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(English bellow)

Aux frontières du Royaume-uni comme aux frontières de l’Europe, la venue des exilé-e-s nous place devant un choix. Ce texte est aussi celui d’une pétition que vous pouvez signer ici (en anglais) :

http://www.transform-network.net/blog/blog-2016/news/detail/Blog/appeal.html

At the UK border as at the European borders, migrants arrival confronts us to a choice. This text is also a petition that you can sign up here (in English):

http://www.transform-network.net/blog/blog-2016/news/detail/Blog/appeal.html

 

http://www.bastamag.net/Accueil-des-refugies-en-Europe-hospitalite-et-droit-d-asile-ou-barbarie

« Il n’y a pas d’autre alternative que celle-ci : hospitalité et droit d’asile, ou barbarie ! »

par Collectif 10 mars 2016

Les guerres du Moyen-Orient et de Syrie jettent des populations entières dans un exode périlleux qui vient frapper aux portes de l’Europe. Face aux replis nationaux, des États comme l’Allemagne, la Grèce et le Portugal montrent la voie de l’accueil. « Deux Europe totalement incompatibles sont ainsi face à face, entre lesquelles il faut désormais choisir », soulignent les auteurs d’une pétition pour lesquels l’accueil des réfugiés en Europe est « une nécessité morale et politique urgente ». Respecter aujourd’hui le droit d’asile, c’est aussi recréer les conditions d’une pacification et d’une vraie sécurité collective demain. Voici leurs propositions de mesures d’urgence à mettre en place.

Nous citoyens des pays membres de l’Union Européenne, de la zone Schengen, des Balkans et de la Méditerranée, du Moyen-Orient ainsi que d’autres régions du monde qui partagent nos préoccupations, lançons un appel d’urgence à nos concitoyens, à nos gouvernants et à nos représentants dans les assemblées parlementaires nationales et au Parlement Européen, ainsi qu’a la Cour Européenne des Droits de l’Homme et au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés :

Il faut sauver et accueillir les réfugiés du Moyen-Orient !

Depuis des années, les migrants du Sud de la Méditerranée fuyant la misère, la guerre et la répression se noient en mer ou se fracassent contre les grillages. Quand ils réussissent à traverser, après avoir été rançonnés par des filières de trafiquants, ils sont refoulés, incarcérés ou rejetés dans la clandestinité par des États qui les désignent comme des « dangers » et comme des « ennemis ». Et pourtant, courageusement, ils s’obstinent et s’entraident pour sauver leurs vies et retrouver un avenir.

Mais depuis que les guerres du Moyen-Orient et surtout de Syrie ont pris les proportions d’un massacre de masse sans fin prévisible, la situation a changé de dimension. Prises en otage entre les belligérants, bombardées, affamées, terrorisées, des populations entières sont jetées dans un exode périlleux qui, au prix de milliers de morts supplémentaires, précipite hommes, femmes et enfants vers les pays voisins et vient frapper aux portes de l’Europe.

Il s’agit d’une grande catastrophe humanitaire.

Elle nous place devant une responsabilité historique à laquelle il n’y a pas d’échappatoire. L’incapacité où sont les gouvernements de tous nos pays de mettre fin aux causes de l’exode (quand ils ne contribuent pas à les aggraver) ne les exonère pas du devoir de secourir et d’accueillir les réfugiés en respectant leurs droits fondamentaux, qui sont inscrits avec le droit d’asile dans les déclarations et les conventions fondant le droit international.

A quelques exceptions près cependant – l’initiative exemplaire de l’Allemagne, qui n’a toujours pas été suspendue à ce jour, d’ouvrir ses portes aux réfugiés syriens ; l’effort gigantesque de la Grèce pour sauver, accueillir et convoyer les milliers de rescapés qui chaque jour accostent sur ses rivages, alors que son économie a été plongée dans une austérité dévastatrice ; la bonne volonté démontrée du Portugal pour recueillir une part des réfugiés stationnant en Grèce – les gouvernements européens se sont refusés à prendre la mesure de la situation, à l’expliquer à leurs opinions publiques et à organiser la solidarité en dépassant les égoïsmes nationaux.

Au contraire, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, ils ont rejeté le plan minimal de répartition des réfugiés élaboré par la Commission, ou se sont employés à le saboter. Pire, ils se sont engagés dans la répression, la stigmatisation, la brutalisation des réfugiés et des migrants en général. La situation de la « jungle » de Calais, suivie maintenant de son démantèlement par la force, au mépris de la lettre et de l’esprit d’une décision de justice, en est une illustration scandaleuse, mais non la seule.

Par contraste, ce sont les simples citoyens d’Europe et d’ailleurs : pêcheurs et habitants de Lampedusa et de Lesbos, militants des associations de secours aux réfugiés et des réseaux de soutien aux migrants, foyers d’hébergement laïques ou religieux, relayés par des artistes et des intellectuels, qui ont sauvé l’honneur et montré la voie d’une solution. Ils se heurtent cependant à l’insuffisance des moyens, à l’hostilité parfois violente des pouvoirs publics, et doivent faire face, comme les réfugiés et les migrants eux-mêmes, au développement rapide d’un front européen de la xénophobie, allant d’organisations violentes, ouvertement racistes ou néo-fascistes, jusqu’à des leaders politiques « respectables » et des gouvernements de plus en plus gagnés par l’autoritarisme, le nationalisme et la démagogie.

Deux Europe totalement incompatibles sont ainsi face à face, entre lesquelles il faut désormais choisir.

Cette tendance xénophobe à la fois meurtrière pour les étrangers et ruineuse pour l’avenir du continent européen comme terre de liberté doit s’inverser immédiatement. Alors qu’il y a dans le monde 60 millions de réfugiés, le Liban et la Jordanie en accueillent un million chacun (respectivement 20 % et 12 % de leurs populations), la Turquie 2 millions (3 %). Le million de réfugiés arrivé en 2015 en Europe (l’une des plus riches régions du monde, en dépit de la crise) ne représentent que 0,2 % de sa population !

Non seulement les pays européens, pris ensemble, ont les moyens d’accueillir les réfugiés et de les traiter dignement, mais ils doivent le faire pour continuer à se réclamer des droits de l’homme en tant que fondement de leur constitution politique. C’est aussi leur intérêt s’ils veulent commencer à recréer, avec tous les pays de l’espace méditerranéen qui participent de la même histoire et des mêmes héritages culturels depuis des millénaires, les conditions d’une pacification et d’une vraie sécurité collective. Et c’est la condition pour que le spectre d’une nouvelle époque de discriminations organisées et d’élimination des humains « indésirables » recule pour de bon au-delà de notre horizon.

Nul ne peut dire quand et dans quelle proportion les réfugiés retourneront « chez eux », et nul ne doit sous-estimer la difficulté du problème à résoudre, les résistances qu’il engendre, les obstacles voire les risques qu’il comporte. Mais nul ne peut ignorer non plus la volonté d’accueil des populations et la volonté d’intégration des réfugiés. Nul n’a le droit de déclarer le problème insoluble pour mieux s’y dérober.

Des mesures d’urgence de très grande ampleur s’imposent donc immédiatement.

Le devoir d’assistance aux réfugiés du Moyen Orient et d’Afrique dans le cadre d’une situation d’exception doit être proclamé et mis en œuvre par les instances dirigeantes de l’UE et relayé par tous les pays membres. Il doit être consacré par les Nations-Unies et faire l’objet d’une concertation permanente avec les États démocratiques de toute la région.

Des forces civiles et militaires doivent être engagées, non pour mener une guérilla maritime contre les « passeurs », mais pour porter secours aux migrants et arrêter le scandale des noyades en mer. C’est dans ce cadre qu’il faut éventuellement réprimer les trafics et condamner les complicités dont ils bénéficient. Car c’est l’interdiction de l’accès légal qui engendre les pratiques mafieuses et non l’inverse.

Le fardeau des pays de premier accueil, et notamment la Grèce, doit être immédiatement allégé. Leur contribution à l’intérêt commun doit être reconnue. Leur isolement doit être dénoncé et renversé en solidarité active.

La zone de libre circulation de Schengen doit être préservée, mais les accords de Dublin qui prévoient le refoulement des migrants vers le pays d’entrée doivent être suspendus et renégociés. L’UE doit faire pression sur les pays danubiens et balkaniques pour qu’ils rouvrent leurs frontières, et négocier avec la Turquie pour qu’elle cesse d’utiliser les réfugies comme alibi politico-militaire et monnaie d’échange.

Dans le même temps, des moyens de transport aériens et maritimes doivent être mis en œuvre pour transférer tous les réfugiés recensés comme tels dans les pays du « Nord » de l’Europe qui peuvent objectivement les recevoir, au lieu de les laisser s’accumuler dans un petit pays qui menace de devenir un immense camp de rétention pour le compte de ses voisins.

A plus long terme, l’Europe – confrontée à l’un de ces grands défis qui changent le cours de l’histoire des peuples – doit élaborer un plan démocratiquement contrôlé d’aide aux rescapés du massacre et à ceux qui leur portent secours : non seulement des quotas d’accueil, mais des aides sociales été éducatives, des constructions de logements décents, donc un budget spécial et des dispositions légales garantissant les droits nouveaux qui insèrent dignement et pacifiquement les populations déplacées dans les sociétés d’accueil.

Il n’y a pas d’autre alternative que celle-ci : hospitalité et droit d’asile, ou barbarie !

3 Mars 2016

Cet appel est initié par, notamment : Michel AGIER (France), Horst ARENZ (Allemagne), Athéna ATHANASIOU (Grèce), Chryssanthi AVLAMI (Grèce), Walter BAIER (Autriche), Etienne BALIBAR (France), Marie BOUAZZI (Tunisie), Hamit BOZARSLAN (France, Turquie), Judith BUTLER (Etats-Unis), Marie-Claire CALOZ-TSCHOPP (Suisse), Dario CIPRUT (Suisse), Edouard DELRUELLE (Belgique), Matthieu DE NANTEUIL (Belgique), Wolfgang-Fritz HAUG (Allemagne), Ahmet INSEL (Turquie), Nicolas KLOTZ (France), Justine LACROIX (Belgique), Amanda LATIMER (UK), Camille LOUIS (France), Giacomo MARRAMAO (Italie), Roger MARTELLI (France), Sandro MEZZADRA (Italie), Maria NIKOLAKAKI (Grèce), Josep RAMONEDA (Espagne), Vicky SKOUMBI (Grèce), Barbara SPINELLI (Italie), Etienne TASSIN (France), Hans VENEMA (Pays-Bas), Marie-Christine VERGIAT (France), Frieder Otto WOLF (Allemagne) »

 

http://www.transform-network.net/blog/blog-2016/news/detail/Blog/appeal.html

Welcome Refugees to Europe – A Moral and Political Necessity!

We citizens of the Member States of the European Union, of the Schengen Area, the Balkans, of the Mediterranean, and of the Middle East as well as citizens of other countries in the world, who share our concerns, are launching an emergency appeal to our co-citizens, to our government leaders and our representatives in national parliaments and in the European Parliament, as well as in the European Court of Human Rights and in the Office of the United Nations High Commissioner for Refugees:

The refugees must be rescued and welcomed !

For years now, immigrants from the southern Mediterranean fleeing poverty, war, and repression have been drowning at sea or been dashed against barbed wire. When they have succeeded in crossing the sea, after suffering extortion at the hands of smuggler rings, they are expelled, incarcerated, or thrown into clandestinity by the states who designate them as ‘dangers’ and ‘enemies’. Despite this, they are courageously persevering and helping each other to save their lives and create hope of a future.

But since the wars of the Middle East and especially in Syria have assumed the proportions of mass slaughter with no end in sight, the scale of the situation has altered. Held hostage between the warring parties, bombed, starved, and terrorised, entire populations have been thrown into a perilous exodus that, at the price of thousands more dead, pushes men, women, and children towards neighbouring countries and knocking at Europe’s doors.

This is a major historic and humanitarian catastrophe. It presents us with a responsibility of which there is no way out.

The incapacity of the governments of all our countries to put an end to the causes of this exodus (if they are not indeed contributing to their exacerbation) does not exonerate them of the obligation to save and welcome the refugees, while respecting their fundamental rights, which, with the right to asylum, are enshrined in the foundational declarations and conventions of international law.

However, with few exceptions – Germany’s exemplary initiative, an initiative that has still not been suspended today; and the gigantic effort by Greece to rescue, welcome, and escort the thousands of survivors who daily arrive on their shores, even if its economy has been plunged into devastating austerity; to which should be added Portugal’s willingness to relieve Greece’s burden with taking a share of refugees – Europe’s governments have refused to face the overall situation, to explain it to their populations, and to organise solidarity and go beyond national egoisms. On the contrary, from east to west and north to south, they have rejected the minimal plan for distributing the refugees worked out by the European Commission or are involved in sabotaging it. Worse, they are engaging in repression, stigmatisation, and the brutalisation of refugees and immigrants in general. The situation of the ‘jungle’ of Calais, followed now by its violent dismantling, in disregard for the spirit and letter of a court decision, is a scandalous, though not the only, illustration of this.

By contrast, it is the citizens of Europe and elsewhere – fishermen and inhabitants of Lampedusa and Lesbos, activists of refugee relief and immigrant support networks, lay and religious shelter centres, endorsed by artists and intellectuals – who have saved our honour and pointed the way to a solution. However, they are running up against insufficient means, and sometimes the hostility of public authorities, and they have to face, like the refugees and immigrants themselves, a rapidly growing European xenophobic front ranging from violent, openly racist or neo-fascist organisations to ‘respectable’ political leaders and governments increasingly overtaken by authoritarianism, nationalism, and demagoguery. Two completely incompatible Europes are facing each other, and from now on we have to choose between them.

This xenophobic tendency, which is deadly for the victims of violence and ruinous for the future of the European continent as an space of liberty must be reversed immediately.

With 60 million refugees in the world, Lebanon and Jordan receive a million of them each (representing, respectively, 20 per cent and 12 percent of their populations), and Turkey receives 2 million (3 per cent). The million refugees who arrived in Europe in 2015 (one of the richest regions in the world, despite the crisis) only represent 0.2 per cent of its population! Not only do the European countries, taken as a whole, have the means to welcome the refugees and treat them with dignity but they must do so in order to continue to lay claim to human rights as the foundation of their polities. It is also in their interest if they want to begin to recreate the conditions for peace and collective security, along with all the countries of the Mediterranean area that have shared the same history and same cultural heritage for thousands of years. And this is what has to be done to remove from our horizon, once and for all, the spectre of a new epoch of organised institutional discrimination and of the elimination of ‘undesirable’ human beings.

Nobody can say when and in what proportion the refugees will ‘go back home’, and nobody should underestimate the difficulty of the issue to be solved, of the resistance which it generates, and the obstacles and dangers it carries with it. But nobody can continue to ignore the will of the populations to receive refugees and the refugees’ wish to integrate. Nobody has the right to declare the problem unresolvable in order to evade it more easily.

Very large-scale emergency measures thus are needed immediately.

The task to provide assistance to the refugees from the Middle East and Africa in the framework of a state of emergency has to be proclaimed and implemented by the governing bodies of the EU and carried by all the Member States. It has to be upheld by the United Nations and be the object of a permanent consultation with democratic states of the whole region.

Civilian and military forces have to be deployed, not to carry out a coastal guerrilla action against the ‘smugglers’ but to bring aid to the immigrants and to put an end to the scandal of the drownings at sea. It is in this framework that it will possibly be necessary to crack down on the traffic and condemn the complicity that benefits from it. It is prohibiting legal access that generates Mafioso practices, and not the inverse.

The burden of the frontline receiving countries, in particular Greece, must immediately be relieved. Their contribution to the common interest must be recognised. For them, unacceptable isolation must be reversed into solidarity.

The Schengen free-circulation area must be preserved, but the Dublin Regulation that provides for pushing immigrants back to the entry country must be suspended and renegotiated. The EU should pressure Danube and Balkan countries to reopen their borders and negotiate with Turkey to convince it to stop using refugees as a political-military excuse and bargaining chip.

At the same time, air and sea transport has to be operated to transfer all the registered refugees to the northern European countries that are objectively able to receive them instead of letting them accumulate in a small country in danger of becoming a detention camp and a ‘dumping ground’ for humanity.

In the longer term, Europe – facing one of the great challenges that is changing the course of the history of peoples – has to develop a democratically controlled aid plan for the survivors of this huge slaughter and for those who are helping them. It has to establish not only receiving quotas but also social and educational aid, proper housing, and therefore a special budget and legal provisions guaranteeing new rights that embed the displaced populations in the receiving societies in a dignified and peaceful way.

There is no other alternative. It is either hospitality and the right to asylum or barbarism !

First Signatories: Michel AGIER (France), Horst ARENZ (Germany), Athéna ATHANASIOU (Greece), Chryssanthi AVLAMI (Greece), Walter BAIER (Austria), Etienne BALIBAR (France), Sophie BESSIS (Tunisia), Marie BOUAZZI (Tunisia), Hamit BOZARSLAN (France, Turkey), Judith BUTLER (United States), Claude CALAME (France), Marie-Claire CALOZ-TSCHOPP (Switzerland), Dario CIPRUT (Switzerland), Patrice COHEN-SEAT (France), Edouard DELRUELLE (Belgium), Matthieu DE NANTEUIL (Belgium), Meron ESTEFANOS (Erythrea), Wolfgang-Fritz HAUG (Germany), Ahmet INSEL (Turkey), Pierre KHALFA (France), Nicolas KLOTZ (France), Justine LACROIX (Belgium), Amanda LATIMER (UK), Camille LOUIS (France), Giacomo MARRAMAO (Italy), Roger MARTELLI (France), Sandro MEZZADRA (Italy), Toni NEGRI (Italy), Maria NIKOLAKAKI (Greece), Josep RAMONEDA (Spain), Judith REVEL (France), Vicky SKOUMBI (Greece), Barbara SPINELLI (Italy), Bo STRÅTH (Sweden), Etienne TASSIN (France), Mirjam VAN REISEN (The Netherlands), Hans VENEMA (The Netherlands), Marie-Christine VERGIAT (France), Frieder Otto WOLF (Germany), Mussie ZERAI (Erythrea) »

 

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