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Départ aujourd’hui des mineurs hébergés dans le camp de containers mis en place par décision de l’État à côté du bidonville de Calais maintenant rasé. Sur l’ancien site du bidonville, le ballet des pelleteuses déblayant les derniers débris et des camions les emmenant croise celui des autocars qui viennent prendre et emmènent les jeunes vers une destination qu’ils ne connaissent pas ou n’ont pas comprise. Dans chaque bus, deux personnes avec un gilet « UK OFFICIAL » fluorescent, pour les rassurer ou les appâter d’une perspective de passage légal au Royaume-uni. Sauf que dans ces centres  on ne voit pas bien qui va les aider à faire un recours contre une éventuelle réponse négative et à faire valoir leurs droits.

En milieu de matinée, l’association qui gère à la fois le camp de containers et le lieu de mise à l’abri des femmes et des enfants, à quelques centaines de mètres de là, s’aperçoit que les deux ne sont pas des mondes étanches, qu’il peut y avoir une sœur ici, un frère là, la mère et les enfants petits à Jules Ferry et le fils adolescent dans les containers, ou un marri quelque part dans les bosquets environnants puisque le bidonville a été détruit. Une dimension nouvelle du chaos de cette expulsion en mode accéléré. Quand on met en place une logistique évacuer 1800 personnes en 8 heures et 30 minutes on oublie parfois quelques détails humains – du coup des solutions devaient être trouvées dans la journée pour y remédier.

Mais au-delà et sur le fond reste le fait que ce déplacement de mineurs se fait en dehors de tout cadre légal, tout comme l’était leur hébergement dans le camp de containers et comme le sera celui dans les Centres d’Accueil et d’Orientation pour Mineurs Étrangers Isolés où ils ont été conduits.

Le tribunal de grande instance de Boulogne/mer a donc été saisi, et l’audience aura lieu demain jeudi à 9h30.

Voici le communiqué qui accompagne ce recours :

 

« Dispersion des mineurs isolés de la « jungle » : la préfète du Pas-de-Calais assignée devant le tribunal de grande instance

Depuis ce matin, les mineurs regroupés dans le CAP (centre d’accueil provisoire) de la « jungle » de Calais sont transférés par bus dans des centres disséminés un peu partout en France. Cette opération, qui vise à vider définitivement le site dit de la Lande de tout migrant, est organisée dans un climat de tension et de précipitation bien peu conforme aux annonces officielles qui, depuis une semaine, veulent faire croire à une « opération humanitaire » qui se passerait dans les « meilleures conditions ».

Cette dispersion dans des lieux improvisés et inadaptés à l’accueil de personnes mineures, décidée par la Préfète du Pas-de-Calais sans concertation avec l’autorité judiciaire ni les services de l’aide sociale à l’enfance, équivaut à se débarrasser du « problème » en plaçant des mineurs particulièrement vulnérables dans une situation qui risque de devenir encore plus dangereuse pour eux que la situation actuelle [1]

C’est pourquoi l’ADDE (Avocats pour la Défense des Droits des Etrangers), le SAF (Syndicat des Avocats de France) et le GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés) ont déposé une demande d’autorisation d’assignation en référé d’heure à heure (en urgence) de la Préfète du Pas-de-Calais auprès du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer pour faire cesser ces déplacements d’enfants en dehors de tout cadre légal. Le président du TGI a fixé l’audience ce jeudi 3 novembre à 9h30.

Voir aussi :

[1Voir aussi les recommandations de ce jour du Comité des Nations Unies sur les droits de l’enfant, qui estime que « les gouvernements français et britanniques ne sont pas à la hauteur de leurs obligations en matière de droits de l’enfant ». »

 

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