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Dans un contexte où tout est communication, le gouvernement a choisi l’anniversaire de la grande manifestation qui a suivi les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper-casher pour l’ouverture de son camp de container à Calais et pour annoncer qu’il autorisait finalement le camp de réfugiés que Médecins Sans Frontières veut installer à Grande-Synthe, près de Dunkerque. Une manière de détourner le regard des violations des droits en mettant en scène des mesures humanitaires que l’État est contraint de prendre sous la pression, et qu’il vide autant que possible de leur contenu d’accueil et d’humanité.

L’annonce de ce camp de container par le premier ministre lors d’une visite à Calais à la fin du mois d’août faisait suite à la mobilisation pendant deux mois de quatre associations humanitaires nationales, accompagnée d’une dénonciation de la situation, et à la médiatisation de la situation des exilé-e-s à Calais et en Europe. L’annonce en catastrophe de la création des « centres de répit » fait suite notamment à l’Appel de Calais lancé par 800 personnalités (voir ici, ici et ). Le camp de réfugié-e-s de Grande Synthe est le fruit de la mobilisation des associations, de la persévérance du maire de la ville, et de médiatisation d’une situation particulièrement scandaleuse (voir ici et ).

Les autorités ont fait preuve encore une fois de créativité sémantique pour nommer ce camp de container : Centre d’Accueil Provisoire. Qui dénote le déni d’une situation qui depuis 20 ans s’est ancrée dans le territoire, et qui ne devrait pas se gérer dans l’urgence, mais dans un souci de pacification et d’intégration de la présence permanente de ces voyageurs qui sont réunis là par les aléas de la politique migratoire britannique.

Entouré de grilles, gardé par des vigiles avec chien, sans possibilité de se laver, de cuisiner ou même de se faire un thé, fait de containers impersonnels, ce centre n’est pas un lieu d’accueil. Le système de contrôle des entrées par reconnaissance de la main provoque la méfiance des exilé-e-s, qui savent que leurs empreintes digitales sont utilisées contre eux pour faire obstacle à leur projet migratoire, et les contraindre à demander l’asile dans un pays que les personnes n’ont généralement pas choisi.

Donc, ça ne fonctionne pas. À la fin de la semaine dernière, 144 personnes s’étaient inscrites pour 1500 places, parmi les centaines de personnes qui y avaient une place réservée, parce qu’elles ont dû se déplacer en septembre pour laisser la place aux travaux de terrassement (la construction du camp de container s’est faite sur une partie du bidonville). Parmi les centaines de personnes considérées comme vulnérables et sensées être accueillies en priorité, pas de succès non plus.

Quand ça ne marche pas, l’État cogne. Une partie du bidonville, sous la rocade d’accès au port et le long de rues voisines, doit être évacuée et détruite, les habitant-e-s seront relogé-e-s dans les containers. Bien entendu il n’y aucun jugement d’expulsion, l’État n’est même pas propriétaire du terrain, l’État est dans la plus parfaite illégalité. Il faut que ce soit fait en trois jours, pour remplir les containers et montrer que c’est un succès. Déjà les associations relais des autorités, la Vie active et l’Auberge des Migrants, s’activent pour faire partir les gens, bien sûr sans les informer de leurs droits.

http://www.lavoixdunord.fr/region/calais-le-nouveau-perimetre-de-la-jungle-ia33b48581n3265240

Donner aux exilé-e-s une information juridique leur permettant de se réapproprier leur parcours migratoire est justement le but du centre d’information juridique qu’ouvre l’Appel de Calais au cœur du bidonville, à deux pas du dôme du théâtre. Lancé le 20 octobre par 800 personnalités, il s’est continué par une présence régulière à Calais pour témoigner et faire connaître la situation.

https://www.facebook.com/appeldecalais

C’est à partir de cette présence et des rencontres tant avec des exilé-e-s qu’avec les différents intervenants associatifs que le collectif a pris conscience du manque d’information sur les droits et s’est fixé comme but d’y apporter une réponse. Une coordinatrice salariée et des juristes bénévoles vont se relayer dans un premier temps jusqu’au mois de mars, et probablement à plus long terme.

La cabane qui abrite ce centre d’information a été construite par Charpentiers sans frontières, et son activité a aussi débuté ce lundi 11 janvier.

Laurent Cantet, qui était présent, nous resitue la démarche de l’Appel de Calais :

http://audioblog.arteradio.com/post/3068407/appel_de_calais_-_laurent_cantet/

Et Marianne Humbersot présente le projet et l’activité débutante du centre d’information juridique :

http://audioblog.arteradio.com/post/3068408/appel_de_calais_-_marianne/

 

Cabane juridique légerDans le bidonville, la « cabane juridique » de l’Appel de Calais.

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