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Le camp de réfugié de la Linière, à Grande-Synthe, près de Dunkerque, unique camp de réfugiés en France, entre dans une période d’incertitude. Alors qu’une solution d’urgence a été mise à en place pour répondre à la situation humanitaire, il aurait pourtant été préférable de stabiliser la situation pour se donner le temps d’envisager des solutions plus durables. L’État et la mairie viennent d’annoncer qu’elles congédiaient l’association gestionnaire du camp, Utopia 56, pour permettre un meilleur contrôle, taxant celle-ci d’amateurisme.

Au fil des années l’ancien campement de Grande-Synthe accueillait de vingt à quatre-vingts personnes, jusqu’à l’été dernier. Le nombre d’habitant-e-s a rapidement augmenté pour atteindre les trois mille personnes à l’automne. La situation humanitaire a rapidement empiré, d’autant plus que la préfecture a interdit l’apport de tentes et de matériaux de construction pour des cabanes. L’État a également essayé d’empêcher la réalisation du projet de Médecins sans Frontières de créer sur un autre terrain un camp de réfugié-e-s aux normes internationales, soutenu par la municipalité.

Le rapport de force a permis la création de ce camp. Médecins sans Frontières ne souhaitait pas en assurer la gestion, aucune association ayant des savoir-faire dans ce domaine ne s’est portée volontaire, et c’est Utopia 56, impliquée depuis quelques mois à Calais, et ayant l’expérience de l’organisation logistique du festival des Vieilles Charrues en Bretagne, qui s’est proposée. Pour se faire, elle a su mobiliser des volontaires.

Pour que le camp puisse continuer à fonctionner, l’implication financière de l’État est nécessaire, la municipalité n’en ayant pas les moyens. À défaut d’avoir pu empêcher, l’État entend bien contrôler.

L’organisation actuelle du camp a permis l’installation de cuisines collectives et d’autres lieux d’activités, d’autres associations sont impliquées, des initiatives sont possibles, les habitant-e-s peuvent aménager leur cadre de vie, un centre juridique associatif est en projet. Si on se fie à l’expérience de Calais (voir ici et ), la prise de contrôle par l’État se traduit par une organisation sécuritaire, la réduction de l’autonomie des personnes accueillies et la mise à distance des solidarités.

L’attitude du maire est profondément ambiguë. Il se prévaut dans les médias de son camp humanitaires et affiche des valeurs d’hospitalités, mais annonce dans le même temps que lorsque des personnes quitteront le camp leur abri sera démonté, rendant impossible d’accueil de nouvelles personnes. Aucune solution alternative n’est par ailleurs proposée. Or nul ne peut savoir comment vont évoluer les arrivées d’exilé-e-s dans le Dunkerquois, et ça ne dépend que marginalement des conditions locales. Rappelons qu’il y avait trois mille personnes en novembre dans l’ancien campement dans des conditions extrêmement dégradées, et qu’il y a en a à peine plus de mille dans le nouveau camp aux normes internationales.

La France a l’un des taux d’acceptation des demandes d’asile les plus bas de l’Union européenne, l’État mène une politique de dissuasion qui passe par l’engorgement de la procédure d’asile, les « centres de répit » mis en place pour éloigner les personnes de Calais et Grande-Synthe sont trop mal organisés pour offrir une perspective fiable (voir ici, ici et ). L’État ne joue pas le jeu de l’accueil, et la question centrale n’est pas quelle association gestionnaire du camp, mais quelle politique d’hospitalité à Grande-Synthe.

http://www.lavoixdunord.fr/region/grande-synthe-l-etat-et-la-ville-veulent-remettre-de-ia17b47594n3504085

 

Camp Grande-SyntheLe camp de réfugié-e-s de la Linière à Grande-Synthe – photo Actes & Cités.

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