, connaître et savoir où aller?!

Je précise que l’attitude de la police est incorrecte et qu’à aucun moment je n’ai eu un traducteur qui parlait ma langue, mes droits ont été violés.

Je n’ai pas trouvé la justice que j’espérais en France. Dommage. »

[1] http://www.refworld.org/docid/54f04…

[2] Il s’agit du centre de rétention du Mesnil Amelot.

[3] Normalement on présente les migrant.es aux ambassades dont ils dépendent. Elles doivent reconnaître le ressortissant et délivrer un laissez passer consulaire pour qu’ils ou elles puisse être expulsé.es.
On notera donc la nouveauté puisque ici la police et l’administration travaillent mais dans la main avec l’ambassade. Tout est bon pour déporter.
Nous ajoutons que si visiblement l’accès au CRA est facile pour le gouvernement soudanais.es, ce n’est pas la même chose pour les citoyen.ness, les médecins ou les avocat.es et que même les associations agréées par l’Etat.En effet, elles sont très strictement contrôlées et surtout limitées dans leur prérogatives. »

 

 

Comme un recommencement

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Pour les personnes qui ont connu Calais avant la création du bidonville sous la pression des pouvoirs publics en mars – avril 2015, la scène a un air familier. Le quai de chargement des camions, abrité par un auvent, du hangar Paul Dévot a été l’un des lieux de distributions de repas jusqu’à ce que les pouvoirs publics concèdent un lieu aménagé rue de Moscou, en 2009. Puis à nouveau de manière occasionnelle après l’évacuation du lieu aménagé pour la distribution des repas occupé par les exilés le 2 juillet 2014. L’autre lieu de distribution était un terrain vague quai de la Moselle, qui n’est plus praticable puisqu’un bâtiment y est en cours de construction.

C’est au hangar Paul Dévot que les associations ont décidé d’organiser la distribution de repas hier soir, en réponse aux arrêtés municipaux les interdisant dans différents secteurs de la ville. Des personnes de tous les horizons de la solidarité avec les exilé-e-s sont venues, au-delà des divergences qui ont été fortes ces deux dernières années, dans une unité au moins provisoirement retrouvée.

À des personnes plus anciennes à Calais, la situation rappelle sans doute la période qui a suivi la fermeture du Centre de Sangatte à l’automne 2002, quand il a fallu remettre en place sous le harcèlement de la police une solidarité répondant aux besoins de base, manger, se laver, se vêtir. À défaut d’avoir ne serait-ce qu’un abri, à défaut de pouvoir accéder à ses droits fondamentaux.

 

Salomon Koninck : Philosophe au livre ouvert.

Mort suite à une tentative de passage

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Un exilé afghan est mort suite à une tentative de passage ce samedi. Il avait sauté d’un camion qui allait dans la mauvaise direction, et a perdu connaissance en tentant de rejoindre le camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe, près de Dunkerque.

http://www.lepharedunkerquois.fr/fait-divers/grande-synthe-un-afghan-de-20-ans-decede-apres-une-ia685b0n201641

Il s’agit du deuxième décès à la frontière depuis le début de l’année. Le 21 janvier, Johnsina est mort écrasé sur l’autoroute à proximité de Calais.

 

La CNCDH interpelle le premier ministre

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La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) est une autorité indépendante dont le rôle est de conseiller le parlement et le gouvernement pour tout ce qui concerne les droits fondamentaux et les libertés publiques. Elle exprime principalement ses positions par des avis et des rapports.

Lorsque la présidente de cette institution sort de ce cadre pour interpeller directement le premier ministre, c’est pour marquer la gravité de la situation.

Elle l’a fait par une lettre datée du 24 février et rendue publique par la CNCDH, soulignant la gravité de la situation d’abandon dans laquelle sont laissé-e-s les exilé-e-s, dont de nombreux-ses mineur-e-s ainsi que les entraves, intimidations et poursuites auxquelles sont confrontées les personnes solidaires, tant à Calais qu’à la frontière franco-italienne.

Elle demande par conséquent au premier ministre de revoir les arbitrages politiques qui ont conduit à cette situation.

Vous pouvez lire la lettre de la présidente de la CNCDH au premier ministre ici :

http://www.cncdh.fr/fr/publications/lettre-de-la-presidente-concernant-la-situation-des-migrants

http://www.cncdh.fr/sites/default/files/courrier_pm_-_migrants_-_24.12.17.pdf

 

 

Alerte : risque d’expulsion vers le Soudan

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Monsieur M. a été arrêté à Calais le 31 janvier dernier. Une Obligation de Quitter le Territoire Français a été émise à son encontre avec comme pays de destination le Soudan. Il a été transféré au centre de rétention du Mesnil Amelot, près l’aéroport de Roissy – Charles De Gaulle, où il est actuellement enfermé.

Bien qu’il n’ait pas pour l’instant été présenté aux autorités consulaires du Soudan pour être identifié et pour qu’elles émettent le laissez-passer nécessaire à son expulsion, un vol a été réservé pour son expulsion jeudi 16 mars sur un avions de la compagnie Qatar Airways, qui participe généralement aux expulsions vers le Soudan. Le 16 mars est son avant-dernier jour de rétention, dont la durée maximale est de 45 jours, et il devrait sans cela être libéré le lendemain.

 

Ce que vous pouvez faire :

Interpeller le ministre de l’intérieur pour demander de stopper l’expulsion :

sec.immigration@interieur.gouv.fr

Écrire un message ou téléphoner au préfet du Pas-de-Calais, Fabien Sudry, auteur de la décision d’expulsion, pour lui demander de l’annuler :

formulaire de contact : http://pas-de-calais.gouv.fr/Contactez-nous

Téléphone : 03.21.21.20.00

E-mail : fabien.sudry@pas-de-calais.pref.gouv.fr

La compagnie Qatar Airways, auprès de laquelle sont réservés les vols pour les expulsion. Vous pouvez téléphoner à son agence de Paris ou vous y rendre pour expliquer courtoisement votre point de vue sur leur participation à ces expulsions.

http://www.qatarairways.com/fr/fr/contact-us.page

Qatar Airways, Agence de Paris, 19 rue de Ponthieu, 75008 Paris, France, 01 43 12 84 40

Vous pouvez aussi l’interpeller sur facebook : https://www.facebook.com/qatarairways

Pour argumenter, vous pouvez vous baser sur les constatations d’Amnesty International :

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/france-deux-personnes-bientot-renvoyes-dans-un-pays

https://www.amnesty.org/fr/countries/africa/sudan/report-sudan/

 

 

Alerte : une expulsion vers la Norvège peut devenir une expulsion vers l’Afghanistan

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Fahrad a été interprète pour une mission des Nations Unies en Afghanistan. Pour cela, comme d’autres personnes qui ont travaillé pour des agences ou des ONG internationales, il est menacé par les talibans. Pourtant, sa demande d’asile a été rejetée par la Norvège.

Il traverse l’Allemagne, la France, souhaite se rendre au Royaume-uni, et se fait arrêter à Calais. À partir de là, c’est la mécanique de réglementation européenne qui joue : il est placé en rétention pour être renvoyé vers le pays européen où il a demandé l’asile, la Norvège. Et les autorités norvégiennes, qui lui ont refusé l’asile, vont l’expulser vers l’Afghanistan, où il est en danger, comme elle l’ont fait dans d’autres cas.

Sur Streetvox, une tribune de Fahrad dans laquelle il explique son parcours et les enjeux de son expulsion :

http://www.streetpress.com/sujet/1489171005-appel-fahrad-refugie-afghan-menace-mort-talibans

complétée par une tribune de Marion Beaufils, juriste de la Cimade, qui en resitue le contexte :

http://www.streetpress.com/sujet/1489159642-fahrad-expulsion-afghanistan

Le vol prévu pour l’expulsion de Fahrad est à 11h15 du matin, demain lundi 13 mars, au terminal 1 de l’aéroport de Paris – Charles De Gaulle. Un appel à rassemblement a été diffusé :

https://www.facebook.com/events/390396941329250/

 

 

Bains publics – troisième édition !

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Depuis que les douches mises en place par le Secours catholique à Calais font l’objet d’un harcèlement tant par la mairie que par l’État (voir ici, ici et ), des citoyen-ne-s concerné-e-s se retrouvent chaque samedi matin place d’Armes, au centre-ville, pour se doucher en public puisqu’il n’est pas possible aux exilé-e-s, sous peine d’arrestation, de se doucher dans un lieu privé (voir ici et ).

Depuis, la mairie a publié un arrêté anti-rassemblement concernant les distributions de repas dans la zone industrielle des Dunes. Comme les distributions de repas se sont déplacées hors du périmètre concerné par l’arrêté, un nouvel arrêté a été pris concernant ce nouveau lieu, mais aussi la place d’Armes où ont lieu les rassemblements « Bains publics ! ». À la question des douches, à la question des repas, s’est ajoutée celle de la liberté d’expression.

Ce matin donc, place d’Armes, des personnes en peignoir ont déambulé dans le marché et aux alentours, distribuant des tracts et discutant avec les personnes présentes, avant de remonter la rue Royale et de se rassembler devant la mairie, le tout sous l’œil des policiers municipaux.

Tant que les douches des exilé-e-s feront l’objet de harcèlement, les actions « Bains publics ! » continueront.

 

https://www.facebook.com/events/200941683723807/

« Bain Public :
Sortir en peignoir et faire sa toilette dans les rues de Calais pour protester contre le fait que des hommes et des femmes sont empêché.e.s d’avoir accès à cet acte d’hygiène élémentaire qui est de se laver !

Puisqu’il est malvenu de se laver dans un espace privé,
peut-être est-il préférable de se laver dans l’espace public ?

Liberté d’Expression :
En réponse à notre rassemblement de la semaine passée, madame le maire étend son arrêté à la Place d’Armes pour s’assurer que nous n’osions plus nous rassembler, que nous rentrions dans le rang et restions silencieux.
Nous ne nous tairons jamais !
Puisque la mairie souhaite nous museler, soyons nombreux à exprimer notre désaccord et l’attachement inaliénable à notre liberté d’expression ! »

 

Renoir : Baie de Moulin Huet, Guernesey.

Expulsion d’un exilé érythréen vers le Soudan

Hamid, exilé érythréen arrêté à Calais et transféré au centre de rétention de Oissel près de Rouen (voir ici et ), a été expulsé ce mardi vers le Soudan. Il avait été considéré comme Soudanais lors d’une visite de représentants des autorités soudanaises au commissariat de la police aux frontières dans les heures qui ont suivi son arrestation, et à partir du moment où un laissez-passer a été émis par l’ambassade du Soudan a été émis, il s’est trouvé, enfermé en rétention, dans l’impossibilité de prouver qu’il était érythréen. Mais une fois arrivé au Soudan, il peut très bien être identifié comme Érythréen et renvoyé vers l’Érythrée, qui est l’une des pires dictatures de la planète.

Ceci témoigne de la banalisation des expulsions vers le Soudan et de la coopération étroite qui s’est mise en place entre les autorités françaises et soudanaises pour les rendre plus faciles.

 

Le laissez-passer européen ou comment expulser plus

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Quand un pays veut expulser, se pose la question d’expulser où ? Ce peut être vers le pays d’origine, vers un pays par lequel la personne est passée, pour une personne qui fait une demande d’asile ce peut être le pays responsable de celle-ci selon le règlement européen Dublin III. Il existe pour ça des accords de réadmission, certains prévus dans la règlement Schengen pour les pays européens qui font partie de cet espace, d’autres conclus avec des pays qui lui sont extérieurs. Ces accords peuvent être conclus par l’Union européenne, comme celui qui vise à faciliter les expulsions vers l’Afghanistan, ou par des États membres, comme entre l’Italie et le Soudan.

Mais l’État vers lequel la personne doit être expulsée reste souverain de sa décision d’accepter ou non son renvoi sur son territoire. Son acceptation se traduit par la délivrance par l’ambassade d’un laissez-passer, document nécessaire à l’expulsion.

Et là ça peut être gênant pour le bon déroulement de l’expulsion. Parfois les autorités du pays sont trop lentes pour délivrer le laissez-passer, et l’expulsion ne peut pas avoir lieu. Parfois elles ne le délivrent pas du tout. Par exemple les autorités françaises émettent des Obligations de Quitter le Territoire Français avec l’Érythrée comme pays de destination, et les autorités érythréennes ne délivrent pas de laissez-passer. Alors la personne est gardée un moment en rétention, mais il arrive un moment où il faut quand même la libérer, par décision d’un-e juge ou parce que la durée maximale de rétention est arrivée à son terme.

Alors les autorités européennes ont inventé le laissez-passer européen pour faciliter les expulsions. C’est le pays expulseur qui émet le laissez-passer, du coup moins de souci. Bien sûr cette mesure viole la souveraineté de l’État vers lequel la personne est expulsée et n’a pas de base en droit international, et ce pays peut toujours refuser. Le Mali l’a déjà fait, et des personnes expulsées sont ainsi retournées de Bamako à Paris à bord du même avion. Mais il est prévu d’inclure le laissez-passer européen dans les futurs accords de réadmission, souvent négociés sous le chantage à l’aide au développement.

Communiqué inter-associatif :

 

http://www.migreurop.org/article2774

« Le Laissez-passer européen, un pas supplémentaire vers l’expulsion à tout prix

Alors que des hauts fonctionnaires africains et européens se réunissent à Malte les 8/9 février 2017 à mi-parcours du processus de la Valette, l’Union européenne fait un pas de plus pour restreindre la mobilité des personnes migrantes et imposer sa loi aux pays d’où viennent la majorité d’entre elles, sous la forme du « laissez-passer européen », adopté sans bruit en octobre 2016.

Le plan d’action lancé à La Valette en novembre 2015 par l’UE, ses Etats membres et 35 Etats africains vise à « lutter contre l’immigration irrégulière, le trafic d’êtres humains et les causes profondes de la migration forcée ». Actuellement en cours d’évaluation, il s’appuie sur la « coopération extérieure » pour obtenir la signature, par des Etats « tiers », d’accords de réadmission destinés à expulser plus facilement les personnes migrantes.

Avec le laissez-passer européen (LPE), l’UE marque une étape supplémentaire de la stratégie d’externalisation de sa politique migratoire depuis vingt ans. Ce document de voyage, délivré par les Etats membres de l’UE – et eux seuls -, permet d’expulser une personne sans qu’elle ait été identifiée par le pays « tiers » dont elle est supposée être originaire, et donc sans laissez-passer consulaire, au mépris de ses droits et du principe d’égalité entre Etats souverains (garanti par la Convention de Vienne).

En dépit de l’opposition exprimée dès novembre 2015 par les responsables africains présents au Sommet de La Valette et réitérée début 2017 par la société civile et le gouvernement maliens, le LPE – malgré ses défauts majeurs de forme et de fond – est bel et bien déjà utilisé.

Au-delà des effets négatifs immédiats d’une mesure d’éloignement sur les personnes, le flou total qui caractérise la mise en œuvre du LPE laisse craindre un nombre important de violation des droits, en atteste le nombre de questions sans réponse que pose l’utilisation de ce document (voir liste ci-jointe).

A l’heure où la machine à expulser gagne en puissance (coopération avec la Turquie, l’Afghanistan, la Libye, nouvelles prérogatives octroyées à Frontex), les droits fondamentaux ne sont même pas évoqués dans le texte paru au Journal Officiel de l’UE sur le LPE.

Les réseaux africains et européens d’organisations de la société civile signataires du présent communiqué réclament que les Etats membres de l’UE suspendent immédiatement l’utilisation du LPE et que les autorités européennes fournissent et publient sans délai les informations complémentaires et indispensables concernant sa mise en œuvre (voir liste des informations ci-jointe).

La mobilité est un droit, et non un outil de chantage diplomatique.  

 Organisations signataires

AEDH – Association Européenne pour la Défense des Droits de l’Homme

EuroMed Droits

Loujna-Tounkaranké

FORIM – Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations

Medico International

Migreurop

Observatoire Ouest-Africain des Migrations »

 

Et vous pouvez télécharger le texte « Laissez-passer européen – Les questions qui se posent » ici.

 

 

Qui profite du contrôle de la frontière ?

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La dimension économique du contrôle de la frontière britannique et des violences qui l’accompagnent est peu étudiée. Le travail fait par des chercheuses et des chercheurs de Corporate watch est donc d’autant plus intéressant. Qu’il s’agisse de lister les entreprises impliquées dans le contrôle de la frontière à Calais, de manière générale, ou celles ayant participé plus spécifiquement à la destruction du bidonville. Ou d’esquisser la manière dont la recherche de profits peut influencer les décisions politiques, les canaux d’influence qui permettent de le faire, les liens qui existent entre les différents acteurs.

Les premiers travaux sont disponibles sur le site Calais Research, en français :

https://calaisresearch.noblogs.org/post/category/french/

et en anglais :

https://calaisresearch.noblogs.org/post/category/english/

 

794px-Marinus_van_Reymerswaele_(Follower_of)_-_The_Money_Changers_-_Google_Art_ProjectAnonyme d’après Marinus van Reymerswaele : Les changeurs.