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Après avoir passé des mois dans le bidonville de Calais, il vient enfin d’obtenir une précieuse place d’hébergement en CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile). Il arrive dans les bureaux de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration). L’employé consulte l’ordinateur et dit : « Vous venez d’obtenir le statut de réfugié. Vous ne relevez plus du dispositif d’accueil des demandeurs d’asile. J’annule donc votre place en CADA. » Il retourne alors au bidonville. Jusqu’à quand ?

Vous avez essayé sans succès pendant quelques mois de passer en Angleterre, à bout de ressources et par défaut vous avez décidé de déposer une demande d’asile, vous êtes passé-e par toute les étapes pour arriver enfin au guichet de la sous-préfecture et entrer dans la procédure de demande d’asile. Vous avez de la chance, comme vous êtes à Calais, l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a traité plus rapidement votre demande. Lorsqu’une proposition d’hébergement dans le cadre du dispositif d’accueil des demandeurs d’asile arrive enfin, vous avez obtenu le statut de réfugié, vous ne relevez plus de ce dispositif, vous n’avez plus droit à cet hébergement, alors vous retournez au bidonville.

On savait déjà que le bidonville de Calais, créé par la volonté des autorités et sous la pression de la police, sert de lieu de stockage pour les demandeurs d’asile que l’État laisse sans hébergement. Que les autorités le considèrent comme une solution de relogement pour les personnes expulsées lors des évacuations de campement, comme ça a été le cas le 21 septembre.

Le bidonville est aussi le lieu où restent les personnes qui ont obtenu le statut de réfugié.

En effet, si l’État présente la demande d’asile en France comme la solution pour les exilé-e-s présent-e-s à Calais, les moyens pour que cette « solution » ait un semblant de crédibilité n’ont évidemment pas été débloqués. On sait mobiliser en quelques jours 100 ou 200 policiers ou gendarmes en renfort pour empêcher les gens de quitter la France, mais on ne sait pas embaucher une équipe de travailleurs sociaux pour mettre en place un accompagnement efficace, et on ne sait pas non plus héberger les personnes.

Ainsi, l’AUDASSE, l’organisme missionné par l’État pour accompagner les demandeurs d’asile, non seulement dispose de moyens insuffisants qui amènent un travail à la chaîne, non seulement n’a pas pour mission d’accompagner les recours devant la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile), mais n’a pas non plus pour mission d’accompagner les personnes qui obtiennent le statut de réfugié ou la protection subsidiaire. Seul le Secours catholique, qui accompagne une partie des demandeurs d’asile avec de faibles moyens, les accompagne au moins jusqu’au bout.

Vous venez d’obtenir vos papiers comme réfugié-e, vous devez faire les démarches auprès de la préfecture pour obtenir un récépissé, puis un titre de séjour, vous inscrire auprès des organismes sociaux, trouver un logement, apprendre le français, vous former et/ou chercher un travail.

À titre d’exemple, au mois de juin Pôle emploi avait déjà dépensé l’enveloppe prévue pour les cours de français aux réfugiés, donc plus de cours de français. Vous devez vous débrouiller seul-e, sans accompagnement, sans connaître la langue, en vivant à la rue.

À titre d’exemple, le SIAO (le service qui gère le 115, le numéro d’accès à l’hébergement d’urgence) aurait sur liste d’attente environs 200 personnes ayant obtenu le statut de réfugié ou la protection subsidiaire. Ce qui signifie – le recours au 115 n’étant pas efficace, peu de personnes y font appel – qu’il y a bien plus de réfugiés statutaires dans le bidonville. Et leur nombre ne peut qu’augmenter avec l’augmentation du nombre de demandes d’asile déposées à Calais.

Augmentation qui correspond à la politique voulue par l’État.

 

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