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Trois nuits de tension entre police et exilés autour du bidonville et de l’autoroute. Le porte-parole du ministère de l’intérieur désigne un responsable : le mouvement No Border, reprenant le mythe de l’ultra-gauche utilisé sous Sarkozy dans des périodes de difficultés politiques.

http://www.franceinfo.fr/actu/faits-divers/article/calais-des-militants-de-no-border-instrumentalisent-la-detresse-des-migrants-744715

Très opportunément, une vidéo de Itélé vient apporter l’apparence de vérité que donne l’image en appuis de la thèse du ministère :

http://www.itele.fr/france/video/calais-retour-au-calme-precaire-apres-une-serie-de-heurts-entre-refugies-et-policiers-143086

Première séquence : nous sommes route de Gravelines, sur le côté du terrain où se trouve du bidonville Les policiers sortent une personne qu’ils y ont arrêtée. Donc les policiers sont entrés dans le bidonville pour en exfiltrer des personnes, les arrestations n’ont pas pas été faites sur les lieux des tensions.

Effectivement, des bénévoles britanniques qui construisent notamment des abris pour les familles habitent sur place. Rien, dans les images qui sont montrées, ne dit qu’ils sont en rapport avec les tensions qui ont eu lieu.

Deuxième séquence : le responsable départemental de la police donne une interprétation des faits. Il est à noter qu’il ne parle jamais de faits établis, de preuves, de faisceaux de présomptions basées sur des éléments matériels. Les seuls éléments qui donnent une apparence de vérité à ses propos est sa fonction de responsable de la police.

Ce qui pose d’emblée une question : est-ce qu’il entre dans la fonction d’un responsable policier de désigner dans les médias un groupe de personnes comme les auteurs ou les instigateurs d’actes délictueux sans apporter aucun élément matériel permettant d’étayer ce qu’il dit ? De s’exprimer sur une enquête en cours si une enquête est ouverte concernant les actes délictueux supposés ? Et si aucune aucune enquête n’est ouverte, de quoi parle-t-il ?

En clair : police dont le travail est d’établir des faits et de fournir à la justice des éléments permettant de les qualifier et d’en identifier les auteurs ? Ou police politique qui relaye un discours de propagande ?

Troisième séquence : une personne est interviewée, à visage découvert, ses noms et qualités sont donnés. La traduction en français corrobore ce qui a été dit précédemment, des personnes européennes donnent aux exilé-e-s de quoi passer les grilles. Et « ça peut être violent ». En fait, on n’entend pas ce que dit la personne, sauf le tout début, puisque le son de sa voix est baissé jusqu’à devenir inaudible. A priori d’après le mouvement des lèvres ce qu’elle dirait en anglais ne correspondrait pas à ce qui est dit en français.

Mais plus grave : cette personne, retrouvée aujourd’hui affirme que ce qui est dit en français ne correspond pas à ce qu’elle a dit devant la caméra. On peut d’ailleurs s’étonner de que ce soient des bénévoles humanitaires qui sont ciblés et présentés comme des militants altermondialistes ou No Border.

À tout le moins, il faudrait que Itélé mette à disposition les rushs de l’interview avec la voix originale en anglais audible.

Quatrième et cinquième séquence : la police « incite » les « migrants » à retourner au camp, puis retour au calme. À part la scène, qui fait peu spontanée, d’un exilé poussé vers le bidonville, c’est le commentaire qui donne une signification aux images peu lisibles.

Bref, une vidéo qui donne de la vraisemblance mais qui n’établit rien.

Derrière, quand on sait que les personnes mises en cause risquent de se voir appliquer les procédures d’exception mises en place sous prétexte de lutte contre le terrorisme (garde-à-vue de 96h, etc…), on peut appeler à un peu plus de rigueur journalistique. Ce n’est pas une simple supposition, ces procédures ont déjà été utilisée dans le passé à l’encontre d’une infirmière, bénévole du Comité Fraternité Migrants d’Angres.

 

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