11 personnes exilées soutenues par 8 associations assignent le Préfet du Pas-de-Calais devant le Tribunal Judiciaire de Boulogne-sur-Mer suite à l’expulsion illégale du terrain où elles vivaient

La Cabane Juridique, Secours Catholique Caritas France, Utopia 56, Help Refugees, Fondation Abbé Pierre, Salam, Project Play et l’Auberge des migrants soutiennent Mohammed (nom volontairement modifié afin de protéger son anonymat) et les autres requérants qui demandent que « les personnes décisionnaires, les gouvernants en France et en Europe, nous regardent avec l’œil de la dignité et de la fraternité ». Ils seront représentés par Me Thieffry lors d’une audience fixée au 18 novembre prochain.

A Calais, le 29 septembre 2020, le préfet du Pas-de-Calais a procédé à l’expulsion du terrain dit « Hôpital », où vivaient plus de 800 personnes exilées parmi lesquelles des femmes, des hommes et des enfants, en ayant recours à la force publique.

Mohammed, requérant et témoin de cette expulsion, explique : « Dès le premier jour où nous étions dans le campement à côté de l’hôpital, la police a commencé à nous harceler et à sortir nos tentes. Le 28 septembre, des bénévoles sont venus nous dire que la police avait l’intention de supprimer le camp et d’expulser ceux qui s’y trouvaient. Certaines personnes ont pris la chose au sérieux et ont quitté le camp le soir-même pour dormir sous les ponts, au milieu des forêts ou au bord de la mer. J’ai fait partie de ceux qui sont partis.

Le 29 septembre, je me suis réveillé dans le froid du matin à proximité du camp. J’ai observé un nombre terrible de policiers autour du camp, beaucoup de bus et les caméras et appareils photos des médias. Des centaines de réfugiés ont été conduits par la police vers les bus d’expulsioncomme des animaux. La scène était terrifiante, et bien que mes amis et moi observions de loin, nous avons quitté notre terrain par peur, et nous avons pris une route très cahoteuse pour que personne ne nous voie. Nous avons passé une journée entière sans nourriture et sous la pluie, nous déplaçant d’un endroit à l’autre de peur d’être arrêtés.

Nous avons essayé de chercher les points où les associations distribuaient de la nourriture pendant deux jours mais nous ne les avons pas trouvés parce que la police les en avait empêchées. Je me suis souvenu des jours de la guerre de Gaza quand nous passions nos journées sans nourriture mais nous sommes en France et nous ne sommes pas en guerre, alors que se passe-t-il ?

Le 2 octobre, au troisième jour de l’évacuation du camp près de l’hôpital, mes amis et moi étions dans 3 tentes parmi les arbres épais. Nous nous sommes réveillés au son d’un drone au-dessus de nos têtes. Nous étions très inquiets et avons essayé de chercher un autre endroit où dormir mais nous n’en n’avons pas trouvé. Sous les ponts, beaucoup de jeunes hommes dormaient et il n’y avait pas de place.

Nous sommes retournés au même endroit pour nous réveiller aux cris des soldats lourdement armés, et au bruit de la pluie qui a noyé nos tentes : « Réveillez-vous, la police vous encercle ». Ils nous ont fait sortir des tentes, sans que nous ne puissions prendre nos affaires, pour nous emmener en bus dans une ville à une heure de Calais. Ils nous ont mis dans un centre où il n’y avait pas de services, de sorte que le directeur du centre nous a dit, dès la police partie, « vous pouvez maintenant revenir d’où vous êtes venus, nous ne pouvons pas vous recevoir pendant plus de trois jours. »

Nous sommes retournés à Calais, et j’ai cherché un nouvel endroit plus sûr sous un arbre d’épines. J’ai dormi seul pour n’attirer l’attention de personne. J’ai demandé de l’aide à mes amis de CARE 4 Calais et ils m’ont donné une tente et des couvertures pour me protéger du froid. Beaucoup d’autres ont dormi avec des morceaux de carton sans chaleur parce que la police a empêché les associations de leur fournir une aide quelconque. J’ai parfois l’impression que les réfugiés, comme nous, n’auront pas de repos tant qu’ils ne seront pas morts. »

Sur la base de témoignages directs et d’observations, personnes exilées et associations ont donc décidé d’assigner le préfet du Pas-de- Calais en justice suite à cette expulsion. Celle-ci s’est déroulée en dehors de tout cadre légal et bafoue, une fois de plus, les droits les plus fondamentaux des personnes exilées.

Ainsi, le préfet du Pas de Calais invoque la « flagrance » comme base légale à cette expulsion. Or, cette procédure permet la collecte de preuves dans le cadre d’une enquête mais n’autorise en rien une expulsion de personnes jugées « indésirables ». La décision de procéder à l’évacuation forcée du site dit de l’Hôpital en ayant recours à la force publique a donc été prise par le préfet du Pas-de-Calais en dehors de tout pouvoir lui appartenant.

Ensuite, cette expulsion présentée comme une « mise à l’abri » n’en respecte aucun des principes. Il est ainsi urgent de rappeler qu’une mise à l’abri ne peut pas être menée sous la contrainte. Pourtant, l’expulsion contestée s’est traduite par la réquisition d’une armada de force publique (gendarmerie nationale, CRS, police nationale, police aux frontières, …), l’obligation, au petit matin et sans aucune information préalable, de monter dans des bus en direction de centres d’hébergements éloignés du Calaisis (Toulouse, Nice, Brest où 340 personnes ont effectivement été emmenées), l’encerclement par les forces de l’ordre du terrain expulsé, le bouclage du périmètre empêchant les interventions des associations humanitaires de 6h à 13h, l’arrestation des personnes refusant de monter dans les bus (22 personnes dont 5 mineurs ont effectivement été interpellées), etc. Plusieurs personnes exilées ont ainsi parlé de « chasse à l’homme » pour caractériser les courses poursuites avec la police qui avaient pour objectif de les faire monter dans les bus.

Alors que nous sommes en pleine crise sanitaire, cette expulsion, comme celles qui continuent de lui succéder, vient durablement dégrader les conditions de survie des personnes exilées à Calais. Lors de l’expulsion, les effets personnels (tentes, couvertures, papiers, téléphones, etc.) des personnes ont été confisqués et parfois détruits. La zone sur laquelle étaient installées les personnes a été déboisée et la police y est présente en permanence afin d’entraver toute nouvelle installation sans qu’en parallèle aucune mise à l’abri digne, volontaire, inconditionnelle et sur le littoral ne soit proposée aux personnes. L’accès à l’eau, à l’alimentation, assurés par les services de l’Etat a été largement dégradé tandis que les équipes des associations sont régulièrement menacées voire empêchées par les forces de l’ordre d’intervenir sur cette zone.

Le Défenseur des Droits en octobre 2016 puis en décembre 2018 à propos de Calais rappelait déjà qu’une nouvelle évacuation pourrait conduire à accentuer l’état de vulnérabilité des personnes exilées déjà̀ éprouvées par un parcours migratoire très difficile et que la tentative de les faire disparaitre, sans mise à l’abri digne et durable, en même temps que leurs abris serait vaine5. De fait, aujourd’hui, la majorité des personnes expulsées est de retour à Calais dans un état de dénuement encore plus important.

Alors que le préfet, Louis Le Franc, commentait l’expulsion en indiquant qu’il voulait « éviter toute concentration et point de fixation nouveaux sur Calais et [que] cette zone du Virval serait rendue inaccessible », le résultat de cette opération se résume à une violation du cadre légal et une atteinte aux droits essentiels à tout être humain.

Destination nulle part : les autorités françaises envisagent le renvoi de ressortissants syriens

Le 08 octobre 2020, la préfecture du Nord-Pas de Calais à prononcer deux obligations de quitter le territoire français (OQTF) à l’encontre de deux ressortissants syriens, présents sur les campements de la ville de Calais.

Cette mesure d’éloignement s’accompagne d’une interdiction de retour sur le territoire français qui s’applique en réalité à l’ensemble des pays de l’espace Schengen pendant une durée d’un an. Une sanction disproportionnée pour ne pas avoir été en mesure de prouver la légalité de son séjour sur le territoire français. Par ailleurs, la décision de la Préfecture fixe le pays de destination de façon évasive se contentant d’établir le renvoi « à destination du pays dont il revendique la nationalité, ou de tout autre pays où il établirait être légalement admissible. »

Un renvoi vers la Syrie ? La France ne peut manifestement pas renvoyer des ressortissants syriens vers leur pays d’origine en raison de la situation sécuritaire actuelle au risque d’une violation manifeste de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme prohibant la torture et autres formes de traitements inhumains et dégradants. 

Un renvoi vers un autre pays où il établirait être légalement admissible ? Difficile à établir alors que les autorités n’ont pas cherché à vérifier l’admissibilité de ces deux ressortissants syriens dans d’autres pays de l’Union européenne. S’il s’avérait que ces deux personnes n’étaient pas admissibles dans un autre pays, cela signifierait-il un renvoi vers la Syrie ?  Il semblerait que cette politique de la préfecture du Nord Pas de Calais, consiste davantage à dissuader les personnes de se maintenir sur le territoire français sans réelles perspectives d’éloignement.

A Calais, la saga des expulsions continue

Hier matin, le 22 octobre 2020, la préfecture du Pas de Calais a encore procédé à l’expulsion et à la destruction massive d’un campement. Il s’agissait du lieu de vie nommé « Unicorn jungle », où (sur)vivaient près de 300 personnes exilées, d’après la distribution de tentes faite par Utopia 56, une semaine auparavant.
Encore une fois, les associations dénoncent la brutalité et l’inefficacité de ces opérations. Ces dernières ne respectent pas les droits fondamentaux des personnes exilées.

Les associations dénoncent la violation du droit d’aller et venir des personnes exilées. Encore une fois, une dizaine de bus avaient été affrétés pour les emmener vers une destination inconnue. Les autorités ont procédé à une opération de « mise à l’abri » d’au moins 190 personnes.
Une « mise à l’abri » d’hommes, mais également de femmes et d’enfants.
L’inutilité de cette opération de « mise à l’abri » se constate, notamment, par la fréquence de ces opérations.

Les associations dénoncent le caractère forcé de ces opérations. À partir de 7h20 du matin, les forces de l’ordre ont débarqué avec leur armada habituelle (gendarmerie nationale, police nationale, police aux frontières, BAC, …). Le consentement et la volonté des personnes exilées n’est absolument pas pris en considération. En effet, une véritable chasse à l’Homme a été opérée pour tenter de faire disparaître les personnes exilé-e-s. Le procédé est toujours le même : lorsqu’un bus arrive les personnes exilées sont escortées par la police, les empêchant de partir.
Les associations dénoncent la violation du droit de propriété des personnes exilées. Les personnes sont expulsées sans même pouvoir prendre le temps de rassembler leurs affaires qui leurs sont confisquées ou jetées.
Plusieurs heures encore après l’opération, la violence se ressent lorsque l’on se rend sur ce campement. Une poêle de riz encore pleine est sur le feu, des chaussures traînent ici et là, une tente, des bidons d’eau, un tee-shirt d’une petite fille, une couverture, …
Les associations dénoncent l’absence de respect au droit à la vie privée et familiale des personnes exilées. L’équipe de Human Rights Observers a pu relater une scène percutante pendant laquelle des forces de l’ordre ont refusé un homme de rejoindre sa famille dans un bus.
Les associations dénoncent l’absence du droit au contradictoire. En effet, plusieurs heures après, une seule page de l’ordonnance sur requête trône ostensiblement au milieu du lieu de vie. Il s’agit de la base légale de l’expulsion avec une autorisation au recours à la force publique. Ce procédé permet d’outrepasser le droit au contradictoire des personnes exilées. Les mêmes motifs sont réutilisés à chaque fois : salubrité publique, sécurité publique et troubles à l’ordre public.

Encore une fois, les associations dénoncent la brutalité et l’inefficacité de ces opérations. Les associations dénoncent la violation des droits fondamentaux des personnes exilées, non exhaustivement cités.

« Je ne peux pas rentrer en Algérie pour le moment, je ne comprends pas ce que je fais ici »

Lors de visites au sein du centre de rétention administrative (CRA) de Coquelles, la Cabane Juridique a l’occasion de rencontrer des personnes retenues qui sont le plus souvent désemparées face à leur enfermement et aux mesures d’éloignement qui pèsent comme une épée de Damoclès au-dessus d’elles.

Monsieur N., ressortissant algérien est arrivé en France il y a un an et avait une vie de famille avec un enfant de 5 ans scolarisé, un travail sur les marchés qui lui permettait de payer son loyer et de subvenir aux besoins de sa famille. La pandémie de Covid-19 a tout chamboulé en rendant impossible pour Monsieur N. de continuer son travail et en le plongeant, lui et sa famille dans une situation de grande précarité.

La rétention administrative qui s’apparente à des conditions carcérales pèse sur la santé psychologique de Monsieur N.

« J’ai le droit d’appeler ma compagne et mes enfants en visio seulement une heure par jour. Parfois les policiers me disent que je n’ai pas le droit au téléphone. Je me sens seul, je n’ai personne avec qui parler, je ne peux rien faire de mes journées. Je ne peux pas voir mes enfants, j’ai l’impression de les abandonner et je veux tout faire pour les rendre heureux. Certains policiers sont gentils avec moi, discutent et m’offrent le café. D’autres ne sont pas respectueux. Je ne comprends pas pourquoi, je n’ai rien fait de mal et je fais tout comme il faut. La nourriture aussi c’est difficile. Il y a trois repas par jour à heures fixes et puis après 17h plus rien. On n’a pas le droit de recevoir de la nourriture de l’extérieur. La viande n’est pas halal alors quand il y a des plats avec de la viande, je mange juste des pâtes. J’ai souvent faim. Mes lunettes étaient cassées mais tout le monde me disait qu’il ne pouvait rien faire pour moi. »

Monsieur N., a dû quitter l’Algérie avec sa compagne et son enfant en passant par l’Espagne où ses empreintes ont été relevé. Sa femme a fait une demande d’asile en France mais elle devrait être transféré en Espagne dans le cadre du règlement Dublin III établissant le pays responsable de la demande d’asile. De son côté Monsieur N. a été placé en rétention administrative directement après 6 mois de détention en prison et une obligation de quitter le territoire français. Une double peine en constante augmentation en France puisque, selon un rapport de la Cimade, en 2019, 3 227 personnes ont été placées en rétention dès leur levée d’écrou, soit une évolution de 9% par rapport à 2018, avec une sur-représentation des ressortissants algériens[1].

Le placement en rétention a été ordonné car Monsieur N. ne présentait pas les garanties de représentation suffisantes et cela malgré plusieurs attestations de domicile de membres de sa famille présents en France. Le fait que son enfant soit scolarisé ne serait-il pas une garantie suffisante ? Son maintien en rétention a été prolongé à plusieurs reprises, cumulant au total 60 jours de rétention au centre de Coquelles.

Lors de sa dernière audience devant le juge des libertés et de la détention le 4 octobre 2020, la préfecture du Nord demande une nouvelle prolongation de 15 jours à titre exceptionnel indiquant être dans l’attente de la délivrance d’un laissez passez par les autorités algériennes. La mauvaise foi de la préfecture va jusqu’à dire que les autorités françaises sont dans l’attente de la confirmation de la nationalité de Monsieur N. bien que celui-ci est délivré une photocopie de son passeport algérien lors de sa demande d’asile, qui par ailleurs lui a été refusée.

Malgré cinq sollicitations des autorités consulaires algériennes qui sont restées lettres mortes et deux vols annulés pour des raisons sanitaires, la juge retiendra uniquement que la préfecture a fait tout ce qui était en son pouvoir pour assurer le renvoi de Monsieur N. vers son pays d’origine.

Et pourtant, ce n’est pas faute de preuves que les frontières aériennes resteront fermées jusqu’à nouvel ordre. Monsieur N. explique la situation actuelle en Algérie. « Tous les vols sont suspendus, les services consulaires sont limités et le président a annoncé que les frontières seraient fermées au moins jusqu’en 2021. Je ne peux pas rentrer chez moi, je ne comprends pas ce que je fais là. »  Son avocat corrobore ces faits à l’appui d’articles de presse. Pour ma part, j’ai appelé l’Ambassade de France en Algérie pour en savoir plus. A la question : « Est-ce que vous savez si les frontières vont rouvrir prochainement et si des vols sont prévus ? » la réponse a été « Non, il n’y a pas de perspective de réouverture des frontières pour le moment et encore date n’a été envisagé. »

D’autres juridictions avaient autorisé la levée du maintien en rétention en l’absence de perspective d’éloignement vers certains pays dont les frontières étaient fermées comme le Maroc, l’Algérie et la Tunisie[2]. Bien que le maintien en rétention d’étrangers faisant l’objet d’une mesure ordonnant leur éloignement du territoire français ne peut être décidé par l’autorité administrative lorsque les perspectives d’éloignement effectif du territoire à brève échéance sont inexistantes, la prolongation de la rétention pour une durée de 15 jours sera acceptée par la juge.

Contact Presse

La Cabane Juridique 06 67 54 12 95


[1] La Cimade, De Charybde en Scylla : les allers-retours entre CRA et prison en 2019, Données chiffrées et observations, Bulletin spécial, numéro 14, mai 2020

[2] CA Aix-en-Provence, 19 mars 2020, n° 20/00344 ; CA Lyon, 24 mars 2020, n° 20/02200

Calais joint sa voix à la Marche des Sans-papiers !

Des Calaisien.ne.s solidaires et les associations calaisiennes qui travaillent auprès des personnes exilées, soutiennent la marche des Sans-Papiers, qui manifeste le samedi 17 octobre à Paris pour la régularisation de tous·tes les Sans-Papiers, la fermeture des centres de rétention et le logement pour tous·tes.

https://blogs.mediapart.fr/marche-des-solidarites/blog

Ces mots d’ordre résonnent avec force à Calais, devenue vitrine des politiques anti-migratoires liberticides que subissent les personnes exilées. 

A Calais, aucun répit n’est laissé aux personnes exilées qui, stigmatisées et invisibilisées, vivent dans des conditions cruelles, inhumaines et dégradantes. L’Etat empêche l’action des associations, privant les personnes exilées d’un accès à l’eau, à la nourriture, à l’hygiène ou à un abri. Au Centre de rétention de Coquelles, il enferme et expulse sans relâche. Sa police déloge partout et sans cesse les personnes exilées, les exposant au froid et à la pluie, aggravant leur précarité. Les droits les plus fondamentaux des personnes exilées, qui (sur)vivent malgré les violences policières,  ne sont pas respectés. 

Un cortège calaisien sera formé samedi pour se joindre aux marcheurs, Sans-Papiers en tête, qui traversent le pays direction Paris depuis près d’un mois pour réclamer l’égalité.

Nous marcherons en hommage aux victimes du racisme et de la police ainsi qu’aux personnes exilées décédées sur les routes de la migration, tentant de traverser la Manche.

Expulsion sur-expulsion

Mardi 29 septembre 2020, environ 800 personnes sont éloignées de Calais, emmenées dans des bus aux quatre coins de la France. Sans savoir la destination, elles se sont retrouvées à Marseille, Nice, Toulouse, Toulon, Nancy, Brest, Nantes,…
Elles sont débarquées dans des centres que la plupart quitte à peine sortie du bus.
Elles essayent alors de trouver les gares les plus proches, dans des villes inconnues, sans endroit où dormir et sans rien à manger. Tant bien que mal, des personnes solidaires tentent de les aider à distance.

D’autres personnes ont pu éviter l’expulsion de mardi ou reviennent déjà à Calais, mais elles se retrouvent démunies de tentes et de sacs de couchages qui ont été saisis.
La police occupe le terrain de l’hôpital et chasse les personnes qui y reviennent, faute d’avoir un terrain alternatif sur lequel s’installer.
Les personnes se cachent dans la ville et tout autour dans les buissons, toujours plus loin. Malgré le froid et la pluie, la traque s’intensifie. Quatre personnes ont été gazées, ainsi que leurs bidons d’eau et leur nourriture.

Ce matin, la police est de nouveau intervenue aux abords de l’hôpital de Calais pour pousser les exilé.e.s dans des bus. En tout, 102 personnes ont été éloignées ce vendredi, et au moins 5 ont été arrêtées et emmenées par la police aux frontières. Certaines personnes ont donc été éloignées deux fois en quatre jours.

Ce soir, de nombreuses personnes sont déjà de retour, malgré les expulsions répétées de ces derniers jours qui ne font qu’accentuer leur volonté de quitter cette terre hostile.

Photo : Gaurmiua

« Hospital jungle » : une expulsion sans base légale. A Calais, « plus c’est gros plus ça passe »

A Calais, une semaine après la venue de la Défenseure des droits, Madame Claire Hédon, trois jours après la manifestation pour le respect des droits des personnes exilées, une expulsion de grande envergure a eu lieu à « Hospital jungle » sans base légale officielle.
A Calais, « plus c’est gros plus ça passe ».

« Hôpital », un terrain vague boisé dans lequel (sur)vivent près de 800 personnes de différentes nationalités, soit la plus grande jungle actuelle de Calais, a été expulsé ce matin.

Le préfet parle de la plus « importante » expulsion depuis la grande jungle en 2016 sous prétexte de mettre les personnes à l’abris. Comment parler de mise à l’abris lorsque celle-ci est forcée, violente et inefficace ? En effet, la stratégie politique de terre brulée
et de harcèlement des habitants mise en avant par les autorités publiques se solde par un
échec. Quatre ans après la « grande jungle », le contexte calaisien est le même, si ce n’est pire. A partir de 5h30, une armada de forces de l’ordre (gendarmerie nationale, CRS, police national, police aux frontières, police technique et scientifique, …) et près d’une trentaine de bus représentant une capacité de 900 places, à destination de centres de ‘mise à l’abris’ sont arrivés sur le campement. Il s’agit d’un dispositif d’une ampleur sans précédent. À titre d’exemple, lors de l’expulsion du 21 août 2020, quatre bus avaient été affrété.

Les personnes exilées sont encerclées, escortées en dehors du terrain, placées en lignes et aveuglées par les flashs en plein visage par les forces de l’ordre. À l’écart, certaines sont gazées au gaz lacrymogène dans la forêt du campement.

Près de 340 personnes sont brutalement escortées dans les bus, sans connaître leur destination pouvant être n’importe où en France, dans des centres d’hébergement de toute façon inadaptés. D’autres sont emmenées et enfermées dans des centres de
rétentions administratives. Au moins 22 personnes, dont 5 mineurs, sont arrêtées : même ces derniers n’échappent pas à l’opération.

Juridiquement, l’expulsion a été justifiée par les forces de l’ordre en présence comme reposant sur la « flagrance », qui permet la collecte de preuve dans le cadre d’une enquête, mais n’autorise en rien une expulsion. Si cette expulsion avait eu lieu sur la base d’une ordonnance sur requête, cette dernière aurait dû être obligatoirement affichée : à défaut, l’expulsion est purement et simplement illégale. Si cette expulsion se base sur un arrêté préfectoral d’évacuation, ce dernier n’a pas non plus été rendu public.

Le préfet a donc agit dans l’illégalité et par surprise, ce qui a empêché les exilés de sauver à temps, de « s’auto expulser », comme ça a pu être le cas lors des précédentes expulsions cet été (lire Evacuations des campements du bois Dubrulle et de l’hôpital )

L’absence d’annonce de base légale prive de facto les habitants des terrains de leur droit à un recours devant le juge pour contester leur expulsion.
Les forces de l’ordre ont brisé les arceaux de tentes, le peu d’affaires qui restaient ont été emmenées dans une benne, ou encore stockés dans un container humide. Les associations ont voulu s’organiser pour tenter d’observer le déroulement de l’expulsion mais ont été repoussées en dehors du périmètre fermé par les forces de l’ordre, alors que les journalistes, contactés par la préfecture, étaient invités à y entrer.

A 12h30, l’expulsion n’était toujours pas terminée. Pourtant à la même heure, une nouvelle expulsion a lieu sur un autre lieu de vie, « BMX », bien éloigné du périmètre discrétionnairement imposé par les forces de l’ordre. Les personnes exilées sont
brutalisées, gazées et les bénévoles violentés. La majorité des occupants de ce terrain refusent de monter dans les bus ; tous leurs abris, tentes, sacs de couchage ont pourtant été saisis.

A 14h40, l’expulsion prend fin.
En neuf heures, plus de 800 personnes ont été expulsées, sans qu’elles aient eu la possibilité de faire valoir leurs droits.

Organisations signataires :
La Cabane Juridique
Human Rights Observers
First Aid Support Team
Collective Aid
Terre d’Errance
Project Play
Refugee Youth Service

Contacts Presse :
Liza, Human Rights Observers : 06 52 82 82 65
Margot, La Cabane Juridique : 06 67 54 12 95

Photo : Julia Druelle

Plus de 400 personnes marchent sous la pluie pour la liberté et la dignité humaine

Calais – Samedi 26 septembre 2020,
des calaisien.n.es, militants, bénévoles associatifs et personnes exilées se retrouvent sous une pluie battante pour partir en cortège de protestation depuis le campement qui jouxte l’hôpital de Calais. Malgré le vent et la pluie, les exilé.e.s se joignent au défilé en dansant au son des tambours, menant la marche et paradant avec joie et détermination sous la pluie.

A l’arrivée Place de Norvège, quelques prises de paroles de soutiens et d’exilés alternent avec de la musique et des improvisation hip-hop en toutes langues. En dépit du froid, c’est un moment d’euphorie et d’unité entre des personnes qui n’ont pas l’occasion de se côtoyer en ville autrement.
Au micro, des exilés témoignent de leur fatigue et de leur exaspération face au harcèlement quotidien de la police qui expulse, détruit les tentes et confisque leurs matériels, appellent à être traités comme des êtres humains et non comme des animaux.

Au coin de la rue, des associatifs posent une petite table et servent du thé et du café en respectant une limite imaginaire et risible de l’arrêté préfectoral restreignant les distributions de denrées alimentaires.

La question humanitaire liée à l’actualité récente de l’arrêté prefectoral interdisant les distributions de denrées alimentaires écrase la plupart des revendications dans la couverture médiatique. Ceci alors que cette mobilisation fut réfléchie dès le mois de juillet en réaction à la venue de Gérald Darmanin (voir ici) aux nombreuses expulsions inutiles de cet été, aux éloignements forcés (voir ici, ici), aux privations d’hygiène et à l’accès à l’eau potable (lire action Bain Public), aux destructions matérielles et au harcèlement policier quotidien que subissent les personnes à la rue à Calais.

S’il est vrai que les personnes ont froid la nuit et survivent dan s des conditions de vies indignes, dégradantes et inhumaines (lire le rapport de la défenseure des droits), et que la pression monte du fait de l’arrivée de l’hiver, l’arrêté du 11 septembre ne vient qu’enfoncer le clou d’une situation déjà inacceptable en visant une nouvelle fois la solidarité, ce faisant s’attaquant encore plus au lien social en cherchant à isoler d’avantage les personnes.

A l’heure du Brexit et des discussions autour d’une re-négociations du règlement Dublin les revendications vont pourtant bien au-delà de la situation du seul Calaisis.
En effet l’appel à la solidarité résonne de Moria à Briançon et partout en Europe.
Des collectifs se lèvent pour faire cesser la stigmatisation et les politiques violentes et déshumanisantes envers les personnes en exil.

Actuellement, des marches solidaires sont parties d’un peu partout en France pour converger vers une grande mobilisation nationale à Paris le 17 octobre. Cette date symbolique commémore le massacre du 17 octobre 1961, lors de la répression meurtrière par la police française d’une manifestation d’une manifestation d’Algériens organisée à Paris par la fédération française du FLN.

Samedi 26 septembre, nous sommes heureux·se·s d’avoir vu des exilé.e.s, calaisien.e.s , militants et bénévoles s’exprimer en dansant, en chantant, en se montrant dans les rues.
Nous sommes heureux d’avoir participés à l’organisation de ce moment qui a fait du bien à tout le monde, mais dans la situation actuelle, nous ne pouvons nous satisfaire que de ça.

Nous continuerons donc à vous avertir des prochaines mobilisations, les situations inhumaines que créent volontairement les autorités ne resteront plus invisibles.

Photos : Julia Druelle

Calais Se Lève, Calais Rises

APPEL A LA MOBILISATION POUR LE RESPECT DES DROITS FONDAMENTAUX ET LA DIGNITÉ DES PERSONNES EXILÉES, à Calais et partout ailleurs.

Samedi 26 septembre 2020
16h : à Calais, rendez-vous au début du boulevard des Justes, rond point du Virval, près du Centre Hospitalier. 
17h: départ d’une marche de protestation
19h: arrivée Parc Richelieu: rassemblement assis, prises de paroles, musiques, chants.

Des dons pourrons être collectés sur le lieu de départ et d’arrivée.
> Baskets 42/43, manteaux, duvets, tentes, sous vêtements homme et femme …

Venez masqué-e ! Et veillez au respect des distanciations
Venez avec de quoi faire du bruit et être visible le !


En cas d’interdiction ou d’empêchement, il sera possible par petits groupes, de se promener à la plage, sur les trottoirs, dans les parcs et sur les places de la ville avec des messages de protestation et de revendication inscrits sur nos vêtements, sur des panneaux, sur nos masques, etc…

Des bénévoles sont toujours recherchés pour distribuer gel & masques
// Plus d’infos : 0772388510 – calais-rises@riseup.net

Simultanément, une mobilisation se tiendra à Londres ce week end à l’appel du collectif People Not Walls – une initiative Trans-Manche de défense des droits humains. Une visio-conférence de presse devrait se tenir simultanément entre la France et l’Angleterre.

Cela faisant en même temps écho à la mobilisation #NOUSAVONSDELAPLACE partie d’Allemagne suite à l’incendie du camps de la Moria.

Ainsi cet un appel à la mobilisation et à la solidarité résonne bien au delà de Calais, pour que cesse la catégorisation infinie des personnes, pour la création une protection juridique pour tous et toutes.  Et que tous « réfugié.e.s politiques », « exilé.e.s économiques » et « déplacé.e.s climatiques » soient enfin considéré.e.s comme subissant des persécutions qui les obligent à quitter leur pays.

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SIGNATAIRES DE CET APPEL
🔸Organisations des Hauts de France🔸

ACCMV – Grande-Synthe / ADRA France – Dunkerque / ASR collectif Action Solidarité Réfugiés – Arras / CSP59 / Emmaüs Dunkerque – Grande-Synthe / Human Rights Obervers – Calais / La Brique – Arras / La Cabane Juridique – Calais / L’Auberge des migrants – Calais / La Cimade Nord-Picardie / La Maison Sesam / LDH – Boulogne / LDH – Dunkerque / MDM Médecins du Monde / MRAP Littoral Dunkerquois / Collective Aid – Calais / Refugee info bus – Calais / Refugee Women Center / Refugee Youth Service / Salam Nord Pas de Calais / Save / Secours Catholique du Pas de Calais / Solidarity Border / Terre d’Errance – Béthunois

🔸Organisations locales et régionales🔸

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“Groupe Respirer Calais 2020” au conseil municipal de Calais et membres et soutiens  / Le PCF Calais / Génération.s Calais / Le NPA Dunkerque / La France Insoumise Calais / EELV Calais

Expulser les campements, entraver la fraternié, affamer les exilé.e.s : les autorités publient un nouvel arrêté de la honte interdisant les distributions alimentaires aux personnes exilées

Calais, le 10 septembre 2020

Le Préfet du Pas-de-Calais a publié un « arrêté prefectoral portant interdiction de distribution de denrées en certains lieux du centre ville de Calais en prévention de risques sanitaires et de risques liés à la salubrité ».

Cet arrêté est honteux. En accusant les distributions alimentaires, et par là-même les personnes exilées et les associations, de présenter des risques sanitaires et des risques liés à la salubrité, le Préfet manipule la réalité.

Faut-il encore une fois dire que ce ne sont pas les distributions alimentaires qui créent des risques sanitaires et des risques liés à la salubrité mais que c’est l’absence de prise en charge dignes des personnes exilées présentes sur le littoral par les autorités qui nous poussent à organiser ces distributions ?

Faut-il encore une fois dire que ces risques sont provoqués par l’Etat, qui a organisé tout l’été des évacuations forcées de campements et la pose de grillages sur ceux-ci, suite auxquelles les personnes expulsées, hagardes, cherchaient désespérément un nouvel endroit pour s’installer et se sont retrouvées en centre-ville ?

Cet arrêté est honteux. Il contrevient au principe de fraternité, pourtant à valeur constitutionnelle, en entravant les actions de citoyens et de citoyennes guidés par la volonté d’apporter leur aide et de subvenir aux besoins des personnes exilées présentes à Calais.

Ainsi, cet arrêté prévoit que les personnes et associations qui s’impliqueraient dans ces distributions alimentaires soient poursuivies. C’est sans attendre, et dès ce matin, que 6 bénévoles de l’association Salam ont écopé de procès verbaux et d’amendes pour avoir proposé un petit déjeuner aux personnes exilées qui survivent actuellement dans le centre-ville de Calais, pour avoir aidé des personnes qui avaient faim.

Cet arrêté est honteux. Il va avoir pour conséquence de compliquer l’accès à un repas pour des personnes en errance en centre-ville, et qui ne bénéficient que des distributions alimentaires des associations indépendantes pour assouvir leur faim. En parallèle, l’action des autorités n’est pas suffisante : encore hier, en marge de la distribution alimentaire organisée par l’Etat en périphérie de Calais, plusieurs dizaines de personnes n’ont pu obtenir de panier repas, parmi lesquelles des femmes et des enfants.

Chaque jour, nos associations rencontrent des personnes exilées qui n’ont accès qu’à un repas par jour ou aucun et nous confient avoir faim.
Cet arrêté met en danger la vie de personnes exilées. Nous demandons depuis des années aux autorités de prendre réellement en considération les propositions des associations et des personnes exilées afin d’organiser un accueil digne et respectueux sur le littoral. Dans l’attente de celui-ci, nos associations ne dérogeront pas aux principes d’humanité les plus fondamentaux et continueront de soutenir les personnes dans le besoin.

Une grande mobilisation est prévue le 26 septembre à Calais en faveur des droits fondamentaux et de la dignité humaine. Un appel national à été lancé en faveur d’un accueil digne des personnes en exil.

Restaurant Afghan dans un campement de « La Lande » 2015
Illustration Loup Blaster