Nouvelle expulsion des personnes exilées à Calais.
L’indécence n’a plus de limite. Alors qu’au côté des associations, les personnes exilées, dénoncent les conditions dramatiques dans lesquelles elles (sur)vivent, encore aggravées par les évacuations forcées du mois de juillet, et qu’un jeune homme exilé qui vivait à Calais a trouvé la mort mercredi, la seule réponse apportée aujourd’hui par les autorités consiste en une nouvelle expulsion brutale et forcée.

Au petit matin du 21 août 2020, un dispositif policier disproportionné a été mis en place pour expulser le camp dit « BMX » où vivaient cent personnes, dont douze femmes et cinq mineur.e.s qui, bien que vivant sur les lieux, n’étaient pas mentionné.e.s par l’huissier sur l’ordonnance d’expulsion.

Ce n’est que jeudi après-midi que cette ordonnance d’expulsion a été affichée.
Elle avait pourtant été émise le 27 juillet par le premier vice-président du tribunal de Boulogne-sur-Mer à la suite d’une requête de la commune de Calais en date du 24 juillet. On ne peut que s’interroger quant à la diligence de la justice à autoriser une procédure qui ne permet pas aux habitant.e.s de terrain de se défendre et de faire entendre leurs voix.

En effet, comme pour les précédentes expulsions du 10 et 30 juillet, le même huissier n’a pas « réussi » à recueillir les identités de quiconque, car « ils parlent un dialecte que je ne maîtrise pas », selon ses propres mots. Cet échec, tout relatif, permet donc au juge d’ordonner l’expulsion sans audiencer l’une des parties et donc sans délai.

Les personnes exilées se sont regroupées au fond du campement avec leurs quelques affaires espérant que là, elles seraient laissées en paix.
Cette nuit, elles ont veillé : E., un érythréen d’une vingtaine d’années témoigne aux associations présentes : «Nous espérons qu’ils nous laisseront, nous n’avons nul part où aller. On va attendre la police, nous voulons parler avec elle.»

Ce vendredi matin vers 6h45, ce sont donc pas moins de sept cars de CRS, autant de cars de police nationale, quatre cars de gendarmerie mobile, des voitures, des motos de police et divers véhicules de la PAF, ainsi que des huissiers, des membres de la préfecture et des employé.e.s de l’OFII, qui accompagnaient les quatre cars prévus pour emmener de force soixante-dix personnes exilées en CAES.

Les forces de l’ordre ont commencé par contrôler spécifiquement les personnes blanches présentes lors de l’opération avant de les repousser, parfois rudement, loin du périmètre de l’expulsion, afin que ne puisse pas être constaté le déroulement de celle-ci. La présence sur les lieux d’un camion de nettoyage laisse peu de doute quant au devenir des affaires que les exilé.e.s n’ont pas pu emporter. Tentes, duvets, nourriture ou encore bicyclettes, ont été une fois de plus ramassés, confisqués et seront probablement détruits.

Les personnes exilées seront probablement de retour dans les heures ou les jours qui viennent, encore plus épuisées mais aussi, face à cette violence des autorités, plus déterminées à tenter le passage vers le Royaume-Uni. Coûte que coûte.

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Les premières associations signataires : 
La Cabane Juridique – Le Secours Catholique du Pas-de-Calais – Utopia 56 – Human Right Observer

Contacts : 
Bastien (Cabane Juridique) : +33763078975
Pierre (Utopia 56) : +33643981758
Philippe (Secours Catholique) : +33613534696
Chloé (Human Rights Observers) : +33618495386

Policier fort appliqué à la tâche, devant des femmes érythréennes chassées de leur lieu de (sur)vie.
Un associatif pensif face à l’acharnement et à l’inefficacité de la politique de non accueil.
Photos Victor Léon