Mots-clefs

, , , , , ,

L’incendie du Centre d’information juridique, créé dans la partie sud du bidonville par l’Appel de Calais, est intervenu dans un climat gorgé de violence : l’expulsion de trois mille cinq cents personnes, dont trois cents enfants, et la destruction de leurs habitations, par une entreprise accompagnée par les forces de police, sous la supervision du sous-préfet.

Vendredi, les équipes du centre juridique menaient leur travail d’information en plein air, au milieu d’un paysage dévasté, devant les cendres fumantes du bâtiment en bois qui avait jusque-là accueilli leurs activités.

Et leur activité continuera, comme l’affirme ce communiqué de presse, qui témoigne aussi du climat d’intimidation qui régnait pendant ces jours de destruction :

 

https://blogs.mediapart.fr/maadifalco/blog/180316/cabane-juridique-calais-entrave-la-mission-des-defenseurs-des-droits-de-lhomme

« Nous, le Centre Juridique de l’Appel de Calais, exprimons notre indignation face à cette attaque contre le seul lieu d’accès au droit disponible pour les exilés du bidonville de Calais. Après les maisons incendiées, le théâtre démonté, le centre des femmes et des enfants poussé à quitter son emplacement, voilà que notre cabane juridique qui résistait au démantèlement, brûle à son tour.

CENTRE JURIDIQUE DE L’APPEL DE CALAIS :

ENTRAVE A LA MISSION DES DEFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME

Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés.

Aujourd’hui, le 17 Mars 2016, peu avant 18h, un incendie criminel s’est déclaré dans la cabane du Centre Juridique de l’Appel de Calais. Cette cabane en bois construite par Charpentiers Sans Frontières, grâce à un financement participatif, a entièrement brûlé.

Nous, le Centre Juridique de l’Appel de Calais, exprimons notre indignation face à cette attaque contre le seul lieu d’accès au droit disponible pour les exilés du bidonville de Calais. Après les maisons incendiées, le théâtre démonté, le centre des femmes et des enfants poussé à quitter son emplacement, voilà que notre cabane juridique qui résistait au démantèlement, brûle à son tour. Mais l’équipe est résolue à poursuivre sa mission au sein du bidonville, avec ou sans cabane. 

Composé d’avocats et juristes européens, ce centre représente un formidable mouvement d’union autour de la défense de l’accès aux droits fondamentaux des exilés du bidonville de Calais.

Face au démantèlement, cette cabane juridique faisait l’objet d’une protection prononcée par ordonnance du juge des référés de Lille en date du 25 février 2016. Depuis sa création le 11 janvier 2016, les avocats et juristes de ce centre ont reçu près de 600 exilés, dont plus de 200 mineurs. 250 exilés victimes de violences civiles et policières ont également été enregistrés. Ces entretiens ont pour 23 cas fait l’objet de dépôt de plaintes. La majorité de ces dossiers sont actuellement étudiés par l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN).

Le démantèlement de la zone sud de la jungle, détruisant tous ses habitats, a vidé de leur substance « les lieux de vie » pourtant protégés par l’ordonnance du juge. Il a rompu le lien de proximité entre les habitants et les lieux de vie, essentiels à l’existence d’un lien social. Il a forcé les habitants de la zone sud à se déplacer dans la zone nord, et à s’éparpiller dans différentes jungles de la région. D’après le recensement associatif mené par l’Auberge des Migrants, le Secours Catholique et nous-même, peu d’entre eux ont trouvé refuge dans les camps de l’État, qu’il s’agisse des conteneurs (1500 places) ou des centres d’accueil et d’orientation (CAO).

Cet incendie intervient après la conférence de presse du mercredi 16 mars, organisée par le Centre Juridique, et qui avait pour objet :

  • d’exposer le désert social créé autour des « lieux de vie » protégés par l’ordonnance de référé du Tribunal Administratif de Lille et de dénoncer la définition restrictive et absurde qui en est donnée, ceux-ci s’entendant uniquement des « services à caractère social ou culturel » sans qu’un habitat ne soit qualifié de « lieu de vie » ;
  • de demander aux gouvernements français et anglais d’appliquer leur promesse, formulée lors du sommet d’Amiens du 3 mars 2016, de procéder à la réunification familiale des mineurs isolés et des adultes présents sur le bidonville de Calais ayant de la famille en Angleterre, et d’accompagner cette promesse de garanties écrites sur les délais, les critères applicables et les procédures ;
  • d’annoncer que le Centre Juridique défend les intérêts des 9 iraniens en grève de la faim depuis le 2 mars, l’une de nos avocates étant actuellement en négociation avec les autorités françaises ;
  • de dénoncer la reprise des violences policières et civiles à l’encontre des exilés, qui avaient pourtant cessé immédiatement après la conférence de presse du Centre Juridique du 12 février 2016 ;
  • d’exposer le décalage entre les promesses de l’État et l’application concrète de ces mêmes promesses. Monsieur Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur s’était engagé le 19 février 2016, dans une lettre adressée aux associations, à procéder à un démantèlement progressif et à apporter une solution à chaque exilé expulsé. En réalité, le démantèlement s’est déroulé de façon précipitée et brutale, en une dizaine de jours, à coup de pelleteuses, d’arrestations, et de harcèlement auprès des exilés et des bénévoles ;
  • de constater l’insuffisante présence des maraudes sociales de l’OFII, de l’OFPRA et d’associations missionnées par l’État (exemple de maraude dans la jungle: https://vimeo.com/158183028).

Cet incendie intervient également après une série d’intimidations à notre encontre par les forces de l’ordre ainsi que par des groupes extrémistes racistes :

  • Le 12 février, après avoir dénoncé en conférence de presse l’impunité des violences policières et civiles à l’encontre des migrants (notamment des faits d’enlèvement, de torture et simulacre d’exécutions sur des mineurs), des appels à la haine et aux meurtres ont été proférés sur les réseaux sociaux à l’encontre de Marianne Humbersot, la chef de mission et de Raymond Blet, avocat honoraire de la cabane juridique qui l’accompagnait, preuves à l’appui.
  • Le vendredi 11 mars, Marianne Humbersot a interpellé le sous-préfet et le commissaire de police de Calais à propos de l’illégalité manifeste dans laquelle exerçaient les forces de police placées sous leur commandement, alors qu’elles accompagnaient l’entreprise de démantèlement des derniers restaurants de la zone sud. En effet, elle a constaté que l’habitude avait été prise par les CRS chargés du démantèlement d’exercer sans matricule visible. Le port du matricule est pourtant une obligation légale relevant d’un arrêté du 24 décembre 2013. Alors qu’elle filmait cette absence de matricule, les CRS l’ont agressée physiquement et ont tenté de détruire son téléphone portable.

    Une vidéo a été mise en ligne le jour même sur les réseaux sociaux. Suite à cette diffusion, des appels au meurtre ont été proférés à l’encontre de Marianne Humbersot, preuves à l’appui. Elle est visible sur le site de Polyvalence.

https://www.youtube.com/watch?v=2Z2Pldk3fYo&index=32&list=PLppspEuAPzkmZ5GOKBCH_jG7UmJVqPapA
https://www.youtube.com/watch?v=BEXpA5Cb_Os&index=33&list=PLppspEuAPzkmZ5GOKBCH_jG7UmJVqPapA

  • Ce même vendredi 11 mars, une heure après l’altercation entre Marianne Humbersot et le sous-préfet du Pas-de-Calais, un incendie de grande ampleur a décimé les derniers restaurants encore en place dans la zone sud, accélérant considérablement l’avancée du démantèlement. Alors que la cabane était située hors du périmètre de l’incendie, à plus de 500 mètres, des CRS nous ont demandé d’évacuer le lieu. Inquiétés par l’injonction des CRS, nous avons pris la précaution de mettre à l’abri dès le soir même tous nos dossiers et documents de travail.
  • La nuit du vendredi au samedi 12 mars, le cadenas de notre cabane a été proprement sectionné, et depuis cette date il a été sectionné 4 fois. Notre centre lui, a été visité et pillé à plusieurs reprises, constituant les premières attaques en trois mois d’existence.
  • Le samedi 12 mars, vers 13h, les CRS ont empêché pendant plus d’une demi-heure les exilés de se rendre à notre centre. Ce n’est qu’après un appel passé par Marianne Humbersot à la préfecture que cette action des CRS a cessé. Mais à partir de 14h et pendant près d’une heure, un groupe de CRS s’est posté et accoudé au Centre Juridique. Après les avoir interrogé sur la raison de leur présence, ils nous ont expliqué avoir pour mission d’assurer la sécurité de notre lieu, alors que celui-ci n’a jamais fait l’objet d’effraction ni d’attaque en notre présence. Cette opération a eu pour conséquence de dissuader les exilés de se rendre au Centre Juridique pour le reste de la journée.
  • Enfin, ce jeudi 17 mars, peu avant 18h, alors que nos équipes venaient de quitter les lieux, un incendie criminel s’est déclaré depuis l’intérieur de notre Centre Juridique, sans que rien, en son sein, n’ait pu permettre au feu de démarrer par lui-même.

Nous, le Centre Juridique, affirmons que :

  • Nous ne céderons à aucune pression.
  • Nous qualifions cet incendie de criminel, en attestent les flammes provenant de l’intérieur de la cabane.
  • Nous considérons qu’il s’agit d’une attaque à l’encontre des membres du Centre Juridique qui sont les défenseurs des droits de l’Homme, des citoyens bénévoles qui ne peuvent accepter que perdure le non-droit sur le territoire français.
  • Nous exprimons notre soutien aux structures qui se maintiennent sur la zone sud et saluons l’action des associations indépendantes intervenant sur le bidonville.
  • Nous demandons une enquête parlementaire sur la question du traitement des exilés par l’Etat français au regard des dispositions du droit français, du droit européen et du droit international.
  • Nous affirmons que le Centre Juridique poursuivra sa mission dans le bidonville dès aujourd’hui, avec ou sans cabane.


  • Pour nous soutenir : https://www.leetchi.com/c/solidarite-appeldecalais »

 

Centre juridique noms À l’intérieur du Centre d’information juridique, avant l’incendie, les noms d’une partie des personnes qui sont passées là. Comme le note un commentaire : « Tous n’y ont pas laissé leur prénom, mais comme pour tous les exilés qui y ont passé un moment à rechercher un réconfort, leur empreinte reste dans le bois. Et qui sait peut-être ce bois servir a-t-il à fabriquer un bateau qui permettra aux migrants d’atteindre les rivages pour lesquels ils ont tant de fois risqué leur vie ? » Photo association Polyvalence.

Publicités