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Eh oui, millième billet depuis la création de ce blog le 1er février 2014. Depuis, les choses ne se sont pas arrangées. La politique de déguerpissement qui a suivi la fermeture du Centre de Sangatte a toujours cours et ne semble pas devoir changer là où le nombre d’exilés reste peu important, les autorités expulsent les personnes, détruisent les lieux de vie, chassent les personnes un peu plus loin, dans un jeu qui semble pouvoir se reproduire à l’infini. Comme à Caen, Chocques (voir ici et ), Dieppe (voir ici, ici et ). Quand les autorités sentent qu’il y a des résistances, elles organisent la dégradation des conditions de vie, comme à Norrent-Fontes en empêchant la reconstruction d’abris qui avaient brûlé (voir ici et ).

Là où le nombre devient plus important, la politique devient de concentrer les personnes, de contrôler et de disperser au loin. Comme à Calais, avec la création sous pression policière du bidonville actuel, puis l’installation d’un camp semi-fermé de containers (ou CAP, Centre d’Accueil Provisoire – voir ici et ). La police contrôle les accès, entrave l’action des bénévoles de manière ciblée ou arbitraire, contraignant les associations à la négociation. Un conseil des « représentants » des « communautés » d’exilé-e-s, coopté par des acteurs associatifs, sert de relais à l’action associative, mais tend aussi à élargir son propre pouvoir. Le bidonville tend vers un camp administré par des acteurs extérieurs à ses habitant-e-s. Ceci n’a pas empêché l’État de poursuivre sa politique de destruction, quatre destructions partielles du bidonville à ce jours (voir ici et ), et d’insécurisation des personnes. L’État a pratiqué pendant l’automne 2015 des rafles et la dispersion dans des centres de rétention (CRA : Centres de Rétention Administrative) dans toute la France (voir ici et ). Depuis octobre 2015 il disperse également des exilé-e-s dans des « centres de répit » ouverts (ou CAO, Centres d’Accueil et d’Orientation, dans toute la France. De là, les personnes peuvent à nouveau être déplacées vers des CADA (Centres d’Accueil des Demandeurs d’Asile), être assignées à résidence dans des hôtels pour être expulsées du territoire, être placées en CRA dans le même but (voir ici, ici, ici et ).

Le maire de Briançon s’émeut de ces déracinements en chaîne :

http://www.ville-briancon.fr/protestation_collective_contre_le_deplacement_des_migrants_de_briancon.html

« Protestation collective contre le déplacement des migrants de Briançon

Six nouveaux départs annoncés

Jeudi 2 juin, Gérard Fromm, maire de Briançon, a alerté une nouvelle fois Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, sur le départ forcé de six migrants de Briançon, enjoints par l’Etat de rejoindre des centres d’accueil pour demandeurs d’asiles (CADA) dans la région PACA ou dans le reste de l’Hexagone. Un arrachement inhumain pour ces exilés accueillis depuis novembre dernier dans notre commune et qui ont tissé des liens forts entre eux et avec une grande « famille » de citoyens du Briançonnais. Une décision d’autant plus incompréhensible qu’un centre d’accueil pour demandeur d’asiles doit voir le jour à Briançon dans les semaines à venir.

D’où ce texto envoyé le 2 juin par Gérard Fromm à Bernard Cazeneuve :

« Monsieur le ministre, cher ami

Il y a 8 mois vous m’avez appelé pour me demander d’accueillir 60 migrants de Calais à  Briançon.
Vu la taille de la ville j’ai accepté d’en accueillir 30. Finalement il en est arrivé 21. Leur prise
en charge par les associations et les nombreux bénévoles s’est passée de façon remarquable.
Aujourd’hui pour des raisons techniques et mécaniques vos services sont en train de faire partir des
personnes vers des CADA extérieurs alors qu’un CADA est en cours d’attribution sur le territoire briançonnais.
Il serait regrettable qu’une aventure humaine de qualité se termine dans la désillusion, la déception, laissant
un amer sentiment de gâchis.
Dans l’attente de votre arbitrage acceptez mes salutations

Gérard Fromm

Maire de Briançon
Conseiller départemental » »

La politique est la même dans le Dunkerquois. Destruction des campements qui se succèdent à Loon-Plage, fermeture du camp de containers et destruction du campements de tentes à Téteghem, contrôles policiers autour du campement de Grande-Synthe. Après le transfert des habitant-e-s de ce dernier dans le camp de réfugié-e-s de La Linière, les contrôles policiers se continuent, et l’État tente de reprendre le contrôle du camp de réfugié-e-s dont il n’a pas pu empêcher la création en le finançant (voir ici et ). La politique de dispersion dans les « centres de répit », initiée à Calais, a aussi été élargie à Grande-Synthe.

À Paris, la politique était de détruire les campements quand ils prenaient une certaine importance, de disperser les habitant-e-s dans des hébergements dans toute l’Île-de-France, puis dans toute la France, puis d’envoyer la police pour empêcher les gens de se regrouper à nouveau, puis quand un nouveau campement se formait et prenait de l’importance, recommencer (voir ici, ici, ici et ). La mairie de Paris annonce la création de camps de réfugié-e-s, l’État tente d’affirmer un contrôle à défaut de pouvoir empêcher. L’évacuation du dernier campement en date, dans les Jardins d’Éole, est précédée par la médiatisation d’un relogement dans des gymnases, prélude à la dispersion dans des hébergements plus lointains.

Au-delà, la France et le Royaume-uni jouent un rôle moteur dans le durcissement des politiques migratoires européennes. Il ne s’agit pas d’un simple renforcement du contrôle aux frontières. À l’organisation du renvoi des exilé-e-s à la frontière gréco-turque s’ajoutent les accords de réadmission que la Turquie négocie avec les pays d’origine pour permettre de les y expulser. L’accord se grippe toutefois du fait de juridictions grecques qui en constatent l’illégalité et du gouvernement turc qui exige de l’Union européenne les contreparties promises. L’Union européenne projette de financer des centres de rétention au Soudan et de fournir à cet État des technologies de contrôle et de détection, tandis que s’y organisent des rafles d’exilé-e-s érythréen-ne-s et leur remise aux autorités dictatoriales de leur pays.

Mais nous assistons aussi à une diffusion des solidarités. Avec la dispersion des exilé-e-s tout au long de la frontière britannique et à travers toute la France. Mais aussi avec ces volontaires de toute l’Europe qui viennent tout au long de la route des exilé-e-s, des îles grecques à Calais, ou se mobilisent dans chaque pays pour faire vivre l’hospitalité. Comme le montre l’étude publiée récemment par Amnesty International, l’état de l’opinion publique n’est pas nécessairement celui dont nos dirigeants tirent prétexte pour justifier leur politique.

Alors nous sommes sans doute à la croisée des chemins. Et la force des tensions que la venue d’un nombre d’exilé-e-s plus important que de coutume provoque dans l’Union européenne le montre. Alors que le petit Liban accueille un nombre de réfugié-e-s équivalent au tiers de sa population, la riche Union européenne a vu l’équivalent de 0,2% de sa population entrer sur son territoire en 2015. La crise que cela a déclenché nous renvoie à l’état de nos sociétés.

Il y a bien sûr pour nous la question du sort fait aux personnes qui viennent nous demander l’hospitalité. Et nous devons d’autant plus garder ce souci en tête que les politiques menées tendent à les éloigner et à éloigner les violations de leurs droits de nos frontières et de notre vue.

Mais il y aussi la question qui se pose à nous toutes et nous tous de la société dans laquelle nous voulons vivre, de son ouverture, de sa capacité à évoluer, de son rapport avec le reste du monde.

 

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