« La peur et l’anxiété. Les frappes et l’intimidation. La violence et le meurtre. La provocation et l’humiliation. La répression et la privation. La négligence et l’invisibilité. L’injustice et la tyrannie. L’oppression et la répression. La résignation et la dissimulation.

Toutes ces souffrances nous les vivons jour et nuit ici en France, en particulier dans la ville de Calais. Nous dormons dans la peur sous une petite tente qui peut contenir à peine une personne et pourtant les forces de l’ordre ne nous laissent pas nous reposer en paix ne serait- ce qu’une nuit.

Et les forces de l’ordre, leur violence continue bien au-delà, ils nous privent de nourriture en utilisant plusieurs manières de privations inhumaines. Ils entravent l’aide et le secours apportés par les associations sur pratiquement tous les périmètre de la ville de Calais alors même que cela n’entrave pas la circulation publique.

Donc, tous les endroits à Calais sont interdits pour dormir, manger, boire. Alors la question que nous nous posons c’est : quel est l’endroit approprié ou autorisé à Calais pour manger, boire et dormir pour un exilé ? Est-ce que c’est cela l’humanité que vous réclamez et proclamez ?

Nos vies sont devenues similaires aux films d’horreur et de traque que vous voyez dans le monde du cinéma avec panique et terreur. Sommes-nous les héros de ces films dans notre réalité vivante et notre quotidien et non dans le monde de la fantaisie et des films ? L’obscurité très sombre, le froid glacial, la pluie semi-permanente et seulement un abri que la police peut prendre à tout moment sans humanité et sans tenir compte de ces conditions climatique difficiles : nous affrontons tout cela avec patience pour un petit rêve, celui d’aller en Angleterre.

Ici à Calais, nos cœurs meurent chaque jour avant nos âmes. Et récemment, nous avons perdu notre frère le plus cher, notre colonne vertébrale et notre compagnon sur notre route difficile.
Il n’est pas le premier mais nous espérons que ce sera le dernier de nos chagrins et que nous ne perdrons pas un être cher après cela. Cet événement malheureux, cette tragédie aurait pu être évité, s’il n’y avait pas de violence des chauffeurs routiers qui conduisent impitoyablement et cruellement.

Nous n’oublions pas non plus certains phénomènes négatifs qu’une petite minorité des habitants de Calais pratiquent à notre égard. Ils nous jettent des bouteilles d’eau vides, des bouteilles de vin, des œufs crus et des tomates. Ils nous insultent avec les pires mots. Cela nous pousserait à essayer de répondre à la violence par la violence mais nous contrôlons notre esprit et nous essayons de garder notre conscience qui nous conduit à adopter plutôt la voix de la paix malgré tout. C’est révoltant car nous savons bien que tout cela ne pourrait et ne devrait pas être des valeurs d’un peuple et une superpuissance nation comme la France.

On se demande parfois pourquoi les Français nous détestent autant ? Jeter des œufs crus sur quelqu’un qui passe sous sa maison est une forme d’injustice. Pensez-vous que les mauvais traitement que nous subissons de la part des forces de l’ordre est à l’origine d’un climat de violence et de haine à notre égard de la part de la population ?

La haine engendre la haine … Mais nous ne sommes que des passants. Nous ne voulons pas vivre dans votre pays. Nous sommes des hôtes qui méritent un peu d’accueil, alors ayez pitié des passants.

Nous appelons tous les acteurs responsables, les organisations humanitaires, les Nations Unies et tous ceux qui ont le pouvoir à faire stopper cette violence excessive et ces actes odieux.

Nous sommes inébranlables parce que nous n’avons pas quitté notre pays par choix mais nous avons fui notre pays à cause de la guerre, de la peur pour nos vies et de la souffrance. »

(Lettre de Mohamad Mobarak, lue par les personnes en exil soudanaises sur le parvis du Théâtre de Calais, lors de la Marche blanche en mémoire de Yasser le 8 octobre 2021)

Photos Julia Druelle
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