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La partie sud du bidonville de Calais a été détruite. La population de la partie nord augmente rapidement, elle atteindra dix mille habitants en septembre 2016. C’est dans ce contexte que naît le projet d’une formation au français dans le cadre de l’université de Lille s’adressant à des exilé-e-s du bidonville et les préparant à intégrer un cursus universitaire.

Passons sur les difficultés administratives et sur la question à résoudre des personnes en demande d’asile placées en procédure Dublin et risquant d’être expulsées vers le pays européen responsable de leur demande d’asile selon le règlement européen Dublin III. Mais au moment de la destruction finale du bidonville de Calais en octobre 2016 le ministre de l’intérieur trouve de bonne propagande de revendiquer ce programme comme une marque de l’humanité du gouvernement, juste avant de raser l’équivalent d’une ville de dix mille habitant-e-s et d’en disperser la population. Il vient alors à l’université, bien sûr entouré de médias.

En avril cette année, c’est l’Université du Littoral de la Côte d’Opale qui met en place un programme analogue de mise à niveau en France à Dunkerque s’adressant à des exilé-e-s du camp de Grande Synthe.

http://www.lavoixdunord.fr/164073/article/2017-05-17/du-camp-de-migrants-aux-bancs-de-l-universite-du-littoral

La question des demandeur-se-s d’asile en procédure Dublin se pose à nouveau. Mais aussi l’hébergement des étudiant-e-s est remis en cause, alors que le camp de réfugié-e-s a brûlé et que les exilé-e-s subsistent dans des conditions d’une extrême précarité, comme à Calais. Une pétition est lancée pour qu’ils et elles ne soient pas mis-es à la rue et puissent poursuivre leur apprentissage du français.

 

https://www.change.org/p/monsieur-le-pr%C3%A9fet-non-%C3%A0-l-exclusion-des-%C3%A9tudiants-r%C3%A9fugi%C3%A9s-de-l-ulco-par-le-pr%C3%A9fet

« Non! à l’exclusion des « étudiants réfugiés » de l’université par le préfet.

Les étudiants réfugies de Dunkerque exclus du dispositif universitaire de l’ULCO par le préfet  

Comment peut-on imaginer un instant renvoyer dans la « jungle », les étudiants réfugiés pour y passer la nuit après une journée de travail à l’université ?

C’est pourtant le sort qui leur est dorénavant réservé !

Pour répondre à l’appel du ministère de l’enseignement et de la recherche, l’université du littoral côte d’opale (ULCO) a mis en place un programme destiné aux demandeurs d’asile. Un cours de français (FLE) est démarré au début du mois de mai.

Suite à des tests de sélection, une vingtaine de personnes du camp de la linière à Grande-Synthe commence l’apprentissage pour une durée programmée de une année. A l’issue de ce cours les étudiants pourront poursuivre leurs études ou exercer leur métier.

Nous, bénévoles sur Dunkerque auprès des migrants, avions salué l’initiative courageuse de l’université du littoral à Dunkerque dans l’ouverture de cette formation FLE. Nous nous sommes alors fortement impliqués dans l’installation des étudiants dans les logements libres de la résidence universitaire, dans nos associations respectives.

Sur le camp Grande-Synthe, nous avions déjà fait connaissance avec Aram, Leith, Hani, Majid, Vahid, Alireza et Canaan et les autres. Tous ces étudiants ont été sélectionnés pour ce programme universitaire ambitieux. Comme beaucoup d’autres réfugiés de la région nous les avions côtoyés régulièrement sur le camp de la linière depuis plusieurs mois. Distribution des repas, apprentissage du français, accompagnement dans les méandres de l’administration pour les demandes d’asile, nous n’avons pas ménagé notre peine pour les accompagner dans ce projet.

Tout allait pour le mieux !

C’était sans compter sur la décision d’expulsions envers les étudiants réfugiés décrétée par le préfet. Cette décision autoritaire nous révolte et met aujourd’hui gravement en péril le noble projet de départ.

Depuis une bonne semaine, il ne se passe pas un jour sans que les étudiants, en réelle panique, ne s’adressent à nous sans exprimer leur désarroi et leur incompréhension devant l’ultimatum préfectoral qui leur est imposé, par l’intermédiaire des autorités universitaires.

Nous partageons avec eux ces incompréhensions et cette injustice.

Même si des dispositions légales justifieraient vos choix, Monsieur le préfet,  il subsiste une injustice insupportable dans leur interprétation avec le traitement qui a été appliqué à d’autres programmes similaires notamment sur la faculté de Lille fin 2016. Les étudiants réfugiés de Lille sous procédure « Dublin » (*) ou non, intégrés dans ce programme, sont tous soumis aux mêmes traitements tant pour de logement que pour l’aide aux demandeurs d’asile (ADA).

Monsieur le sous-préfet de Dunkerque, pourquoi faites-vous cette différence entre les réfugiés de Lille et ceux de Dunkerque ?

Monsieur le sous-préfet, vous savez bien que l’accueil et l’hébergement chez les bénévoles, qu’on nous suggère, sont certes généreux, mais ce n’est pas une solution politiquement acceptable.

On ne peut plus aujourd’hui revenir sur la promesse donnée.

Il ne s’agit pas, vous le savez bien que de quelques cours de français, mais bien d’un projet de vie qui a eu le temps de mûrir dans leur esprit depuis leur arrivée à Dunkerque.

Nous ne pouvons pas laisser l’opinion publique croire à la seule vérité tronquée de l’article de presse dans le journal la Voix du Nord de mercredi 17 mai dernier. Nous n’osons pas nommer les sentiments que les étudiants pourraient avoir à notre égard si l’expulsion était effective, mais nous imaginons assez bien la honte qui nous habiterait alors.

Au-delà de ces sentiments, c’est juste l’avenir d’une vingtaine d’êtres humains que nous démolissons une nouvelle fois, comme s’ils n’en avaient pas suffisamment subit.

Un programme humanitaire remarquable a été initié aujourd’hui à Dunkerque auprès de jeunes réfugiés d’Irak, d’Iran et d’Afghanistan et nous avons contribué largement, avec enthousiasme, à son accomplissement. Nous refusons aujourd’hui que vôtre seule volonté le mette en péril, au mépris des valeurs humaines que la France proclame.

Nous vous demandons de renoncer à cette expulsion afin qu’avec concertation et sans précipitation nous puissions accueillir comme promis ces étudiants. »

 

Pierre-Auguste Renoir : La liseuse.

 

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