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Si les rafles quotidiennes qui conduisent des charretées d’exilés dans des centres de rétention aux quatre coins de la France restent dans l’ombre (voir ici, ici, ici, ici, ici et ), les autorités communiquent largement sur les « centres de répit » vers lesquels sont emmenés les exilés « volontaires » depuis lundi dernier.

C’est une mesure qui n’était pas prévue dans le plan annoncé par Manuel Valls lors de sa visite du 31 août à Calais. C’est donc une concession du gouvernement face au désastre médiatique (et humanitaire) qu’est le bidonville qu’il a voulu en concentrant les exilés sur un même site, au rapport du Défenseur des Droits, à la remobilisation des associations, à l’appel de 800 personnalités, à l’augmentation du nombre d’exilé-e-s à Calais et aux approches de la frontière.

Les visages d’exilés souriants conduits vers leur « nouvelle maison » donnent à voir le volet « humanité », tandis que les rafles tentent de pousser les exilé-e-s à quitter Calais, à demander l’asile, à disparaître, pour que la baisse de leur nombre puisse être présentée comme le succès des mesures de « fermeté ».

Ces « centres de répit » sont un dispositif exceptionnel, en dehors du droit commun, alors que l’accueil des exilé-e-s est un besoin permanent, qui appelle des solutions durables. Les autorités améliorent le sort des exilé-e-s qui s’éloignent de Calais pour ne pas améliorer la situation à Calais même.

À Istres, ou quarante personnes ont été transférées lundi, il est question d’apprentissage du français et de formation professionnelle. L’Afpa, qui les accueille, et la municipalité sont partie prenantes.

http://www.laprovence.com/article/edition-martigues-istres/3645010/istres-terre-daccueil-pour-40-refugies.html

On suppose que pour suivre cette formation professionnelle, les personnes concernées ont déjà un titre de séjour, ont déjà le statut de réfugié ou la protection subsidiaire. Plus de trois cent personnes étaient dans cette situation dans le bidonville de Calais. Elles n’avaient pas été hébergées pendant la durée de la procédure de demande d’asile, alors que l’État en avait l’obligation, et une fois qu’elles avaient reçu une réponse positive elles avaient été laissées là sans perspectives et sans accompagnement.

Il y a également dans le bidonville de Calais plusieurs centaines de demandeurs d’asile non-hébergé. L’État ne fait donc pas preuve de générosité, il commence simplement à remplir ses obligations légales en terme d’hébergement, trois cents personnes lundi dernier, quatre cent cinquante annoncées pour aujourd’hui vendredi, et l’opération devrait continuer ses prochaines semaines.

Un autre groupe a été envoyé à La Guerche-de-Bretagne, une commune rurale d’Ille-et-Vilaine.

https://goo.gl/maps/PcWb98jktK42

Il s’agit cette fois de demandeurs d’asile, qui devraient être accueillis là dans l’attente d’être répartis dans des CADA (Centres d’Accueil de Demandeurs d’Asile). Les officialités sont là pour les accueillir, un accompagnement semble être mis en place avec la Croix-rouge et le Secours catholique.

http://www.lejournaldevitre.fr/19645/les-48-soudanais-devraient-rester-plusieurs-semaines/

Il est à noter que le lieu où ces personnes sont accueillies sert fréquemment de lieu d’assignation à résidence pour des personnes en instance d’expulsion et qui ne sont pas placées en centre de rétention.

Ce qui pose incidemment la question des demandeurs d’asile en procédure Dublin. Le règlement européen Dublin III détermine quel pays européen est responsable d’une demande d’asile. Il y a différents critères, mais c’est le plus souvent le pays d’entrée dans l’Union européenne, la prise d’empreintes digitales suite au franchissement irrégulier de la frontière servant généralement de preuve. Lorsqu’une personne demande l’asile en France, ses empreintes digitales sont prises, et une recherche est faite dans la base de donnée EURODAC pour voir si elles n’y figurent pas déjà. Si les empreintes sont retrouvées, il y a une procédure qui dure une paire mois avec le pays où elles avaient été prises, suite à laquelle la préfecture signifie à la personne qu’elle doit retourner dans ce premier pays pour y déposer sa demande d’asile. À partir de là, si les autorités françaises n’ont pas renvoyé la personne dans un délais de six mois, c’est la France qui devient responsable de la demande d’asile d’asile.

Or le bidonville sert de lieu de stockage de centaines de personnes qui sont en procédure Dublin, qui ne sont pas renvoyées par les autorités françaises, et qui attendent la fin de ces six mois pour que la France soit obligée de prendre en compte leur demande d’asile.

Dans le cadre des « centres de répit », est-ce que ces personnes en procédures Dublin vont être hébergées pendant six mois, ou bien remises à la rue, ou bien expulsées vers le pays responsable de leur demande d’asile ? Pays dans lequel ces personnes ne veulent pas retourner, parce que les conditions d’accueil sont particulièrement mauvaises (Bulgarie, Hongrie, Italie notamment).

À Arry, commune rurale de Moselle de 500 habitants, les choses se présentent de manière différente.

https://goo.gl/maps/YtGYN75gwA22

Le maire n’a été prévenu que le jour même de l’arrivée de 51 exilés, même si des associations comme Médecins du Monde ont été associées à leur accueil.

http://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-metz-ville/2015/10/25/plusieurs-dizaines-de-migrants-attendus-a-arry

On peut faire d’excellents projets d’intégration en milieu rural, mais 50 personnes dans une commune de 500 habitants ça fait beaucoup, la première gare pour gagner un centre urbain, où faire les démarches administratives, est à 11 km en traversant la Moselle sur le pont le plus proche, ce qui fait beaucoup sans véhicule.

https://goo.gl/maps/Wr7Kdz3jvru

L’extrême-droite manifeste avant même leur arrivée.

http://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-metz-ville/2015/10/27/arry-les-identitaires-avant-les-migrants

Même si les exilés sont qualifiés de demandeurs d’asile, ils sont sensés rester là jusqu’au 31 mars, sauf avancement de leur procédure. Il n’est plus question de CADA. La gendarmerie est omniprésente sur les photos de leur arrivée.

http://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-metz-agglo-et-orne/2015/10/27/photos-51-sud-soudanais-sont-arrives-a-arry

Des situations très diverses donc, même si on peut supposer que l’image qu’on en a est liée à un traitement médiatique plus ou moins complaisant.

De la mise à l’abri à l’accueil, il y a du chemin. Et il faudra être vigilants sur ce que vont devenir effectivement les personnes, si elles seront en mesure de vraiment choisir leur avenir, et de construire leur vie en France si elles le souhaitent, ailleurs si elles le veulent.

 

Pentax Digital CameraJuillet 2014, sur les murs qui parlent de l’occupation Galou, à Calais.

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