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Si l’attention des médias est concentrée sur Calais, des choses importantes se passent ailleurs à la frontière franco-britannique.

Sangatte avait à l’époque retenu l’attention, occultant toute dimension du phénomène. Déjà à l’époque du centre de Sangatte (1999-2002) les exilés essayaient de passer dans d’autres ports du littoral français et belge, et en montant dans les camions sur les parkings d’autoroute en amont du littoral. Avec la fermeture du centre de Sangatte, certains de ces lieux de passage plus ou moins occasionnels sont devenus le lieu de campements permanents : Cherbourg, plusieurs campements dans le Dunkerquois, Saint-Omer, Norrent-Fontes, Angres, Steenvoorde, auxquels il faut relier différents lieux à Paris et aux environs. Plus des campements plus ou moins provisoires dans d’autres localités. Plus une situation analogue en Belgique.

La situation que connait aujourd’hui Calais se retrouve de manière variable selon les nationalités et surtout les chemins empruntés pour arriver jusqu’ici. Certain campements connaissent une augmentation du nombre de leurs habitants et d’autres pas, reflet atténué de la situation en Méditerranée centrale.

Mais l’engorgement de Calais amène une dispersion beaucoup plus large des exilés. Tel port qui n’offre que peu d’opportunités de passage devient plus intéressant au vu des difficultés rencontrées à Calais, et des exilés s’y installent de manière permanente, comme les médias locaux nous le font savoir pour Dieppe (voir ici) et Ouistreham (voir là). L’interview du maire Ouistreham sur France 3 fait état de renforts de police à Saint-Malo, Cherbourg et Le Havre, ce qui laisse entendre un plus grand nombre de tentatives de passages dans ces ports.

Ce sont aussi les exilés et les médias locaux qui nous permettent d’avoir connaissance de tentatives de passage de plus en plus en amont sur les autoroutes, Boulogne/Mer, Abbeville et le long de l’A 16 et de l’A 28 (voir ici).

Paniqué à l’idée que ça se sache, le ministre de l’intérieur a donné au préfet du Pas-de-Calais de ne pus prendre en compte que Calais. Espérant qu’en limitant la discussion avec les associations à la situation dans cette ville, seul lieu de « l’afflux massif de migrants » et en mettant en spectacle ce qui s’y passe, la globalité du phénomène échapperait à la sagacité des observateurs, à commencer par les journalistes.

L’augmentation du nombre d’exilés à la frontière franco-britannique est liée à des causes lointaines, l’augmentation des traversées de la Méditerranée centrale vers l’Italie, la crise en Grèce qui amène des Albanais à chercher d’autres possibilités de travail dans l’Union européenne, la multiplication des crises au Moyen-Orient, l’Irak s’ajoutant à la Syrie.

Mais elle est aussi le reflet de la politique répulsive mise en place par le gouvernement français : difficulté et délais d’accès aux guichets des préfectures pour déposer une demande d’asile, carences de l’hébergement et de l’accompagnement des demandeurs d’asile, longueur de la procédure; difficultés croissantes pour les mineurs isolés étrangers d’accéder à la protection à laquelle ils ont droit; harcèlement policier accru. Le nombre de demandes d’asile diminue en France alors qu’il augmente dans l’ensemble de l’Union européenne. Devant les difficultés rencontrées en France, les exilés tentent de continuer leur route vers d’autres pays comme le Royaume-uni.

La situation à la frontière franco-britannique est donc le double effet de la fermeture de la frontière britannique et de la politique de non-accueil des autorités françaises.

 

 000026Grilles et contrôles du port de Calais, photo Loup Blaster http://loupblaster.tumblr.com

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