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L’annonce par le gouvernement britannique qu’il allait abonder à un fonds pour la sécurisation du port de Calais à hauteur de 15 millions d’euros sur trois ans renforce le parallèle entre la situation que nous vivons depuis le début de l’année et celle de 2009.

2009 : depuis le dernier trimestre de l’année précédente, le nombre d’exilés présents à Calais augmente fortement. Il s’agit alors principalement d’Afghans. Le campement le plus important, qui sera médiatisé comme « la jungle de Calais », se trouve dans la zone industrielle des Dunes, comme actuellement. Les conditions sanitaires étant particulièrement précaires, la gale se développe, et les autorités mettent en place une opération de traitement largement cosmétique. Une séquence médiatique se développe au long de l’année, avec la représentation des « migrants massés à la frontière », et des temps forts rythmés par le ministre de l’immigration de l’époque, Éric Besson, jusqu’à la destruction « finale » des campements. Le ministre articule son discours entre « fermeté » (destruction des campements, expulsions vers le pays d’origine, et cette chose imprécise qu’est  le « démantèlement des filières de l’immigration clandestine ») et « humanité » (demande d’asile, infrastructures humanitaires légères). En arrière-fond, une négociation franco-britannique porte sur les aspects répressifs et sur un partage des coûts d’équipement et d’infrastructure pour le contrôle de la frontière.

2014 : à quelques variations prêt, on retrouve les mêmes éléments. L’augmentation du nombre d’exilés, amorcée au cours du dernier trimestre 2013. Cette fois il s’agit principalement d’Africains de l’est. La dégradation des conditions de vie entraine à nouveau une épidémie de gale. Une opération cosmétique de traitement sert à donner un verni humanitaire à une première vague de destruction de campements (le 28 mai), suivie d’une seconde un mois plus tard (le 2 juillet), avec rafle et tentative d’expulsion vers le pays d’origine.

La séquence médiatique est par contre beaucoup plus chaotique. Manuel Valls vient finalement à Calais en décembre 2013 après plusieurs mois d’hésitation. Il est ensuite nommé premier ministre, et son successeur est quasiment invisible jusqu’à cette rentrée. C’est le préfet qui est à la manoeuvre, probablement sous le coup d’injonctions contradictoires. On passe ainsi du dialogue pour la recherche de solutions au printemps (mais on est avant les élections) à la répression la plus brutale (après les élections). Les hésitations portent aussi sur la médiatisation ou non, et comment. Du coup la maire de Calais prend une place dans le jeu médiatique disproportionnée par rapport à son rôle réel. Le mouvement de soutien aux exilés, les exilés eux-mêmes, l’extrême-droite radicale avec Sauvons Calais, s’y font également une place.

Résultat à la fois de l’augmentation du nombre d’exilés et des expulsions de squats et campements des 28 mai et 2 juillet, la tension autour du port augmente et domine la scène médiatique pendant l’été.

Au final, le gouvernement britannique fait ce qui était attendu de lui : il paye. La déclaration franco – britannique du 20 septembre prévoit qu’il alimente à hauteur de 5 millions d’euros par an pendant trois ans un fonds destiné aux mesures de contrôle de la frontière. Moyennant quoi, comme la Libye le fait en étant rétribuée par l’Italie et l’Union européenne, la France se charge d’empêcher les exilés de traverser la mer, et mène sur son territoire une politique de dissuasion, violations des droits de l’homme comprises.

Le communiqué du ministère français de l’intérieur présente, à côté des aspects répressif et financier, le volet « humanité », reposant comme en 2009 sur l’asile d’une part, et sur des infrastructures humanitaires a minima de l’autre, en l’occurrence un centre de jour.

La mise en place de celui-ci semble à l’heure actuelle reposer sur l’improvisation et le flou le plus total (voir ici). Quand à l’asile, la dégradation des conditions d’accueil (délais d’accès aux guichets des préfectures, carences de l’hébergement, désorganisation de l’accompagnement) en fait plus une difficulté supplémentaire qu’une solution. Ce volet « humanité » a, du fait de l’État, encore moins de crédibilité qu’en 2009.

Le gouvernement britannique ayant décidé de payer, les figurants, les exilés, dont « l’afflux massif » et les « assauts » servaient de moyen de pression, peuvent quitter la scène. Soit que l’État laisse la pression retomber, en renonçant pour un temps aux expulsion de campements et en laissant les associations rendre les conditions de vie moins invivables, sachant qu’avec la mauvaise saison les traversées de la Méditerranée et à la suite les arrivées à Calais devraient diminuer.

Soit au contraire il consacre l’automne aux destructions de campements, aux rafles et aux expulsions vers les pays de transit ou d’origine. Dans ce cas, la création d’un centre de jour aurait principalement pour but de calmer les associations.

À lire la déclaration franco-britannique, cette dernière hypothèse est la plus vraisemblable.