Mots-clefs

, ,

Malgré tous les contrôles, un exilé est entré dans le Tunnel sous la Manche ce mardi, l’a traversé à pied, et n’a été arrêté par les Britanniques que près de l«a sortie à Folkestone.

http://www.nordlittoral.fr/faits-divers/un-migrant-atteint-l-angleterre-a-pied-par-le-tunnel-ia0b0n231587

C’est arrivé juste après que les ministres de l’intérieur français et britannique aient publié une déclaration commune disant entre autres :

« Toutes ces mesures vont dans le même sens et envoient un signal fort : nos frontières sont sûres »

http://www.lejdd.fr/International/Europe/Migrants-Paris-et-Londres-font-bloc-744906

Cet homme nous offre un rappel à la réalité, ridiculisant les rodomontades des ministres conjoints.

Cette déclaration inter-ministérielle, qui oscille entre autosatisfaction et emphase dramatique, contient d’autres perles. Par exemple :

« Pour la France comme pour le Royaume-Uni, les choses sont claires : mettre fin à cette situation est une priorité absolue. »

En politique intérieure, le chômage n’est qu’une bagatelle insignifiante, face à la perturbation que la présence de trois mille exilé-e-s à Calais cause à l’ordre du monde. En politique extérieur, la guerre en Syrie disparaît des radars devant le fardeau insupportable que représentent quelques dizaines de réfugiés syriens qui viennent passer la frontière britannique. « Les migrants, vous dis-je » répètent nos Diafoirus associés, penchés au chevet de la soixantaine de millions d’habitants de leurs pays respectifs.

L’article de Nord Littoral révèle quelques autres éléments savoureux.

La direction d’Eurotunnel, accusée de laxisme dans ses tâches de contrôle par le ministre de l’intérieur français, lui-même accusé de laxisme par les Britanniques, oscille entre auto-justification et rage.

Auto-justification, les auteurs de l’article rapportent que « Dès le déclenchement de l’alerte, un train de test et des agents de contrôle ont été envoyés côté français, en vain. Une fouille très poussée qui ne permet pas de trouver le migrant, trop rapide. Une deuxième inspection sera lancée en fin de matinée, sans résultat. » On a tout mis en œuvre, mais le « migrant » allait plus vite que le train envoyé à sa recherche. Et il est vrai que dans Le Lièvre et tortue, c’est la suffisance du lièvre qui lui fait perdre la course.

Rage :« la force de la loi sera utilisée et justice rendue »,« non seulement il a couru un risque significatif de blessures graves et la mort, mais il a aussi perdu toute possibilité de demander l’asile et de trouver du travail en Angleterre. » L’homme qui a ridiculisé les contrôles devra payer !

Et on sent là que parfois l’impuissance change de camp.

L’article donne aussi des chiffres, provenant de la police, qu’il est toujours intéressant d’interroger : « Environ 500 personnes ont été dénombrées aux abords du site, pour 600 tentatives d’intrusion, dont 44 repoussées, selon une source policière. »

Rappelons le contexte : des personnes essayent d’entrer de nuit par petits groupes dans un site de 640 ha bordé par des kilomètres de clôtures. Si « 500 personnes ont été dénombrées », il faut se dire qu’il y a aussi celles qui n’ont pas été vues. À rapprocher des 2000 (2200 selon Le Figaro, qui n’était pas présent sur place) – on ne sait plus s’il s’agit de « personnes » ou de « tentatives d’intrusion »  lancés aux médias en début de semaine dernière.

500 « personnes » pour 600 « tentatives d’intrusion », à rapprocher des débats de la semaine dernière pour tenter de rattraper ce chiffre de 2000 en expliquant qu’il s’agissait de personnes qui essayent plusieurs fois. Avec un ration de 5 pour 6, 2000 tentatives représenteraient quand même presque 1700 personnes en une nuit, soit plus de la moitié des exilé-e-s présent-e-s à Calais, demandeur-se-s d’asile compris-es, sur un seul lieu.

« 600 tentatives d’intrusion, dont 44 repoussées » ça veut dire 556 tentatives réussies, ça fait beaucoup d’échecs pour la police. Même si un zéro s’est perdu en route et qu’il faut lire 440, ça fait 30% d’échecs (pour la police), sans oublier les personnes qu’on ne voit pas, et qui ne sont pas comptées par définition.

Et en fait, si on se demande comment sont faits ces chiffres et quel est leur rapport avec la réalité, on en vient à penser : que compte-t-on, qui compte-t-on, de qui se moque-t-on ?

 

Pentax Digital Camera

Sur les murs qui parlent de l’occupation Galou.

Publicités