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Beaucoup de questions se posaient concernant les centres de répit apparus suite à la visite du ministre de l’intérieur à Calais le 21 octobre dernier, et vers lesquels des exilé-e-s partent en bus de Calais (voir ici, ici et ). Quinze jours après leur création (ce qui témoigne de l’absence d’anticipation et du caractère improvisé du dispositif) parait une circulaire des ministères de l’intérieur et du logement adressée aux préfets, et qui en donne le mode d’emploi.

Vous pouvez télécharger la circulaire ici.

Cette circulaire commence par un mensonge, au chapitre « Finalité des centres de mise à l’abri » du vade maecum qui l’accompagne : « chaque migrant présent à Calais doit pouvoir, s’il en manifeste le souhait et s’il renonce à rejoindre illégalement le Royaume-Uni, se voir proposer une mise à l’abri ailleurs que dans le Pas-de-Calais, sans que cette offre soit nécessairement conditionnée par le dépôt préalable d’une demande d’asile. »

Dans le faits, les « clients » de cette proposition d’hébergement sont d’abord les centaines de  demandeurs d’asile et personnes ayant déjà obtenu le statut de réfugié qui habitaient le bidonville faute de proposition d’hébergement. Le bidonville de Calais était un lieu où étaient stockés des demandeurs d’asile et des réfugiés que l’État n’hébergeait pas, contrairement à ses obligations. Cette opération a été d’abord une opération de déstockage, l’État satisfaisant enfin à ses obligations légales tout en essayant de masquer qu’il ne les respectait pas.

Pire, 6 demandeurs d’asile sont partis hier dans un bus de cinquante places vers le VVF (Village Vacances Familles) de Sainte Suzanne (dans la Mayenne ?), en attendant d’être envoyés dans des CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile), pas nécessairement dans la même région. En fait, les derniers bus ont surtout été remplis par des demandeurs d’asile en attente de CADA. Certains n’ont d’ailleurs pas très bien compris pourquoi on les changeait de destination.

Nous avions une inquiétude par rapport à ces centres de répit (les autorités ont changé de terminologie en cours de route, et la circulaire parle de centres de mise à l’abri) : est-ce que les demandeurs d’asile en procédure Dublin qui s’y rendront seront expulsés ou non ?

Le règlement Dublin III permet de déterminer le pays responsable d’une demande d’asile, le plus souvent le pays d’entrée dans l’Union européenne, le versement des empreintes digitales dans le fichier Eurodac faisant foi. Si quelqu’un demande l’asile en France et que ses empreintes ont été prises mettons en Bulgarie, la France peut la renvoyer en Bulgarie, mais si elle ne le fait pas, elle devient responsable de la demande d’asile au bout de 6 mois. Dans le bidonville de Calais, des centaines de demandeurs d’asile en procédure Dublin attendant la fin des 6 mois pour que la France doive examiner leur demande d’asile.

La circulaire est claire, les préfets doivent expulser les personnes en procédure Dublin vers le pays responsable de leur demande d’asile, comme par exemple la Bulgarie, la Hongrie ou l’Italie. Il est donc déconseillé aux personnes qui ne veulent pas être renvoyées dans ces pays, qui ne respectent généralement pas les droits des demandeurs d’asile et réfugiés, et/ou ne leur offre pas de possibilité d’intégration, de se rendre dans les centres de répit, qui sont pour eux des centres de tri et d’expulsion.

Par ailleurs, l’orientation que trace la circulaire est celle d’un accueil pendant un mois, au terme duquel les personnes devront choisir entre la demande d’asile en France et l’aide au retour « volontaire » dans leur pays d’origine.

Sachant que les personnes sont envoyées dans des lieux souvent isolés, ou elles auront difficilement accès à des sources d’information et à des conseils juridiques indépendants. Il est également demandé aux préfectures de veiller à leur désinformation, par exemple « vous veillerez également à ce que les migrants soient dissuadés de se rendre à nouveau à Calais, en soulignant que les passages depuis ce site vers le Royaume-Uni sont actuellement impossibles. » Mensonge encore, ça passe mal difficilement, mais tous les jours nous avons des échos de personnes qui sont passées.

En clair, les centres de répit servent à déstocker les demandeurs d’asile et réfugiés laissés dans le bidonville alors qu’ils auraient dû être hébergés, à expulser les demandeurs d’asile en procédure Dublin, et à isoler des exilé-e-s pour leur faire prendre des décisions parfois contraires à leur volonté et parfois contraires à leur intérêt (demander l’asile en France ou retourner au pays).

Tout cela, après avoir parcouru des milliers de kilomètres et risqué sa vie, pour dormir un mois dans un lit. Alors certes, dans le lot, certains trouveront dans les centres de répit une ouverture pour construire leur avenir, mais pour combien pour qui ils signifieront expulsion ou choix contraint.

 

Pentax Digital CameraUn graffiti sur un des murs qui parlent de l’Occupation Galou, squat ouvert à Calais le 12 juillet 2014 (voir ici, ici et ).

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