Grande-Synthe : la politique du zéro abri

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Il était devenu classique d’opposer Grande-Synthe à Calais. D’un côté une solution d’accueil d’urgence, un camp de réfugié-e-s aux normes internationales voulu par la municipalité, même si la reprise en main par l’État avait entraîné une dégradation des conditions d’accueil (voir ici, ici et ). De l’autre la violence d’une politique de non-accueil. Avec la destruction du bidonville de Calais et la fermeture des structures que l’État y avait mises en place (centre Jules Ferry et camp de containers), et l’incendie du camp de réfugié-e-s de Grande-Synthe, les conditions ont été nivelées par le bas : la politique du zéro abri s’applique tant dans le Calaisis que dans le Dunkerquois (voir ici, ici et ).

 

Témoignage de la Cimade (cliquez sur le lien pour voir aussi le diaporama qui accompagne l’article) :

http://www.lacimade.org/exiles-grande-synthe-sans-abris-puythouk/

« Les exilés de Grande-Synthe sans abris au Puythouk

14 juin 2017

Depuis l’incendie du camp de la Linière le 10 avril 2017, il n’existe plus de structure d’accueil inconditionnel pour les personnes exilées en transit à Grande-Synthe et sur le littoral. Reportage dans le bois du Puythouck où vivent près de 300 Kurdes irakiens.

Au Puythouk, zone naturelle protégée et bucolique, quelques joggers et promeneurs circulent encore dans les allées, mais ce sont surtout près de 300 personnes exilées qui vivent dans des conditions précaires proches de l’insalubrité. Beaucoup d’enfants, des femmes enceintes et quelques mineurs isolés dorment à même le sol dans le bois et les pelouses alentours. Le seul « équipement » disponible est une benne à ordure installée par la mairie. Pas d’accès à l’eau, pas de toilette ni de douche et surtout pas d’abris. Une situation qui rappelle celle du camp du Basroch. 3 000 personnes exilées y campaient dans la boue en janvier 2016 avant la construction en mars du camp de la Linière.

NETTOYAGE PAR LA POLICE

« La police fait un ‘nettoyage’ comme ils disent, deux fois par semaine » explique Claire Millot de l’association Salam qui distribue des repas quatre jours par semaine. « Mardi ils ont fait une grosse opération, ils empêchent toute tentative d’installation, tentes ou abris précaires sont détruits, les sacs de couchage et les couvertures sont gazés. Mais le harcèlement policier ici c’est rien par rapport à Calais ! » Si les policiers semblent plus corrects que dans le Pas-de-Calais, la différence de traitement est probablement liée à la personnalité du maire, et du préfet du Nord. Magali De Lambert, coordinatrice d’accès au droit pour La Cimade à Grande-Synthe, tempère cette analyse : « On ne peut pas se féliciter, parce qu’ailleurs sur le littoral, la situation est plus violente. » Sans compter les témoignages recueillis parfois terrifiants comme cet homme qui raconte que jeudi 8 juin, à l’occasion d’une tentative de passage, la police est intervenue dans un camion : « Ils ont gazé à l’intérieur du camion, puis refermé la porte un temps avant de faire sortir les personnes et les disperser. » Un garçon d’une dizaine d’années a les yeux très irrités 24 heures après les faits.

UN PROJET DE VIE QUI RESTE LE MÊME

Les personnes exilées ici sont presque toutes originaires du Kurdistan irakien, mais ces jours-ci, une vingtaine d’Iraniens et de Pakistanais partagent leur sort au Puythouk. À Pâques, Salam avait distribué 40 repas, désormais c’est plutôt 250, mais difficile pour les associations de faire des évaluations. « L’incendie du camp, le harcèlement policier, les conditions de vie déplorables dans le bois ne vont pas faire changer de projet de vie les personnes », explique Magali De Lambert, « elles veulent se rendre au Royaume-Uni et très peu renoncent à leur souhait ».

Les familles acceptent parfois des places en centre d’accueil et d’orientation (CAO) pour se reposer un temps. Mais plusieurs sont revenues au Puythouk pour tenter une nouvelle fois le passage. C’est le cas d’une mère avec ses deux filles adolescentes jumelles et un couple avec un enfant de quatre ans revenus pour la troisième fois de CAO. D’autres préfèrent rester près des points de passage et des passeurs, comme Silan, 35 ans, accompagnée de son bébé de six mois : « Mon mari est passé la semaine dernière avec nos deux autres enfants, il a commencé ses démarches pour demander l’asile. » La procédure de réunification familiale est longue, « ça peut durer plus de quatre mois », lui explique Magali De Lambert, « et il faut que vous puissiez fournir des documents d’état civil attestant de votre mariage ainsi que les démarches entreprises par votre mari au Royaume-Uni ». Silan ne peut pas attendre si longtemps « c’est trop long pour les enfants », le lendemain, elle tente une nouvelle fois le passage, mais sera de retour pendant la distribution du repas.

ACTIONS JURIDIQUES

Les possibilités d’actions juridiques concernent aussi les mineurs isolés ou les rares personnes qui souhaitent demander l’asile en France, plutôt que poursuivre leur route vers Londres. Elles sont souvent découragées, car pour faire la démarche, elles sont contraintes de se rendre à Lille, sans moyen de transport. Et attendre, sans hébergement, des semaines, l’enregistrement de leur demande d’asile en préfecture. Beaucoup préfèrent donc rester au Puythouk quand elles apprennent qu’aucune place d’hébergement n’est disponible et qu’elles devront continuer de vivre à la rue.

Redir a 40 ans, il était chercheur à l’université de Duhok, grande ville du Kurdistan au nord de l’Irak. Il connaissait un peu la situation avant de venir, mais ne s’attendait pas à dormir dans la forêt enroulé dans une couverture. « Quand on est menacé de mort, l’urgence c’est la fuite, le reste importe peu. » Avec sa femme et leurs enfants de cinq et huit ans, ils espèrent rejoindre le Royaume-Uni où réside un neveu qui est de nationalité britannique.

UNE MISSION À LA RENCONTRE DES ACTEURS

L’action de La Cimade menée dans sa permanence d’accès aux droits à Grande-Synthe depuis juillet 2016 était liée à l’ouverture du camp de la Linière. Deux mois après l’incendie, même s’il n’y a pas de baisse de fréquentation de sa permanence, La Cimade a entrepris du 6 au 9 juin une mission de terrain à la rencontre des associations et des personnes exilées pour mieux répondre aux besoins des personnes exilées. « On présente nos actions aux partenaires, on évoque les questions de formation et on étudie la possibilité d’une présence au Puythouk pour identifier des personnes qui souhaitent un soutien juridique dans leurs démarches » détaille Magali De Lambert. Emmaüs, Médecins du Monde, Gynécologie sans frontière, Salam, Care4Calais, Refugee Community Kitchen, Dunkirk Legal Support Team, Plateforme citoyenne Bruxelles et autres militants font partie des acteurs de terrain rencontrés dans le cadre de cette mission.

OUVERTURE D’UN NOUVEAU CAMP ?

Mais la question d’une redéfinition de l’action de La Cimade sera peut-être tranchée plus vite que prévu. En effet, Damien Carême, le maire (EELV) de Grande-Synthe a annoncé qu’avec ou sans l’État, il y aurait un nouveau camp. Pour que l’accueil inconditionnel des personnes en exil dans le Nord et le Pas-de-Calais soit réel, quelle que soit leur nationalité et leur situation administrative, ce n’est pas un camp que l’État doit mettre en place, mais plusieurs camps. Une demande soutenue par les associations qui ont écrit le 2 juin au président de la communauté urbaine de Dunkerque.

 

Matthew Pratt : Elizabeth Gay avec les jumelles Sarah et Ann.

 

 

 

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Calais : les associations saisissent à nouveau le tribunal administratif

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À l’automne 2015, le tribunal administratif de Lille avait déjà été saisi des conditions de vie dans le bidonville de Calais. L’affaire était remontée jusqu’au Conseil d’État, et avait débouché sur l’installation de points d’eau en plus grand nombre, de toilettes chimiques, la mise en place d’un ramassage des déchets, l’aménagement de voies d’accès pour les secours. Et un recensement des mineur-e-s qui n’avait débouché sur aucune mesure concrète (voir ici, ici, ici et ).

La situation est pire aujourd’hui, comme en témoigne le récent communiqué du Défenseur des Droits, aggravée encore par le harcèlement policier à l’encontre des activités humanitaires.

Hier 15 juin, des exilé-e-s et des associations ont donc à nouveau saisi le tribunal administratif.

 

Communiqué :

http://www.ldh-france.org/deni-dhumanite-deni-realite-latteinte-aux-libertes-fondamentales-constitue-pas-politique/

Vous pouvez télécharger le communiqué des associations ici.

« DENI D’HUMANITE, DENI DE REALITE
L’atteinte aux libertés fondamentales ne constitue pas une politique !

Les associations saisissent à nouveau le juge des référés du tribunal administratif de Lille

Des exilés et des associations saisissent dans l’urgence le juge du tribunal administratif de Lille pour lui demander d’enjoindre aux autorités de respecter les libertés et les droits fondamentaux des exilés présents sur le Calaisis.

Aujourd’hui plus de 600 exilés, dont de nombreux mineurs isolés, survivent sur le Calaisis dans des conditions effroyables. A l’absence totale de prise en charge sanitaire et sociale s’ajoutent une pression et un harcèlement policier constants destinés, prétendent les autorités, à « éviter tout point de fixation ». Les exilés fuyant la guerre et la persécution sont ainsi contraints de subir des conditions de survie intolérables. A l’occasion de l’expulsion des habitants du bidonville de Calais en octobre 2016 les préconisations du rapport de Messieurs Vignon et Aribaud (lesquels avaient reçu pour mission, du ministre de l’Intérieur de l’époque, d’envisager les suites à donner au démantèlement du bidonville de la Lande) étaient claires. Les promesses ministérielles annoncées avant le démantèlement l’étaient également. Pourtant, plus aucun dispositif d’accueil n’existe à ce jour pour les réfugiés arrivant sur Calais. Les autorités veulent faire croire que la question de la présence des exilés est résolue et que ces derniers n’arrivent plus à Calais. Or, cela fait plus de vingt ans que les exilés viennent sur Calais pour tenter le passage vers la Grande Bretagne, qu’ils y séjournent aussi longtemps que nécessaire. Cela perdure et continuera aussi longtemps que Calais sera proche des côtes anglaises…

Ce n’est pas en privant les exilés de leurs droits fondamentaux et en leur refusant le minimum de dignité que l’on répondra de façon constructive et pérenne à la question de l’accueil des réfugiés. La solution ne naîtra pas non plus des entraves à l’action des associations et des citoyens qui leur apportent aide et soutien.

La politique menée depuis octobre 2016 est une impasse pour les exilés comme pour l’ensemble des calaisiens concernés. Ce n’est d’ailleurs pas une politique, c’est un déni de réalité – initié dans un contexte de campagne électorale – indigne de notre devise républicaine.

Une fois les élections législatives passées, le nouveau gouvernement va-t-il persévérer dans la politique de l’autruche et du tout sécuritaire ou va-t-il oser regarder la réalité en face, proposer de construire dans la durée une réelle politique d’accueil comprenant des réponses locales, nationales et européennes adaptées à cette question complexe ?

Face à la situation sanitaire et sociale déplorable que subissent les exilés, et alors qu’il y a urgence à y répondre, nous sommes donc contraintes de saisir – une fois encore – le juge des référés du tribunal administratif de Lille, afin de lui demander de reconnaître les atteintes graves et répétées aux droits et libertés et d’enjoindre aux autorités de mettre en place un dispositif garantissant le respect des droits fondamentaux de base, tels que l’accès à l’eau, à des toilettes, à une distribution alimentaire, à une information réelle sur les droits…

A Calais, le 15 juin 2017

 

Associations signataires :

L’Auberge des migrants ; La Cabane juridique / Legal Shelter ; Care4Calais ; La Cimade ; Gynécologie sans frontières ; Help Refugees ; Ligue des droits de l’Homme ; Le Réveil Voyageur ; Salam Nord Pas-de-Calais ; Secours catholique ; Caritas France ; Utopia 56 »

 

Otto Dix : Assaut sous les gaz.

 

Le passage du relais

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Huit ans passés à Calais, et huit années d’engagement avec les exilé-e-s. Le blog Passeurs d’hospitalités a succédé à Vibrations Migratoires, celui de l’association La Marmite aux Idées, dont je me suis occupé pendant plus d’un an. Passeurs d’hospitalités est né le 1er février 2014, il y a donc un peu plus de trois ans. Une aventure singulière, mais pas seulement. Une camarade qui reprend la rédaction du blog pendant des vacances bien méritées, une autre qui envoie ses dessins, des textes d’origines diverses repris tels quels, des voix à travers l’audioblog http://audioblog.arteradio.com/blog/Passeursdhospitalites/ , une version anglaise aussi, parfois interrompue https://passeursdhospitalitesenglish.wordpress.com/. Passeurs d’hospitalités bruit en fait d’autres voix.

Et puis huit ans engagé à Calais, plus de trois ans à faire vivre ce blog, vient le temps d’une pause. Avant de repartir vers d’autres engagements avec les exilé-e-s.

Et puis une petite équipe veut continuer le blog, et nous sommes au moment du passage de relais.

Un court audio sur ce moment :

http://audioblog.arteradio.com/post/3079614/un_passage_de_relais/

J’écrirai encore quelques billets avant de m’enfouir dans une campagne profonde, sans internet.

Comme souvenir, pour vous faire sourire – c’est mon deuxième essai de montage sonore, il n’est pas très bon techniquement, je vous demande d’être indulgent-e-s. Au centre du bidonville de Calais, il y avait un étang. D’aucuns y pêchaient. Une rencontre imaginaire, vue du côté calaisien :

http://audioblog.arteradio.com/post/3079642/la_peche/

PW

 

 

Calais – Défenseur des Droits : « Des atteintes aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité »

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Lundi 12 juin, une équipe du Défenseur des Droits s’est rendue à Calais pour constater la situation actuelle. Le Défenseur des Droits est une institution mise en place sous la présidence de Nicolas Sarkozy, regroupant quatre autorités indépendantes (Défenseur des Enfants, Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité, Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité, Médiateur de la République). En juin 2011 sa première saisine concerne la situation des exilé-e-s à Calais, sur la base d’un rapport établi par des membres du mouvement No Border, soutenu par une trentaine d’associations. Après enquête, la décision du Défenseur des Droits condamne sans équivoque les violations des droits commises par l’État. Depuis l’institution suit la situation à Calais et a pris position de multiple fois (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ).

Aujourd’hui, le Défenseur des Droits constate une situation pire que jamais.

 

https://defenseurdesdroits.fr/node/23868

Vous pouvez télécharger le communiqué du Défenseur des Droits ici.

 

Mercredi 14 Juin 2017

Le Défenseur des droits dénonce une nouvelle fois les conditions de vie inhumaines que subissent les exilés à Calais

 

Très préoccupé par les faits portés à sa connaissance, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a demandé à ses services de se rendre sur place lundi 12 juin 2017. A cette occasion, ses agents se sont longuement entretenus avec de nombreux exilés et les associations leur venant en aide.

Le Défenseur des droits demande dès à présent que soit mis un terme aux atteintes aux droits fondamentaux les plus élémentaires dont sont victimes les exilés, notamment les mineurs, et qui demeurent à ce jour sans précédent.

 

Des atteintes aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité

La volonté de ne plus voir de migrants à Calais conduit à ce que plus aucun abri ne soit toléré : les personnes – entre 500 et 600 selon plusieurs informations croisées – dont des mineurs, dorment à même le sol, quelles que soient les conditions climatiques, parfois avec un sac de couchage donné par les associations. Ils disent être traqués jour et nuit dans plusieurs sous-bois de la ville. Les migrants ne peuvent dès lors plus dormir, ni même se poser ou se reposer et restent constamment sur le qui-vive. Ils sont visiblement dans un état d’épuisement physique et mental.

Tous les points d’eau ayant été supprimés, les migrants ne peuvent pas se laver, ni même boire. Se laver et boire de l’eau est leur principale demande.

Alors que Tribunal administratif de Lille a considéré le 22 mars 2017 que l’interdiction de distribution de repas par les associations était constitutive d’un traitement inhumain ou dégradant, une seule distribution associative est tolérée le soir, pendant une heure, ce qui ne permet pas de nourrir tous ceux qui le souhaiteraient. Les autres sont empêchées par les forces de l’ordre, au motif de« consignes préfectorales » quel que soit le public concerné (familles, jeunes enfants).  Une association procède à des distributions itinérantes, cherchant ainsi à accéder aux exilés qui n’osent plus se rendre sur les lieux de distribution, de peur de se faire interpeller. Depuis une semaine, parce qu’un prêtre s’est ouvertement opposé à la présence policière sur le parvis de son église, une distribution peut y avoir lieu tous les midis.

 

Un impact particulier sur les femmes et les enfants

Les femmes, qui ne bénéficient plus d’aucune structure dédiée depuis le démantèlement du Centre Jules Ferry, sont susceptibles de faire l’objet de viol et d’exploitation sexuelle. Certaines femmes ont des nourrissons et plusieurs bébés sont à naître dans les prochaines semaines. Aucun dispositif d’accueil ou d’hébergement ne leur semble accessible alors même que la protection maternelle et infantile impose une telle prise en charge.

Parmi les enfants non accompagnés présents, certains sont primo arrivants, d’autres reviennent de CAOMI avec l’idée persistante de se rendre en Grande-Bretagne. Ils indiquent subir le même traitement. La prise en charge par l’aide sociale à l’enfance implique, le soir et la nuit, un passage par le commissariat, ce qui rend particulièrement dissuasive la démarche.

 

Des associations sous pression

Lorsqu’elles tentent de mettre en œuvre des dispositifs qui devraient l’être par les pouvoirs publics (douches, distribution de repas et d’eau), les associations sont entravées et menacées : verbalisation des véhicules garés devant les locaux associatifs, injonction de mettre aux normes la cuisine d’une association présente de très longue date à Calais, menaces de poursuites pour aide au séjour irrégulier. Le Défenseur des droits mène d’ailleurs des investigations s’agissant des entraves qu’auraient subies les associations et les mineurs dans l’accès au dispositif de douches mis en place jusqu’au mois de mai par le Secours Catholique.

Il est par ailleurs difficile à ces associations de conseiller les migrants sur des démarches d’accès au droit. A cet égard, le Défenseur des droits regrette que les départs vers les CAO depuis Calais ne soient plus organisés, de même qu’il ne soit plus possible de déposer une demande d’asile dans la ville, la préfecture située à Lille dissuadant d’entreprendre de telles démarches.

Tout en réitérant ses recommandations générales, notamment à l’égard des mineurs (décision du 20 avril 2016), le Défenseur des droits demande dès à présent la fin de cette sorte de traque, l’autorisation des distributions de repas, la mise à l’abri des mineurs sur place, la mise en place d’un lieu où les personnes peuvent se reposer, se ressourcer et envisager la suite de leur parcours migratoire.

Dans son rapport d’octobre 2015, le Défenseur des droits écrivait : « Depuis les années 2000, c’est la crainte du risque « d’appel d’air » que pourrait provoquer un traitement digne et respectueux des droits des migrants qui est à l’œuvre dans la gestion de la situation du Calaisis. Pour ne pas prendre ce risque, les pouvoirs publics ont d’abord cherché à rendre le moins visible possible le regroupement de migrants et à ne pas créer de « points de fixation » ».

Plus récemment, à l’occasion d’observations présentées devant le Tribunal administratif de Lille dans le cadre du démantèlement de la Lande, il précisait : « le défaut d’anticipation de ces opérations d’expulsion est contreproductif puisqu’il ne fait que déplacer le problème vers un autre site, imposant aux exilés un « nomadisme » forcé ».

 

Le Défenseur des droits regrette que les faits constatés aujourd’hui lui aient à ce point donné raison. Il exhorte les pouvoirs publics à ne pas s’obstiner dans ce qui s’apparente à un déni d’existence des exilés qui, présents sur notre territoire, doivent être traités dignement, conformément au droit et aux engagements internationaux qui lient la France. »

 

Les envahisseurs

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« Ce lundi, j’étais tranquillement en train de fumer une cigarette en buvant un café à la fenêtre de la cuisine. Un homme apparaît dans l’encadrement de la porte. Dans la grande maison en cours déménagement et dont les pièces se vident, ça paraît presque naturel. Il demande si un médecin habite la maison. Il explique qu’il a sonné, et que la porte étant mal fermée il est entré (après vérification, il s’avérera que la sonnette marche bien et qu’il a juste poussé la porte sans plus s’annoncer). C’est alors que je remarque son écusson et que je remets son habit un peu étrange. L’homme est un gendarme mobile.

« Médecin » : il y en a un qui a effectivement habité là jusqu’à ces dernières années. Le gendarme est renseigné, inexactement certes, c’est donc un-e voisin-e qui a vu un déménagement et qui a signalé le lieu comme un potentiel squat. Le gendarme vient visiter, entre sans sonner et sans mandat de perquisition, sûr de son impunité. On est à Calais.

C’est amusant, parce que parmi les rumeurs que fait circuler l’extrême-droite, il y a celle des Calaisien-ne-s envahi-e-s qui retrouvent même des « migrants » dans leur salle à manger en train de ripailler du contenu du frigidaire. Dans la réalité, ce sont des flics qu’on retrouve chez soi dans la cuisine. Alors qui sont les envahisseurs ? »

Ceci est arrivé le 12 juin 2017 dans une maison calaisienne.

 

Victor Hugo : figure que font les paysans quand ils voient des sarregousets.

 

Étudiant-e-s exilé-e-s, entre intégration et désintégration

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La partie sud du bidonville de Calais a été détruite. La population de la partie nord augmente rapidement, elle atteindra dix mille habitants en septembre 2016. C’est dans ce contexte que naît le projet d’une formation au français dans le cadre de l’université de Lille s’adressant à des exilé-e-s du bidonville et les préparant à intégrer un cursus universitaire.

Passons sur les difficultés administratives et sur la question à résoudre des personnes en demande d’asile placées en procédure Dublin et risquant d’être expulsées vers le pays européen responsable de leur demande d’asile selon le règlement européen Dublin III. Mais au moment de la destruction finale du bidonville de Calais en octobre 2016 le ministre de l’intérieur trouve de bonne propagande de revendiquer ce programme comme une marque de l’humanité du gouvernement, juste avant de raser l’équivalent d’une ville de dix mille habitant-e-s et d’en disperser la population. Il vient alors à l’université, bien sûr entouré de médias.

En avril cette année, c’est l’Université du Littoral de la Côte d’Opale qui met en place un programme analogue de mise à niveau en France à Dunkerque s’adressant à des exilé-e-s du camp de Grande Synthe.

http://www.lavoixdunord.fr/164073/article/2017-05-17/du-camp-de-migrants-aux-bancs-de-l-universite-du-littoral

La question des demandeur-se-s d’asile en procédure Dublin se pose à nouveau. Mais aussi l’hébergement des étudiant-e-s est remis en cause, alors que le camp de réfugié-e-s a brûlé et que les exilé-e-s subsistent dans des conditions d’une extrême précarité, comme à Calais. Une pétition est lancée pour qu’ils et elles ne soient pas mis-es à la rue et puissent poursuivre leur apprentissage du français.

 

https://www.change.org/p/monsieur-le-pr%C3%A9fet-non-%C3%A0-l-exclusion-des-%C3%A9tudiants-r%C3%A9fugi%C3%A9s-de-l-ulco-par-le-pr%C3%A9fet

« Non! à l’exclusion des « étudiants réfugiés » de l’université par le préfet.

Les étudiants réfugies de Dunkerque exclus du dispositif universitaire de l’ULCO par le préfet  

Comment peut-on imaginer un instant renvoyer dans la « jungle », les étudiants réfugiés pour y passer la nuit après une journée de travail à l’université ?

C’est pourtant le sort qui leur est dorénavant réservé !

Pour répondre à l’appel du ministère de l’enseignement et de la recherche, l’université du littoral côte d’opale (ULCO) a mis en place un programme destiné aux demandeurs d’asile. Un cours de français (FLE) est démarré au début du mois de mai.

Suite à des tests de sélection, une vingtaine de personnes du camp de la linière à Grande-Synthe commence l’apprentissage pour une durée programmée de une année. A l’issue de ce cours les étudiants pourront poursuivre leurs études ou exercer leur métier.

Nous, bénévoles sur Dunkerque auprès des migrants, avions salué l’initiative courageuse de l’université du littoral à Dunkerque dans l’ouverture de cette formation FLE. Nous nous sommes alors fortement impliqués dans l’installation des étudiants dans les logements libres de la résidence universitaire, dans nos associations respectives.

Sur le camp Grande-Synthe, nous avions déjà fait connaissance avec Aram, Leith, Hani, Majid, Vahid, Alireza et Canaan et les autres. Tous ces étudiants ont été sélectionnés pour ce programme universitaire ambitieux. Comme beaucoup d’autres réfugiés de la région nous les avions côtoyés régulièrement sur le camp de la linière depuis plusieurs mois. Distribution des repas, apprentissage du français, accompagnement dans les méandres de l’administration pour les demandes d’asile, nous n’avons pas ménagé notre peine pour les accompagner dans ce projet.

Tout allait pour le mieux !

C’était sans compter sur la décision d’expulsions envers les étudiants réfugiés décrétée par le préfet. Cette décision autoritaire nous révolte et met aujourd’hui gravement en péril le noble projet de départ.

Depuis une bonne semaine, il ne se passe pas un jour sans que les étudiants, en réelle panique, ne s’adressent à nous sans exprimer leur désarroi et leur incompréhension devant l’ultimatum préfectoral qui leur est imposé, par l’intermédiaire des autorités universitaires.

Nous partageons avec eux ces incompréhensions et cette injustice.

Même si des dispositions légales justifieraient vos choix, Monsieur le préfet,  il subsiste une injustice insupportable dans leur interprétation avec le traitement qui a été appliqué à d’autres programmes similaires notamment sur la faculté de Lille fin 2016. Les étudiants réfugiés de Lille sous procédure « Dublin » (*) ou non, intégrés dans ce programme, sont tous soumis aux mêmes traitements tant pour de logement que pour l’aide aux demandeurs d’asile (ADA).

Monsieur le sous-préfet de Dunkerque, pourquoi faites-vous cette différence entre les réfugiés de Lille et ceux de Dunkerque ?

Monsieur le sous-préfet, vous savez bien que l’accueil et l’hébergement chez les bénévoles, qu’on nous suggère, sont certes généreux, mais ce n’est pas une solution politiquement acceptable.

On ne peut plus aujourd’hui revenir sur la promesse donnée.

Il ne s’agit pas, vous le savez bien que de quelques cours de français, mais bien d’un projet de vie qui a eu le temps de mûrir dans leur esprit depuis leur arrivée à Dunkerque.

Nous ne pouvons pas laisser l’opinion publique croire à la seule vérité tronquée de l’article de presse dans le journal la Voix du Nord de mercredi 17 mai dernier. Nous n’osons pas nommer les sentiments que les étudiants pourraient avoir à notre égard si l’expulsion était effective, mais nous imaginons assez bien la honte qui nous habiterait alors.

Au-delà de ces sentiments, c’est juste l’avenir d’une vingtaine d’êtres humains que nous démolissons une nouvelle fois, comme s’ils n’en avaient pas suffisamment subit.

Un programme humanitaire remarquable a été initié aujourd’hui à Dunkerque auprès de jeunes réfugiés d’Irak, d’Iran et d’Afghanistan et nous avons contribué largement, avec enthousiasme, à son accomplissement. Nous refusons aujourd’hui que vôtre seule volonté le mette en péril, au mépris des valeurs humaines que la France proclame.

Nous vous demandons de renoncer à cette expulsion afin qu’avec concertation et sans précipitation nous puissions accueillir comme promis ces étudiants. »

 

Pierre-Auguste Renoir : La liseuse.

 

Pour un retour au droit commun

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Nous avions analysé la manière dont un pouvoir exorbitant avait été concentré aux mains du ministère de l’intérieur, notamment par une série de réformes organisationnelles. Parmi elles, celles qui ont d’abord concentré les services des différents ministères concernant les personnes de nationalité étrangère au sein du ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale, puis au sein du ministère de l’intérieur, les personnes étrangères et l’asile relevant ainsi du ministère de la police et des questions sécuritaires.

Avec l’élection d’un nouveau président de la république, la Cimade interpelle celui-ci pour revenir sur cette concentration au sein du ministère de l’intérieur et un retour au droit commun du traitement des personnes étrangères en ce qui concerne les politiques de l’État.

Les priorités du nouveau ministre de l’intérieur ne semblent pas prendre ce chemin :

http://www.leparisien.fr/politique/ministere-de-l-interieur-gerard-collomb-nous-livre-ses-priorites-05-06-2017-7017948.php

 

Vous pouvez télécharger la lettre ouverte de la Cimade ici.

« Lettre ouverte à Emmanuel Macron : « Ne confiez plus au seul ministère de l’Intérieur toutes les prérogatives liées à l’asile et à l’immigration »

13 mai 2017

Dans une lettre ouverte adressée au président de la République élu, La Cimade l’appelle à ne plus confier au seul ministère de l’Intérieur la gestion de tous les aspects de l’asile et de l’immigration.

La Cimade demande à Emmanuel Macron de ne plus confier au seul ministère de l’Intérieur toutes les prérogatives liées à l’asile et à l’immigration

Dans une lettre ouverte adressée au président de la République élu, La Cimade l’appelle à ne plus confier au seul ministère de l’Intérieur la gestion de tous les aspects de l’asile et de l’immigration, et d’envoyer ainsi un signal fort de sa volonté d’engager son gouvernement à venir dans une politique migratoire mieux à même de répondre aux enjeux actuels.

 

Courrier adressé à Emmanuel Macron :

Monsieur le Président de la République,

Au nom d’une association qui agit depuis plus de trois quart de siècle aux côtés des personnes étrangères, nous souhaitons, à l’heure où vous allez constituer votre gouvernement et l’organisation administrative de l’Etat, vous présenter la requête que nous portons depuis de longues années au vu de notre pratique de terrain et de notre éthique : dissocier les questions liées à l’asile et à l’immigration des questions de sécurité intérieure.

La concentration, au cours des dernières décennies, et de manière accrue après la funeste expérience du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, de ces questions au sein du seul ministère de l’Intérieur a privilégié, au plan symbolique et dans les pratiques quotidiennes, une vision et une approche avant tout sécuritaire qui tend à accréditer la perception selon laquelle l’immigration représenterait un problème ou une menace. Avec toutes les crispations et les risques de fractures sociales que cela entraîne dans notre pays.

Il serait aujourd’hui hautement significatif que votre gouvernement propose une approche résolument différente, en impliquant chaque ministère et secrétariat d’Etat concernés par la situation des personnes étrangères qui vivent sur le territoire national, sur les enjeux du social, logement, travail, éducation, santé, séjour, relations européennes et internationales… Il nous semble en effet essentiel que le traitement des personnes étrangères s’appuie en priorité sur le  droit commun et non plus sur des régimes dérogatoires et dédiés.

Un tel choix interministériel serait un signal fort de votre volonté de traiter les personnes étrangères sur un principe d’égalité avec les Françaises et les Français, de réaffirmer leur entière place dans le droit commun, et de combattre les idées xénophobes qui mettent à mal le principe de fraternité.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le président, l’expression de mon profond respect.

Geneviève Jacques

Présidente de La Cimade »

 

 

« La République et les exilés: de deux «marches» contraires »

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Suite à leur dernière visite à Calais, Camille Louis et Étienne Tassin continuent leur interpellation des autorités, tout en questionnant le sens de tout ça. Le gaz, gazer les personnes qui n’ont pas à être là. Un quotidien, qu’il s’agisse de la gazeuse brandie comme un spray d’insecticide ou du bombardement du bidonville comme à la guerre (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ).

 

https://blogs.mediapart.fr/edition/la-jungle-et-la-ville/article/100617/la-republique-et-les-exiles-de-deux-marches-contraires

« La République et les exilés: de deux «marches» contraires

À l’attention du Président de la République, du ministre de l’intérieur, des préfets des Hauts-de-France, de la maire de Calais… La République est en marche, dites-vous ; les migrants aussi : marchent-ils dans la même direction ?

Les migrants, c’est indiscutable, vont du pire qu’ils quittent vers le meilleur qu’ils convoitent. La république, elle, et chacun peut s’en convaincre sur le littoral des Hauts de France comme à la frontière italienne ou à la Porte de la Chapelle, va du meilleur qu’elle affiche — une devise fièrement soutenue : liberté, égalité, fraternité — aux pires exactions qu’elle commet chaque jour par l’entremise des CRS, de la police nationale ou de l’administration publique. Des hauteurs de la République à la vallée de la Roya, chacun peut en faire l’amer constat. Qu’est-ce que vous, Maire, Préfet ou Ministre de l’Intérieur avez à nous en dire ? Qu’est-ce que vous, Monsieur le Président de la République en marche, vous pensez de ces marches contraires ? Nous aimerions des réponses… Car voici des questionnements légitimes face à des faits observés ou attestés.

Histoire de gaz 1 : d’une non rupture de jeûne à une fracture d’humanité

Aux premiers jours du ramadan à Grande-Synthe, le moment de rompre le jeûne s’approche quand les forces de l’ordre entourent des exilés venant de cuisiner le repas du soir et gazent les marmites, empêchant les migrants de se nourrir après une journée entière sans manger. « Une fois de plus » ou « comme d’habitude » serait-on presque tentés de dire, tant nous nous sommes habitués à être les témoins passifs de l’intolérable et de l’immonde perpétrés par nos États européens qui, au lieu d’offrir l’hospitalité, privent ces femmes et ces hommes des biens communs fondamentaux et s’efforcent de détruire leur capacité d‘être au monde.

Pourtant quelque chose dans cette scène semble être en mesure d’interpeller même le plus distant, le plus indifférent d’entre nous, celui qui ne veut pas savoir ce qu’il advient « d’eux » et considère que ce n’est ni son histoire ni la nôtre. Car les histoires de gaz que l’on emploie pour tuer à petits feux, de gaz qui s’accompagne d’une volonté d’affamer ou d’assoiffer les gens, de gaz qu’on projette aujourd’hui dans les abris de fortune que se construisent les exilés, dont on asperge les couvertures et qu’on répand à l’intérieur de leur lieu de répit où il serait encore possible de se reposer et peut-être même de rêver, bref les histoires où s’associent « chambre » et « gaz », justement, trop justement, ces histoires font bien partie de notre histoire. Pas seulement à nous Français ou à nous résidents des Hauts de France, mais à nous « humanité » qui condamnons régulièrement de tels mariages entre produits chimiques et élimination de ces populations dont on reconnaît pourtant qu’elles composent avec nous une commune humanité.

Or ce n’est pas ainsi, comme part de notre humanité, que vous semblez reconnaitre les exilés en France, mais bien plutôt comme une « communauté à part » qui, depuis quelques années, est désignée comme la menace et la « terreur de toute l’humanité ». De cette terreur fabriquée à l’accusation de terrorisme, il n’y a qu’un pas auquel vous ne cessez d’inviter par vos mesures moins « politiques » que « policières » et vos propos moins « politiques » que « guerriers ». Est-ce un hasard si la violence policière semble avoir redoublé ou gagné en cruauté depuis que nous sommes entrés dans la période du ramadan ? Période censée de fête, de célébration et non pas de repli communautaire mais de partage des coutumes et des histoires entre de multiples « étrangers ». « Étranger » ne désigne pas une identité mais qualifie le rapport qui se crée entre des communautés distinctes où chacune est toujours d’abord « étrangère » à l’autre mais, par là-même, en mesure de la rencontrer, d’apprendre d’elle et de composer avec elle une forme d’habiter en commun. Rencontrer, tisser des relations, se nourrir des différences, cela peut tout simplement se nommer : exister. Et c’est bien à l’empêchement, à l’annulation des existences qu’aujourd’hui, à Calais, à la Porte de la Chapelle mais aussi en Italie ou en Grèce1, nous ne pouvons qu’assister. Comment nommer autrement la violence qui s’exerce aujourd’hui sur cette « population migrante » ?

Pourquoi gazer le repas du ramadan ? Il semble clair qu’il ne s’agit pas seulement d’empêcher les exilés de se nourrir, qu’il ne s’agit pas seulement de l’interdiction prononcée par ailleurs par le Préfet de distribuer des repas : en rendant inconsommable la nourriture préparée avec l’aide des bénévoles, il s’agit, en connaissance de cause, de rendre impossible la rupture du jeûne, ce moment collectif et festif si important dans le rituel du ramadan. Il s’agit de doubler la brutalité physique (condamner à la faim et à la soif par l’usage du gaz) d’une violence symbolique, psychologique, éthique. Il s’agit d’une violence redoublée de cruauté : « vous avez cuisiné pour rien, nous détruisons votre repas ; vous vouliez jeûner, eh bien votre jeûne va se poursuivre mais c’est maintenant nous qui vous l’imposerons ; vous vouliez partager un moment à la fois cultuel et festif, comme un double soulagement dans l’univers de misère que nous vous réservons, eh bien nous vous privons, outre de votre restauration, de vos cérémoniels religieux et de cette parenthèse communautaire que vous vous réserviez dans vos errances singulières ». Ce n’est là ni une exception ni une bavure, c’est une technique d’humiliation en même temps que d’affaiblissement : cette technique est nazie, pourquoi le nierait-on ?

Histoire de gaz 2 : une société en marche ou assignée à résidence ?

Dans un rapport en date du 6 octobre 2015, le Défenseur des droits déclarait : « Nul ne peut occulter l’existence de violences commises à l’encontre des migrants présents à Calais, et plus particulièrement à l’aide de gaz lacrymogène. Pour cette raison, le Défenseur des droits, (…) recommande que le cadre d’emploi des moyens lacrymogènes soit rappelé aux forces de l’ordre amenées à intervenir dans le Calaisis, afin qu’elles fassent un usage nécessaire et proportionné de ces armes – dont l’utilisation ne saurait être banalisée à raison du caractère répétitif de leurs missions.2 » Pouvez-vous nous dire, Monsieur le Président, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Monsieur le Préfet, Madame le Maire en quoi l’usage systématique, agressif autant qu’excessif, de gaz à l’encontre de migrants s’apprêtant à dîner, à se coucher, se levant ou se lavant, constitue-t-il un « un usage nécessaire et proportionné de ces armes » ? L’argument répété des forces de l’ordre pour justifier ces exactions – éviter la reconstitution de campements – tiendrait-il lieu de « politique » et justifierait-il aussi à vos yeux les pratiques fascisantes d’une police abandonnée à sa seule fonction répressive ? La France en marche n’a-t-elle rien d’autre à proposer que la destruction de celles et ceux qui marchent pour leur vie ? Au moment où le nouveau gouvernement s’apprête à faire passer l’obligation de l’arrêt généralisé – l’assignation à résidence – dans le droit commun, n’a-t-on pas un commun droit et devoir de vous interpeller sur vos criantes contradictions3 ? Vous vous dites « en marche » et vous nous soumettez à la menace d’être assigné ou nous offrez le spectacle des marches que l’on transforme en course lorsque les exilés n’ont plus d’autre choix que de fuir, dans les bois, les poursuites, les traques et les violences illogiques perpétrées par vos forces de « l’ordre ».

Mercredi 31 mai, à Calais : alors que les associations de bénévoles viennent d’assurer la distribution de nourriture — la seule qui soit autorisée en raison d’une décision préfectorale immotivée, et qui ne peut avoir lieu qu’en fin de journée, entre 18h et 19h, rue des Verrotières —, les CRS, aidés de la police nationale, poursuivent les migrants qui prétendent passer la nuit aux alentours du lieu de distribution. Cinq tirs de flash ball retentissent. Une bombe lacrymogène est lancée. Ce n’est pas un excès de zèle de quelques gens d’arme exaltés, c’est une consigne : elle ne vise pas à contenir une manifestation menaçante, elle ne relève pas de la « légitime défense », elle est délibérément agressive et couronne une chasse à l’homme désarmé : cette consigne est nazie, pourquoi le nierait-on ?

Un rapport de l’ONG Human Rights Watch de janvier 2015 dénonçait déjà les violences policières contre les migrants de Calais. Les témoignages recueillis étaient accablants : matraquages systématiques, usages injustifiés et disproportionnés de gaz lacrymogènes, humiliations, coups et blessures, etc… La situation a-t-elle cessé ? S’est-telle améliorée ? Le nouveau gouvernement a-t-il pris des dispositions pour que cessent ces abus ? Entendez-vous, Monsieur le Président, restaurer la dignité des forces de l’ordre en les dispensant d’avoir à faire subir à des êtres affaiblis mais admirables une terreur aveugle et blessante égale à celle qu’ils ont fuit espérant trouver en Europe un refuge contre les exactions, les bombes et les gaz que répandent ailleurs milices terroristes et Etats terroristes ? Ou doit-on voir dans la direction que vous semblez prendre de faire passer plusieurs mesures d’exception propres à l’État d’urgence au statut de pratiques « normales », ce que, réellement, signifie la mise en place d’un tel État : la justification du terrorisme comme pratique étatique, le transfert du pouvoir politique au pouvoir militaire et policier ? Est-ce un tel retrait du politique que vous nommez sa mise en marche et en avant ?

Histoire de gaz 3 : la désorientation comme politique. Cherchez le crime.

Jeudi 1er Juin, à Calais : les CRS envahissent le bois Dubruelle, s’emparent des sacs de couchage des exilés, de leurs affaires personnelles, et les gazent. Est-ce utile ? Est-ce intelligent ? Est-ce productif ? Non, c’est inutile, imbécile, improductif. C’est une perte, en tous les sens du terme. Pas simplement au sens économique, le seul argument audible en Europe qui fait dire : « on n’a pas les moyens de vous accueillir, de vous nourrir, de vous loger ». D’une part cela est faux ; d’autre part cette politique et cette police de la destruction et de l’annulation ont un coût énorme. Elles font perdre des moyens à la ville, au département, à l’État, mais aussi et surtout elles font de la perte le produit spécifique de ces différentes instances. Car il faut perdre les exilés, non pas les « orienter » vers les dispositifs pourtant supposés « orienter et accueillir » — ces C.A.O tant vantés comme solution « humaine et digne » lors du démantèlement de ladite « inhumaine et indigne » jungle — mais simplement les faire fuir pour ne plus jamais les revoir : « si je te revois ici, je te conduis direct en CRA », dit le policier à l’exilé. Chasser les exilés (les courser dans le bois mais aussi les expulser du bois) ou les conduire vers le non-lieu de la rétention, c’est de toute façon les conduire à leur perte, autrement dit, à leur mort. Technique de la perte, de la mise à mort, de l’élimination d’une partie de la population : cette technique est nazie, pourquoi feindrait-on de croire le contraire ?

Vendredi 2 juin, à midi, la distribution de nourriture et de boisson est, sur ordre du préfet, empêchée par les forces de l’ordre pour prévenir d’éventuels risque de troubles à l’ordre public. La vidéo prise de la scène montre les migrants, réduits au statut d’animaux apeurés, attendant en tournant au sommet d’un terril, observant la manière dont les CRS bloquent l’accès aux bénévoles associatifs. Certains osent finalement descendre et se rapprochent du cordon de policiers les mains en l’air comme des ennemis défaits. Ils s’agenouillent mains sur la tête en signe de soumission, on les revoit bientôt allongés à terre sans qu’on sache s’ils n’y ont pas été jetés. Ils n’auront rien à manger. Au préalable, les mêmes forces de l’ordre auront arrêté le camion de l’Auberge des migrants pour surcharge pondérale, dressé contravention, exigé qu’il vide ses bidons d’eau pour s’alléger. Le nazisme est devenu routine procédurière, pourquoi le remarquerait-on encore ?

Des dizaines d’autres récits viennent corroborer ces pratiques quotidiennes, dignes du fascisme le plus sombre de notre histoire : détruire les biens et les refuges des migrants, les empêcher de dormir, les priver de nourriture et d’eau, les chasser comme des animaux, les humilier comme des ennemis, les menacer physiquement et verbalement, et surtout les renvoyer vers nulle part puisque partout où qu’ils aillent ils seront reçus de la même façon. Quel crimes ont-ils commis pour être ainsi harcelés ? D’être présents, même illégalement, sur une terre qui se dit d’asile ? Certes non ! Leur crime est autre. Ils ont fui les crimes qui les menaçaient et les exactions qu’ils subissaient dans leurs pays d’origine ; ils ont fui la misère et la mort, ils ont fui les forces d’un ordre injuste et arbitraire et celles d’une économie coloniale appauvrissante ; et révèlent par leur seule présence que ces crimes subis là-bas sont aussi ceux qu’on commet ici : voilà leur crime. Ils sont les véritables témoins du monde tel qu’il est en train de se faire, sans nous. Les uns sont venus chercher refuge au pays qu’ils croyaient des droits de l’homme, ils révèlent que c’est une fiction, voilà leur crime. D’autres, bercés par l’illusion des « Lumières » européennes, ont rejoint l’Europe pour pouvoir, pensent-ils, étudier en paix et partager cette lumière ; ils révèlent la face obscure d’une Europe infidèle à ses principes : voilà leur crime. D’autres encore souhaiteraient poursuivre leur marche vers l’Angleterre, passer encore une frontière. Voilà leur véritable crime : traverser ces frontières supposées protéger les communautés nationales et révéler ainsi, non seulement leur inanité, mais surtout la vacuité de l’identité nationale que les Etats faillis convoquent comme des totems religieux ! La République en marche aurait-elle donc raison de mobiliser, face à cette marche contraire à la sienne, ses forces de l’ordre autorisées à bafouer les droits de celles et ceux qui migrent, à mépriser les militants bénévoles qui tentent de les secourir, à injurier la presse qui tente de dire ou montrer ce qu’ils font ?

 

Nota-bene : brève histoire du gaz

L’usage du gaz est comme la métonymie de la politique européenne à l’égard des migrants. Cette politique n’en est pas une, ce n’est qu’une police ; et cette police, autrefois composée d’agents de la paix, semble ignorer aujourd’hui et les agents et la paix : elle n’est plus qu’une force de répression et d’humiliation, une force d’élimination. Depuis des décennies, son histoire se confond avec celle de son surarmement. M. Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, avait à son époque autorisé l’usage des Flash Ball. Dans une note adressée à la police, Claude Guéant, directeur général de la police nationale indiquait : « j’ai décidé de lever les restrictions concernant l’acquisition du flashball […] sous réserve que les conditions suivantes soient expressément respectées : […] N’utiliser le flashball que dans le cadre strict de la légitime défense. En effet, les essais effectués ont démontré que cette arme ne pouvait être qualifiée de non létale, en raison des lésions graves qu’elle est susceptible d’occasionner, en certaines circonstances.5 » C’est cette arme qu’on ne peut dire non létale qu’emploient les forces de l’ordre contre les exilés venus chercher asile en Europe. Les mêmes forces de l’ordre utilisent ordinairement des pulvérisateurs ou des grenades de gaz lacrymogène CS6 qui peuvent être lancées à la main, à l’aide de lanceurs Chouka ou Cougar ou de fusils, selon la distance qui les séparent de la cible ; elles utilisent également des pulvérisateurs de gaz au poivre OC (oléorésine de capsicum) contre les individus et manifestement contre les biens dont vivent les exilés. Une longue et triste histoire du gaz relie le gaz moutarde lancé dans les tranchées de 14-18  au Zyklon-B utilisé dans les camps de la mort et au gaz sarin employé par Bachar el-Assad sur les civils syriens.

Que la république française n’ait rien d’autre à offrir que des jets de gaz aux exilés qui viennent à sa rencontre doit aussi se comprendre selon cette histoire. La laissera-t-on se répéter? Nous préférons en écrire une nouvelle et témoignerons, dans le texte suivant (et publié ici très prochainement), de ce qui aujourd’hui, à Calais, Norrent-Fontes ou dans la Vallée de la Roya est encore en mesure d’inscrire une histoire politique, résistant à l’effacement policier comme à l’amnésie imposés.

Camille Louis et Etienne Tassin

1Pour le premier cas voir récent article de Carine Fouteau,  et pour le second voir bientôt le texte de Camille Louis dans la revue Plein Droit, racontant la vie de ce lieu d’accueil remarquable qu’est l’Hotel City Plaza à Athènes où résident autour de 400 exilés et dont la ville vient d’ordonner l’évacuation.

2Voir  les tirs de gaz lacrymogènes en direction du camp des migrants par la police à Calais le 07/10/2015, http://observers.france24.com/fr/20151015-video-gaze-moi-ca-gaz-lacrymogenes-no-borders-police-migrants-refugies-calais . Souligné par nos soins.

3Voir notamment : https://www.mediapart.fr/journal/france/080617/syndicats-de-magistrats-vent-debout-contre-la-loi-securite

4https://www.facebook.com/junglenewsfr/videos/615607511980367/

5Voir aussi: Guide des armes anti-émeutes de la police française, Gaspard Glanz, 4 oct. 2014

6« lorsque le CS est chauffé jusqu’à sa décomposition, il émet des fumées très toxiques de chlorure d’hydrogène, de cyanure d’hydrogène, d’oxydes d’azote et de monoxyde de carbone. L’œil est l’organe le plus sensible au CS, suivi des voies respiratoires et de la peau. Une exposition à du CS fortement concentré ou l’ingestion d’aliments contaminés peut provoquer des nausées et des vomissements. Dans le cas des expositions excessives, un oedème pulmonaire peut se développer en 12 à 24 heures et des brûlures chimiques irréversibles peuvent apparaitre sur l’épithélium cornéen », Guide des armes anti-émeutes de la police française, op. cit. »

 

Désert remplaçant la « bonne solution » des containers, dans l’ancienne jungle de Calais © Camille Louis.

 

 

Quand les mobilisations l’élargissent (6)

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Les expulsions des personnes hébergées dans les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir ici, ici, ici et ) vers le pays responsable de leur demande d’asile selon le règlement européen Dublin III se multiplient. Les résistances aussi (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ).

À Bordeaux, face aux expulsions et à de nouveaux placements en rétention ou en assignation à résidence, une cyberaction est diffusée et une action prévue le 14 juin à 17h30 place de la Bourse.

https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/soutienauxmigrants-1495.html

Dans le Calvados, une pétition est diffusée en soutien aux demandeurs d’asile hébergés au CAO de Bretteville-sur-Laize en instance d’expulsion vers l’Italie.

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fet-du-calvados-soutenir-le-cao-de-bretteville-sur-laize

Dans le Gard, en plus des demandeurs d’asile du CAO du Vigan, ceux de Saint-Hippolyte-du-Fort sont menacés d’expulsion. Une pétition circule.

https://www.change.org/p/soutien-aux-r%C3%A9fugi%C3%A9s-soudanais-de-st-hippolyte-du-fort-et-le-vigan-30

 


 

À Bordeaux :

Une cyberaction : https://www.cyberacteurs.org/cyberactions/soutienauxmigrants-1495.html

« Soutien aux migrants

Le site « Passeurs d’hospitalités » collecte les informations sur les mobilisations en cours en soutien aux demandeurs d’asile . Enfermés dans les CRA avant d’être mis dans des avions à destination d’une Italie où rien n’est prévu pour eux, condamnés de nouveau à l’errance, ils sont traumatisés.
De tous les coins de France montent – jusqu’au Président de la République nos protestations et nos appels.
Le silence des responsables est assourdissant. Sont-ils sourds ?
Faisons résonner nos voix encore plus fort.

Collectif de Défense du Droit d’Asile Bordeaux vendredi 2 juin 2017 des migrants du CAO de Mérignac.

Monsieur le Président de la République Français,

Nous sommes un collectif de citoyens, soutenus par de nombreuses organisations, apportant notre soutien aux migrants qui ont vécu six mois au Centre d’Accueil et d’Orientation de Mérignac. Tous sont en grande détresse psychologique depuis qu’il leur a été signifié pour la plupart d’entre eux que, n’étant passés par Calais, il leur est appliqué la Procédure « Dublin » comme le stipule « le règlement Dublin III ».

Nous sommes habitants de deux communes de la Métropole bordelaise : Talence et Mérignac. Fin 2016, le Préfet de la Gironde est venu personnellement nous demander de réserver le meilleur accueil à des migrants qui seraient incessamment hébergés dans nos communes jusqu’au printemps 2017, via deux CAO, celui de Talence géré par ADOMA et celui de Mérignac géré par le Diaconat.

Un grand nombre de bénévoles se sont organisés rapidement, ont mis à disposition leurs compétences, se sont fait un devoir et un plaisir de les accueillir, de les entourer, de les accompagner, de leur enseigner le français, en étant attentifs à tous et à chacun. A Talence il a même fallu une mobilisation citoyenne vigoureuse et massive pour contrer une offensive du Front National particulièrement haineuse. Les jeunes gens de ces deux CAO ont pu se reposer, créer des liens, faire des démarches administratives, progresser dans l’apprentissage de la langue française et s’intégrer sans le moindre heurt.

En mars 2017, Monsieur le Préfet de la Gironde Pierre DARTOUT est venu dire combien il était satisfait de la qualité de l’accueil que nous avions mis en place et a annoncé la fermeture des CAO de nos deux communes, dont celui de Mérignac le 10 mai.

Les jeunes du CAO de Talence ont été « dédublinés » et ont pu demander l’asile en France et y accomplir toutes leurs démarches. Le CAO de Mérignac accueillait lui 48 migrants qui n’étaient pas, pour la plupart, dans leur périple ô combien problématique (ce que vous n’ignorez pas), passés par Calais. Ils sont à ce jour, encore sous la Procédure « Dublin », hébergés pour quelques semaines dans un foyer, situé à Bordeaux et géré par ADOMA et Le Diaconat pour leur suivi administratif.

Depuis mars 2017, une grande majorité d’entre eux a reçu une lettre d’Information de la Préfecture, les informant de leur prochaine mise en Centre de Rétention Administrative et de leur prochain transfert en Italie. Depuis leur arrivée, tous se rendent à chacune de leur convocation à la Préfecture de Bordeaux, afin d’aller y signer leur récépissé attestant ainsi leur non-délit de fuite et leur adresse administrative. Ils doivent s’y présenter de façon régulière, néanmoins pour 11 d’entre eux, leur dernière convocation à la Préfecture leur a été fatale dans la mesure où ils ont été interpellés et placés au Centre de Rétention Administrative de Bordeaux. A ce jour, ils ont été notifiés d’’un arrêté préfectoral « Transfert Dublin » et sont menacés d’être expulsés vers l’Italie dans les tous prochains jours. Tous souhaitent déposer une demande d’asile en France.

Les accords de « Dublin » sont invoqués par les Préfets de nos départements, malgré la marge de manœuvre dont ils disposent légalement (art 17 Règlement « Dublin III »). Nous ne comprenons pas cette inégalité de traitements entre les demandeurs d’asile. Ils sont tous démunis, tous désireux de s’intégrer, tous effrayés à l’idée d’être renvoyés à l’errance et au danger dans des pays tels que l’Italie, porte d’entrée de l’UE, débordés par les demandes d’asile.

Certains Préfets, dont le notre, refusent de tirer les conséquences de l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 17 mars dernier, en faisant un usage accru et injustifié de placement en rétention de demandeurs d’asile qui n’ont jamais tenté de fuir, se sont toujours rendus aux convocations et ont une adresse réelle.

L’Italie, actuellement principal pays d’entrée européen, a adopté un décret le 28 mars 2017 qui remet profondément en cause les possibilités d’obtenir l’asile. Il prévoit entre autre pour les personnes ayant transité ou venant de pays considérés comme sûrs (par exemple la Turquie) de voir leur demande simplement rejetée ou traitée en procédure accélérée, des contrôles accrus pour les personnes ayant obtenu le statut de réfugié, et des limitations dans les possibilités de défense et de recours.

Nous nous associons à l’appel de l’Inter Collectifs Migrants Alpins auquel nous souscrivons intégralement : Vous avez annoncé, lors de votre élection, qu’il est de votre « responsabilité d’entendre la colère, l’anxiété et les doutes… exprimés ». Vous semblez aussi avoir pris la mesure du drame qui se joue aujourd’hui en Méditerranée et dans les pays d’Afrique dont sont issus ces rescapés qui viennent chercher chez nous la paix. Nous vous demandons que « la France fraternelle » accueille sur nos territoires les migrants « dublinés » tel que l’Allemagne a su le faire. Cela permettrait aux migrants qui le souhaitent de déposer leur demande d’asile en France là où ils sont accompagnés dans leurs démarches administratives et là où ils ont déjà montré leur capacité à s’intégrer. Leurs témoignages racontent mieux que nos mots combien leurs vies sont en mises en danger par ces retours en arrière…

L’effort de l’Italie est déjà considérable. Il représente le double de celui de la France si nous tenons compte des PIB par habitant et du nombre de demandeurs d’asile !

Monsieur le Président, nous vous invitons à prendre une mesure forte et exemplaire dès le début de votre mandat en annulant et en faisant cesser les demandes de transferts de « dublinés » que la France a formulées auprès d’un état voisin (11657 en 2015, puis 25963 en 2016… ). Nous serons à vos côtés pour montrer que la France a la capacité d’accueillir dignement ceux qui sont venus chercher la protection et la sûreté chez nous.

Le règlement européen du 26 juin 2013, dit « Dublin III », prévoit qu’un pays peut « dédubliner » les demandeurs d’asile en les autorisant à faire leur demande dans un pays européen autre que celui de leur entrée dans l’Union Européenne. L’Allemagne vient de suspendre le renvoi vers la Hongrie des réfugiés passés sur son territoire. La France peut également suspendre le « dublinage », d’autant que notre pays est très loin d’avoir rempli les engagements pris à l’égard de l’Union Européenne, puisque nous avons relocalisé environ 3000 demandeurs d’asile, au lieu des 30000 annoncés.

L’Etat doit agir pour donner, à toute personne contrainte de fuir son pays, le droit de trouver asile dans le pays de son choix.

Monsieur le Président nous voulons croire que vous aurez à cœur de faire ce geste d’humanité que nous attendons tous, citoyens de Talence et Mérignac, mais aussi d’Embrun dans les Hautes- Alpes, de Marseille, de Paris… et de bien d’autres. Mettez votre quinquennat sous le signe de la foi en l’Humanité. Les Migrants en ont le plus grand besoin. Et nous en tant que Citoyens en avons également terriblement besoin.

Dans l’attente, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Collectif de Défense du Droit d’Asile des migrants du CAO de Mérignac et ses soutiens
RESF33, Association ARTS (Accueil Réfugiés Talence Solidarité), Mouvement des bénévoles du CAO de Mérignac, EELV Aquitaine, LDH33, AC !Gironde, Association AREVE (Accueil des Réfugiés en Val de l’Eyre), FSU 33, ASTI, Réseau universitaire bordelais AIME(Accueil et Insertion des Migrant-e-s et Exilé-e-s), Rénovation, Collectif pour l’égalité des droits, Tremplin (alphabétisation et soutien scolaire pour les mineurs isolés étrangers 33), La Cimade Bordeaux…
Collectif de Défense du Droit d’Asile des migrants du CAO de Mérignac
Bourse du travail, 44 cours Aristide Briand Resf 33 33075 Bordeaux Cedex

Possibilité de trouver le message à mettre directement sur le site de la Présidence :
http://mcinformactions.net/Lettre-ouverte-au-President-de-la-Republique-du-collectif-de-soutien-aux   »

 

Une action le 14 juin :

 


 

Dans le Calvados :

https://www.change.org/p/pr%C3%A9fet-du-calvados-soutenir-le-cao-de-bretteville-sur-laize

« soutenir le CAO de Bretteville sur Laize

Le collectif ACDA (Accueil Cingalais Demandeurs d’Asile) a besoin de votre aide. Les erythréens, accueillis au CAO de Bretteville sur Laize, risquent d’être reconduits en Italie selon la procédure de Dublin. Nous souhaitons qu’ils puissent rester en France aussi longtemps qu’ils seront en danger de mort dans leur pays. Ils se sont particulièrement bien intégrés, participant à toutes les actions menées par le collectif (cours de français, équipe de foot, sorties culturelles,…) et leur départ compromettrait gravement l’intégration de tous les demandeurs d’asile. »

 


 

Dans le Gard :

« Soutien aux réfugiés Soudanais de St Hippolyte du Fort et Le Vigan (30)

Lettre ouverte au Président de la République et aux élus,

Depuis le 21 décembre 2016 Mohamed, Oussam, Abdou ,Omar, Muqahsim, Abdallah, Hussain, Abdselkasin, Soulayman, Osman, Muhanad et Nour Eddine sont accueillis sur notre territoire cévenol. Durant ces cinq mois ils ont suivi des cours de français dispensés par des bénévoles, ont été invités à des repas, des promenades, des fêtes… Ils ont participé à la vie locale.

Il y a deux ans, ils avaient quitté leur pays en guerre. Des parents, des frères, des sœurs, des cousins, étaient morts. Eux voulaient VIVRE. Ils ont traversé plusieurs pays, se sont embarqués dans des bateaux de fortune. Entassés, ils ont survécu à la traversée. D’autres n’ont pas eu cette chance et font pleurer dans les chaumières au journal de 20h00. Ils ont débarqué en Italie et pénétrant dans l’espace européen ont reçu un coup de tampon. Ils ont traversé l’Italie, la France, et sont arrivés dans un squat à Stalingrad, Paris. La jungle a été démantelée, le squat de Stalingrad évacué . On leur a dit de monter dans des cars. Des centaines de cars…Avec une promesse : leur demande d’asile ne serait pas étudiée par l’Italie (rappelez-vous : le coup de tampon) mais par la France. Eux hésitaient : et si on leur mentait ? Mais ils ont cru aux promesses… Ils sont montés dans le car sans savoir où ils allaient. Ils ont vu défiler bien des paysages… Plus de 750 kilomètres… Ils se sont endormis… On leur avait promis…

Finalement, leur accueil dans nos petites villes cévenoles s’est fait tranquillement, entre l’indifférence de certains et la solidarité de dizaines d’autres. Ils ont appris le français, noué des liens d’amitié. Liberté, égalité, fraternité ;

Ils ont cru que ce n’était pas que des mots… Jusqu’au vendredi 2 juin 2017…

Ils ont reçu une décision de la préfecture les renvoyant en Italie. Liberté, égalité, fraternité, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. L’Italie, là où des dizaines de milliers de réfugiés débarquent… Une chance sur 10000 d’obtenir l’asile ; 9999 risques sur 10000 d’être renvoyés vers le Soudan, vers la guerre, vers la mort.

Ils ont fait appel de cette décision.

Pour que continuent à vivre les valeurs qui ont fait de la France le pays des Droits de l’Homme.

Liberté, égalité, fraternité, redonnons du sens à ces mots, redonnons du sens à la fraternité. Pour que la demande d’asile de Mohamed, Oussam, Abdou ,Omar, Muqahsim, Abdallah, Hussain, Abdselkasin, Soulayman, Osman, Muhanad et Nour Eddine soit étudiée par la France, pour que la promesse de la France soit respectée, soutenez notre démarche.

Les collectifs de soutien aux réfugiés de St Hippolyte du Fort et Le Vigan. »

 

Seurat : Port-en-Bessin, avant-port (marée haute).

 

Calais : escalade – encore

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Un débat à l’autre bout de la France. Une personne qui a vu sur le net une vidéo montrant des policiers gazant de la nourriture s’indigne : un pas vient d’être franchit dans l’inacceptable, il faut réagir pour que cette limite ne soit plus franchie.

Saine réaction face à une violence inacceptable. Réaction nécessaire : la question n’est pas simplement locale, s’exercent à Calais des politiques nationales, bilatérales (franco-britanniques), européennes. Les acteurs locaux, déjà confrontés à l’urgence de la situation, n’ont pas les forces seuls pour infléchir les politiques aux niveaux national, bi-national et européen.

Réaction saine, mais ô combien décalée par rapport à la réalité locale. Dans la saisine adressée au Défenseur des Droits en 2011 (voir ici et ) il est déjà question de gazage de nourriture, de récipients d’eau, de couvertures, parmi d’autres choses, faits remontant jusqu’en 2009 – et les associations locales parlaient de fait similaires dans les années antérieures.

Mais bien sûr quand le ministre de l’intérieur lâche cent cinquante policier-ère-s et gendarmes sur les exilé-e-s à Calais, tandis que le président de la république se répand en plaisanteries grasses sur les exilé-e-s mort-e-s en mer (voir ici, ici et ), le niveau de violence augmente.

Et reste au-delà de la police un effet de système. Quand la mairie (Les Républicains) bloque physiquement l’accès aux douches mises en place par le Secours catholique et se voit condamnée par le tribunal administratif, l’État – la police nationale – prend le relais pour arrêter les exilé-e-s qui viennent se doucher (voir ici, ici, ici, ici, ici et ). Quand la mairie publie des arrêtés municipaux pour interdire les distributions de repas aux exilé-e-s et que le tribunal administratif en suspend l’application, c’est l’État – la police nationale – qui intervient et disperse les distributions quand bon lui semble (voir ici, ici, ici, ici, ici et ).

L’escalade, c’est quand la mairie clôture l’espace où se font les principales distributions de repas, que celles-ci doivent donc se déplacer, et que des « riverains en colère » bloquent la route pour les empêcher, et que la police (ou la gendarmerie) intervient alors pour disperser non les « riverains en colère » mais les exilé-e-s qui viennent simplement s’alimenter. Comme à l’époque du bidonville se complètent et se confortent mutuellement pouvoir d’État, notables locaux et quasi-milices cachant leurs liens avec l’extrême-droite derrière l’image de « riverains en colère » (voir ici, ici, ici, ici, ici et ).

http://www.francetvinfo.fr/france/hauts-de-france/migrants-a-calais/calais-2-associations-humanitaires-denoncent-des-violences-policieres-contre-des-migrants-y-compris-mineurs_2216840.html

http://mobile.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/06/05/le-ministre-de-l-interieur-envoie-des-policiers-supplementaires-a-calais-et-adopte-une-ligne-dure-anti-migrants_5139128_1654200.html

http://www.liberation.fr/france/2017/06/07/a-calais-il-n-y-a-plus-rien-a-part-la-repression-et-le-tout-securitaire_1574914

http://www.nordlittoral.fr/32826/article/2017-06-06/les-migrants-n-ont-plus-rien-faire-calais

http://www.nordlittoral.fr/32822/article/2017-06-06/des-riverains-de-la-rue-du-pont-trouille-mobilises-pour-empecher-la-distribution

 

Édouard Manet : Pertuiset, le chasseur de lions.