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LA QUINZAINE DES PASSEURS D’HOSPITALITÉS

La destruction de la partie sud du bidonville de Calais

Du lundi 29 février au mercredi 16 mars 2016, les habitations de presque trois mille cinq cent personnes ont été détruites dans le bidonville de Calais, par une simple décision administrative motivée par l’état d’urgence, à laquelle les tribunaux n’ont rien trouvé à redire. On est face à un acte dont l’ampleur rappelle des temps de guerre ou d’occupation militaire, la Palestine occupée ou la guerre d’Algérie. C’est donc licite, et ça peut recommencer demain à l’encontre de toute population que l’administration jugera indésirable.

Une large part des habitant-e-s de la partie sud du bidonville se sont réinstallées dans la partie nord, dont l’existence est en suspens. D’autres se sont dispersé-e-s entre Paris et d’autres lieux de passage, le long du littoral, de la Bretagne aux Pays-Bas, et le long des voies de communication menant au littoral. Ce qui provoque la réaction d’élus locaux, mais aussi des autorités belges qui décident de rétablir les contrôles aux frontières sur le littoral, en contravention des règles de fonctionnement de l’espace Schengen. Seules environs sept cents personnes ont été dans les dispositifs de relogement mise en place par l’État, camp de containers à Calais et « centres de répit » ou centres d’accueil et d’orientation dispersés partout en France.

L’annonce de la destruction de la partie sud du bidonville a soulevé de nombreuses prises de position dans les médias, et le démarrage de celle-ci des manifestations de solidarité en France et dans plusieurs pays. Sur le terrain la volonté des exilé-e-s de ne ps bouger s’est heurtée le premier jour à l’action violente de la police. Le troisième jour, un groupe d’exilés iraniens a engagé une grève de la faim, qui a duré 23 jours, mais a été peu soutenue.

Avant la destruction.

La préfète du Pas-de-Calais a annoncé la destruction de la partie sud le 12 février. Elle a publié un arrêté d’expulsion, justifié par l’état d’urgence dont cela constitue un nouveau détournement, le 19. Cela a suscité une série d’interpellations et de prises de position médiatiques, et un recours juridique.

Chronique de la destruction.

Elle a duré deux semaines et demies, en avançant méthodiquement, les agents de la préfecture disant aux habitant-e-s de partir, la police les chassant si les personnes ne sont pas parties assez vite, l’entreprise de destruction intervenant ensuite. Les premiers quartiers détruits ont été ceux où se trouvaient les lieux d’activité collectifs ou associatifs, préservé suite au jugement du tribunal administratif, qui se sont rapidement trouvés isolés au milieu du no-mans-land créé par les destructions.

Mobilisations et résistances.

La volonté de rester sur place a cédé le premier jour devant la violence de la police. Est restée la volonté de témoigner d’un certain nombre d’acteurs présents. Des manifestations de soutien ont lieu à Paris, Nantes, Villeneuve-de-Rouergue, dans plusieurs villes du Royaume-uni, en Suisse, Irlande, Australie. Mais le mouvement s’essouffle rapidement.

La grève de la faim.

Ni les prises de position médiatiques, ni les recours juridiques, ni la volonté initiale des exilé-e-s de rester sur place et de ne pas bouger face à la police n’ont pu arrêter la destruction. Un groupe d’exilés iraniens, dont les cabanes ont été détruites le premier jour, entame une grève de la faim, bientôt rejoints par d’autres. Ce sera la seule tentative notable d’enrayer le processus en cours, qui n’a reçu que très peu de soutien, tant il reste tabou que des exilé-e-s sortent de leur rôle de victime pour prendre la parole et viennent perturber ce qui se passe entre les associations et le gouvernement.

La Quinzaine des Passeurs d’hospitalités reprend les billets publiés sur le blog à propos de cet événement hors du commun par le nombre de personnes expulsées et dont les habitations et souvent les effets personnels ont été détruits.

Vous pouvez télécharger La Quinzaine des Passeurs d’hospitalités – La destruction de la partie sud du bidonville de Calais ici.

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